Une expérience virtuelle pour sensibiliser les ados à la violence conjugale

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Par Marie-Eve B. Alarie
Une expérience virtuelle pour sensibiliser les ados à la violence conjugale
Au total, 27 classes de secondaire 4 de Trois-Rivières ont été sensibilisées. (Photo : fournie par la Police de Trois-Rivières)

La vidéo présente une adolescente. Son chum arrive. «Qui est ce gars que tu viens d’ajouter sur Facebook? Tu sais que je n’aime pas que tu sois amie avec des gars.» La question apparaît: supprimes-tu le garçon de tes amis Facebook? La réponse déterminera la suite de l’histoire.

C’est par le biais de ces vidéos interactives que la Maison de Connivence, qui vient en aide aux femmes victimes de violence conjugale, et la Police de Trois-Rivières ont voulu sensibiliser les élèves de secondaire 4 de Trois-Rivières dans le cadre du nouveau Projet XOX. Au total, 27 classes de l’Académie les Estacades et de l’école des Pionniers ont été visitées depuis le 2 mai.

Différentes séquences vidéo sont présentées à l’aide d’une tablette électronique afin de conscientiser les jeunes à l’escalade de la violence dans une relation amoureuse, dont le harcèlement, le consentement et la distribution d’images intimes.

L’adolescent doit faire des choix et répondre à des questions à différents moments de la présentation. Les présentations sont animées conjointement par une intervenante de la maison de Connivence et du policier en milieu scolaire de la Direction de la police de Trois-Rivières.

«L’aspect technologique permet de rejoindre les jeunes dans leur réalité. L’interaction avec notre intervenant et le policier rend ça encore plus pertinent. La réponse est vraiment favorable. Les adolescents participent bien. Il y a déjà des demandes d’aide qui ont découlé de ces ateliers. On voit que le besoin y était», explique Sabrina Bernier, directrice de la Maison de Connivence.

L’équipe de la Maison de Connivence avait déjà tenté de sensibiliser des élèves de secondaire 3 sur ces aspects de la violence conjugale, mais l’interaction était plus difficile avec les jeunes.

«Le contenu était plus ou moins adapté, car beaucoup de jeunes de cet âge n’ont pas encore eu de relation amoureuse. On sent que la maturité est plus installée chez les jeunes de secondaire 4. Ils ont posé de bonnes questions en ce qui concerne le consentement afin de distinguer un véritable consentement d’un faux oui, précise-t-elle. Il est aussi beaucoup question en lien avec la jalousie. On en revoit d’année en année. La violence physique fait toujours réagir, mais ce n’est pas toujours des coups. Ça peut être des coups sur des objets, sur un mur, lancer des objets sur une personne, serrer le bras.»

Sabrina Bernier, directrice de la Maison de Connivence, et Carole Lebel, capitaine de la division des normes professionnelles et du développement organisationnel à la Direction de la police de Trois-Rivières.

Le Projet XOX a été lancé en 2017 par la maison d’hébergement de deuxième étape l’Égide, la Régie intermunicipale de police Roussillon, le service de police de Châteauguay et le CAVAC de la Montérégie. C’est lors d’un colloque tenu en 2019 que la Maison de Connivence a découvert le projet. L’organisme est ensuite entré en contact avec la Direction de la police de Trois-Rivières pour évaluer son intérêt à participer à un projet du genre. Il s’agit de la première exportation du Projet XOX par d’autres partenaires.

«Ça nous permet vraiment de travailler en amont avec les jeunes pour prévenir le phénomène de la violence conjugale qui a pris de l’ampleur avec la pandémie. On a constaté une hausse de 17,3% de ce type de délit entre 2019 et 2020. On cherchait une solution pour sensibiliser davantage les jeunes qui débutent dans leur situation amoureuse et qui pourraient peut-être reproduire des modèles dont ils ont été témoins», ajoute Carole Lebel, capitaine de la division des normes professionnelles et du développement organisationnel à la Direction de la police de Trois-Rivières.

Cette augmentation des cas de violence conjugale a aussi été ressentie à la Maison de Connivence. Depuis le déconfinement, l’organisme a vu une hausse frappante des demandes d’hébergement. «La gravité des situations est très inquiétante. Les femmes ont été confinées avec leur conjoint à vivre toutes sortes de violence. On voit une grande dangerosité associée et on remarque que les conjoints violents ont eu un contrôle assez important pendant tout ce confinement», souligne Mme Bernier.

La Maison de Connivence a commencé à sensibiliser les jeunes à la violence conjugale il y a huit ans. Cette sensibilisation a pris différentes formes au fil des années. «On sent un impact, affirme Sabrina Bernier. À l’école des Pionniers, la psychoéducatrice me disait que deux ans après un atelier, les jeunes s’en souviennent. On voit que ça les aide dans leur réflexion.»

«Il n’y a pas d’âge à la violence conjugale. Il n’est pas rare qu’on aille rencontrer des jeunes femmes qui vivent de la violence dans leur relation amoureuse. Ce sont souvent de grosses situations qui peuvent entraîner des plaintes à la police. Parfois, il y a des choses qu’on peine à croire, des choses qu’on n’imaginerait pas un garçon de 14, 15 ou 16 ans faire vivre ça à quelqu’un . Il y a un apprentissage derrière ça. Je trouve que notre présence dans les écoles est super importante», conclut-elle.

Le Projet XOX se poursuivra à l’automne dans les écoles secondaires du Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy de Trois-Rivières.

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