Un art qui se perd

Photo de Marie-Eve B. Alarie
Par Marie-Eve B. Alarie
Un art qui se perd
Gertrude Martineau expose ses icônes au Musée Pierre-Boucher. (Photo : Marie-Eve Alarie)

C’est la première fois que la technique de l’icône est présentée dans un lieu d’exposition de la région. Belle coïncidence: ce sont les œuvres d’une artiste qui a grandi à Trois-Rivières, Gertrude Martineau.

Ses icônes se retrouvent aujourd’hui dans des collections privées et publiques au Canada, aux États-Unis, au Japon et dans quelques pays d’Europe.

C’est un peu par hasard que l’artiste découvert l’art des icônes. C’était durant ses études de beaux-arts entre 1969 et 1972. Elle avait été captivée par le vitrail Notre-Dame de la Belle Verrière de la cathédrale  Notre-Dame de Chartres.

«On consultait des livres d’art. J’avais été impressionnée par l’expression du visage du vitrail de la vierge. Peu après, je suis tombée sur un livre sur les icônes. J’ai alors pu faire le lien entre la similitude du regard. C’est à ce moment que je me suis dit que c’est ce que j’aimerais faire», raconte l’artiste qui a grandi à Trois-Rivières et qui a enseigné les arts au Séminaire Saint-Joseph.

Une icône est une représentation de personnages saints dans la tradition chrétienne. Toutefois, les techniques reliées aux icônes n’étaient pas enseignées au Québec. Elle s’est donc tournée vers l’Europe pour apprendre. Elle a pu réaliser huit stages d’iconographie et de procédés des maîtres anciens.

Depuis, elle a écrit –car on ne peint pas une icône, on l’écrit – au moins une centaine d’icônes. Plusieurs d’entre elles sont présentement exposées au Musée Pierre-Boucher, dont une à l’image de Marie de l’Incarnation, une œuvre significative pour l’artiste qui a fait ses études au Collège Marie-de-l’Incarnation.

«Une icône, c’est très long à faire. Trente-trois étapes sont nécessaires, en plus des temps de séchage qui doivent être respectés entre chaque étape. Le dessin est assez rigoureux, également, souligne-t-elle. Je ne peux pas compter le temps que ça me prend en heures. Ça se compte en semaines et en mois selon la complexité du sujet ou s’il y a de petits visages.»

Bien que des contraintes artistiques bien précises doivent être suivies dans la réalisation d’une icône, Gertrude Martineau trouve des façons d’être imaginative. Par exemple, elle a réalisé quelques icônes à l’encre de Chine sur du cuir. On peut en voir dans l’exposition.

Sa démarche est également orientée vers la conservation des tableaux, car les techniques utilisées par les maîtres du 15e et du 16e siècle et qu’elle reprend aujourd’hui résistent mieux à l’épreuve du temps.

«Prenons l’exemple du verdaccio. Le dessin est fait à la terre verte, puis à la détrempe à l’œuf. C’est le même liant que les icônes. Ensuite, on accentue les détails. Le dessin doit être parfait, comme s’il était terminé, car après le dessin et la détrempe, on applique des glacis à l’huile dans des teintes ocre. On colore ensuite l’ensemble à l’aide de vernis colorés en superposant les couches. Le dessin reste en transparence. C’est la technique que l’on retrouve sur les retables», explique Gertrude Martineau.

L’artiste a également développé la technique de l’imprimatur. Ce procédé du 16e siècle reprend la technique de détrempe à l’œuf, mais consiste à travailler les parties éclairées de l’œuvre avec la peinture à l’huile.

Gertrude Martineau, artiste.

Des techniques oubliées

Ces techniques ne sont pas connues au Québec et en Occident en général, se désole Gertrude Martineau. D’ailleurs, elle n’aurait peut-être jamais expérimenté ce type d’art si elle n’avait pas fait de recherches par elle-même. C’est devenu une véritable passion.

L’artiste considère aussi qu’il faudra que l’on s’interroge sur la pérennité des œuvres d’art.

«Après le 17e siècle, on a commencé à ajouter du bitume à la peinture à l’huile. Au fil des siècles, ces tableaux ont noirci», affirme-t-elle. Les œuvres des maîtres italiens du 15e et 16e siècle se sont, somme toute, bien conservées. Mais ce sont des procédés qu’on a perdus en Occident.»

L’exposition L’icône, un art divin et peintures à l’imprimatur et verdaccio est présentée jusqu’au 30 mai au Musée Pierre-Boucher. Les expositions permanentes Pierre Boucher, une vie au service de la nation, Plus grand que nature, La chapelle et Maurice L. Duplessis sont aussi ouvertes aux visiteurs.

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