Un recteur ancré dans la modernité

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Par Jonathan Cossette
Un recteur ancré dans la modernité
Mgr Pierre-Olivier Tremblay, recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et évêque auxiliaire de Trois-Rivières. (Photo : Jonathan Cossette)

L’expression populaire «Autres temps, autres mœurs» s’applique très bien dans le cas du recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, Pierre-Olivier Tremblay.

Ce dernier est non seulement recteur au Sanctuaire, mais également évêque auxiliaire de Trois-Rivières. C’est à sa plus grande des surprises qu’il a reçu ce titre en provenance de Rome.

«J’avais étudié pour être prêtre. Il y a un comité qui est mis en place et il y a ensuite un processus pour les nominations. Le comité décide qui pourrait devenir candidat et ils soumettent trois noms à Rome. C’est à la toute fin que le Pape fait son choix et il en fait l’annonce au candidat. Lorsque j’ai été appelé l’an dernier, dans le temps de Pâques, c’était un honneur et une reconnaissance remarquables. Ce n’est pas quelque chose que j’avais prévu un jour», confie le plus jeune évêque auxiliaire au Canada à 49 ans.

De Netflix aux Ming Games

Bien que le temps où la vie des prêtres ne tournait qu’autour de la religion soit révolu, cette idée préconçue plane toujours dans la tête des gens.

«La religion était plus sévère à une certaine époque et le discours des prêtres était que la vie devait être vécue le plus simplement possible. On avait une religion qui mettait l’accent sur le devoir et c’est resté ancré dans la mentalité des gens. Lorsqu’ils pensent à un prêtre, ils pensent à quelqu’un de sévère qui fait juste son travail dans la vie. Dans la tête de certaines personnes, si tu es une bonne personne, tu es une personne plate», explique-t-il.

«En réalité, ce n’est plus ça. Je ne suis pas un gars comme ça. Je suis un type qui aime profiter de la vie, avoir du plaisir et prendre une bière avec des amis. Je suis beaucoup le cinéma et les séries sur Netflix. Je suis un joueur de musique. Je joue du piano et du charango. Je joue aussi à un jeu qui se nomme le Go. C’est un jeu stratégique qui ressemble aux échecs. D’ailleurs, je suis allé aux Olympiques de Beijing, aux Mind Games, en 2008. J’étais sur l’équipe canadienne.»

Parlant de télévision, Mgr Tremblay ne s’en cache pas: il était un fan de la série Games of Thrones, ainsi que de la trilogie du Seigneur des Anneaux.

«Je regarde beaucoup de séries historiques. J’ai regardé Narcos, Downton Abbey, Mad Men, The Crown et toutes les saisons de Games of Thrones. Ça m’impressionne toujours de me demander pourquoi les personnages sont si attachants. À quelque part, on se met à leur place.»

«Lorsque j’étais jeune, j’ai adoré le Seigneur des Anneaux. Ça reste un art et ça nous amène toujours à découvrir l’autre, une autre culture et l’autre monde. Il faut avoir un esprit large pour découvrir ce qui se passe ailleurs. On est à une époque où on doit laisser tomber des peurs et apprendre à se connaître. Que ce soit avec la littérature, le cinéma, le théâtre, les voyages ou les rencontres culturelles, ça m’oblige à sortir de mon univers et à me mettre dans les souliers d’un autre. Ça développe de l’empathie et c’est super important. J’ai du plaisir lorsque ça me fait grandir comme personne.»

Fan des Nordiques…et de Pérusse!

Le recteur consomme également du sport, en plus de pratiquer la natation depuis plusieurs années.

«Dans le sport, j’aime bien regarder le football, le tennis, le golf et les évènements comme le Super Bowl et la Coupe Grey. Je regardais beaucoup de hockey lorsque j’étais jeune, jusqu’à ce qu’ils vendent les Nordiques.»

Il est également amateur de musique et d’humour : «J’aime vraiment François Pérusse. J’aime son humour, car il n’y a rien de méchant. J’aime quand c’est bien fait et pensé, et quand ça nous touche et que ça nous fait réfléchir. J’aime bien André Sauvé. J’aime les humoristes qui nous font prendre conscience des absurdités de notre vie.»

L’avenir religieux

De son propre aveu, Monseigneur Tremblay n’est pas le seul prêtre à avoir une vie des plus normales.

«C’est certain qu’il y a plusieurs styles de prêtres, comme dans tout autre emploi. Pour ce qui est de ceux que je côtoie, la culture et les arts et font partie de leur vie. La religion, c’est le cœur de ma vie et c’est ça qui m’habite. En même temps, il faut avoir une vie équilibrée et ça inclut toutes les dimensions», explique-t-il.

«C’est clair qu’il y a un clash des générations. La société change rapidement. C’est une culture qui se cherche. En église, c’est certain que ce n’est pas facile. C’est une société qui a été très stable pendant longtemps. C’est la plus vieille institution au monde. On a essayé de faire des changements et ce n’est jamais facile. L’église évolue, mais lentement. C’est un milieu traditionnel, plus lent, mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien», admet-il.

Selon lui, la religion a encore un bel avenir au Québec.

«On a encore des jeunes familles à l’église et il y a encore de l’intérêt. Avant, tout le monde allait à la messe, car c’était la norme. Maintenant, les gens font leur propre choix. Ils ne sont pas moins croyants pour autant. La preuve, c’est que 80% des gens croient en un dieu quelconque. Au Sanctuaire, on essaye d’offrir plus d’activités pour les familles et c’est ce qu’ils recherchent.»

«Nous sommes tous des humains en recherche et on recherche la communauté. Les gens sont sur Facebook, Twitter et Instagram. Les gens sont dans des réseaux et dans des groupes, alors ça parle de leur désir d’être avec les autres. C’est ce que faisait la religion à une autre époque, avant la télévision et l’internet. Religion vient d’ailleurs du latin religare, qui signifie relier. La religion n’est pas en train mourir, mais c’est un style de religion qui est en train de disparaitre», conclut-il.

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