Vivre dans une bulle

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Par Jonathan Cossette
Vivre dans une bulle
Michel Junior Cormier a décidé de quitter Toronto sans même aviser ses proches dans le but de leur réserver la surprise. Photo courtoisie

Qui l’eût cru? La Ligue nationale de hockey (LNH) aura gagné son pari, soit celui de créer deux bulles distinctes pour y disputer ses séries éliminatoires. Pari auquel a pris part le Trifluvien et juge de ligne d’expérience, Michel Junior Cormier.

Et c’est mission accomplie pour le commissaire Gary Bettman puisqu’aucun cas de COVID-19 n’a été rapporté et que le Lightning de Tampa Bay a finalement pu soulever la Coupe Stanley pour la première fois depuis 2004.

«Le matin, on se présentait en bas pour aller passer le test de COVID19, entre 8h et 9h20, avec le q-tip dans le nez. Il fallait passer le test à tous les jours. Ensuite, on avait une session de glace, de 10h à 11h, qui était optionnelle tout dépendamment si tu travaillais le soir. On avait des salles communes aussi, avec distanciation sociale, où on retrouvait des simulateurs de golf et des tables de ping-pong pour se changer les idées. Chaque équipe avait sa place. On avait accès à une cour extérieure, mais tout était clôturé. On ne voyait rien à l’extérieur, assez que la meilleure vue que j’avais, c’était vraiment celle de ma chambre d’hôtel», lance-t-il d’emblée.

«Personnellement, je me suis inscrit à un cours d’entrepreneur en ligne alors je modulais mes temps libres à étudier. J’ai presque fait cent heures de cours jusqu’à maintenant en remplissant mes temps morts. Au fur et à mesure que les séries avançaient, on rapetissait les zones. C’était dur sur le plan émotionnel. J’appelais ça une prison de luxe. On avait même le droit à des ressources qu’on pouvait consulter si on ne feelait pas. La seule place où tu pouvais enlever ton masque, c’était dans ta chambre d’hôtel et au restaurant pendant que tu manges. Il y avait un code d’éthique très rigoureux.»

Celui qui compte plus de 1000 matchs derrière le sifflet a été remercié après les deux premiers tours éliminatoires. Il a ensuite décidé de quitter Toronto sans même aviser ses proches.

«Je n’avais pas averti personne que je m’en venais alors c’était le fun. Les gens étaient contents et j’en ai surpris plusieurs. Ça faisait 49 jours que j’étais dans la bulle alors c’était le fun de voir leur sourire, leur réaction et de m’apercevoir du comment j’avais manqué à mon monde à la maison. J’ai surpris mes deux grands aussi, un de 17 ans et un de 20 ans. Ils étaient très contents et ils me l’ont fait savoir. C’était de belles retrouvailles», explique-t-il.

«C’était quand même une surprise de ne pas être pris au troisième tour et j’avais bon espoir d’y figurer. J’étais déçu et choqué parce que je suis un compétiteur, mais lorsque je suis arrivé à la maison, j’étais bien content d’être rentré. Lorsque tu passes 49 jours sans voir ta famille, tu le ressens. C’est bien beau voir tes coéquipiers, mais ce n’est pas pareil du tout. J’ai beaucoup de respect pour les gars de l’armée qui partent vivre des mois dans un bunker

Sur la patinoire, il n’a senti aucun relâchement de la part des joueurs. Bien qu’il n’y avait pas de spectateurs dans les gradins, il est d’avis que les joueurs étaient en mission.

«Au début, c’était spécial. On aurait dit une grosse ligue de garage du dimanche soir (rires). Par contre, lorsque ça joue, on ne s’en aperçoit pas. C’est lors des pauses publicitaires que c’est plus flagrant et tu pouvais entendre voler une mouche. Au début, on se regardait tous, mais on s’est rapidement habitué», témoigne le natif de Saint-Louis-de-France.

«J’ai trouvé que les joueurs avaient faim. Lors de la ronde éliminatoire, on dirait que c’était plus mollo, comme une ronde d’ajustements, mais lorsque la première ronde s’est amorcée, ils ont ouvert la machine. C’était du beau hockey que j’ai vu là. Il y a des joueurs qui ont soigné des bobos pendant quatre mois, alors ils étaient frais et dispos.»

La LNH vient d’amorcer sa phase d’entre-saison et bien malin qui pourrait prédire la date de la prochaine tombée de rondelle officielle. Il serait d’autant plus très étonnant que les joueurs acceptent de se reconfiner dans des bulles loin de leur famille respective.

«On attend que monsieur Bettman annonce une date de retour. D’après moi, ça va être en janvier, probablement. Ce que je vais retenir, c’est la chance d’avoir écrit l’histoire, entre guillemets. J’ai participé à une bulle de séries éliminatoires, ce qui n’avait jamais été vu auparavant, alors je suis tout de même chanceux», confie-t-il.

«J’accepterais d’y retourner si c’était en saison régulière. En séries éliminatoires, j’y penserais deux fois, parce que c’est dur. C’est tough! Je ne me cacherai pas que je suis un ennuyeux. C’est venu me confirmer que je le suis et que j’ai besoin de voir mon monde. Je ne dis pas que je n’irais pas, mais j’y penserais deux fois. En saison, je n’ai pas vraiment le choix si je veux travailler et mettre du pain sur la table. La bulle ne serait probablement pas aussi serrée que celle que nous avons vue-là», conclut-il.

 

 

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