Théâtre: Lever le rideau sur les soins palliatifs

Par Stéphanie Paradis
Théâtre: Lever le rideau sur les soins palliatifs
Denis Bouchard, auteur et acteur de la pièce Le dernier sacrement. (Photo : Stéphanie Paradis)

Alors que la mort ou la laïcité sont des sujets qu’on évite ou qui provoquent des frictions, Denis Bouchard s’est tout de même donné comme mandat l’écriture d’une pièce de théâtre où les opinions se confrontent, certes, mais dans le respect et l’humour. Dans Le dernier sacrement, on remet en question les institutions dans une formule théâtrale immersive qui a déjà su rallier le public.

C’est tout d’abord une phrase qui a marqué l’auteur et le comédien Denis Bouchard: « La mort est plus douce quand on a la foi ». Pour vérifier la véracité de cette affirmation, Denis Bouchard est allé découvrir ces endroits méconnus que sont les unités de soins palliatifs. « Ce n’est pas vrai que ce sont les gens qui ont la foi qui meurent en paix. Ce qui est plutôt vrai, c’est que ce sont les gens qui ont fait la paix avec leur propre vie et leur propre mort qui partent en paix », explique l’auteur.

Ce qu’il a découvert alors dans les unités de soins palliatifs a été une surprise de taille. Alors qu’il s’attendait à des mouroirs, il a plutôt été témoin de célébration de la vie. « Les gens qui ont fait la paix avec leur propre mort, ce sont des gens qui sont sereins et qui manifestent de l’humour, ce que je n’aurais pas pensé. Aux soins palliatifs, on célèbre la fin de vie, certes, mais la vie. Je me suis fait dire des phrases étonnantes, comme cette femme qui me dit: « Merci pour les chocolats M. Bouchard, mais je ne peux pas tous les manger, parce que sinon je ne rentrerai pas dans mon urne! ». Je n’en revenais pas qu’on puisse avoir cette dérision en fin de vie », raconte M. Bouchard.

C’est d’ailleurs la fascination pour les gens qu’il a rencontrés dans les unités de soins palliatifs qui ont inspiré son personnage de Denis Prud’homme, un ancien professeur de sciences politiques atteint d’un cancer en phase terminale, qui est aux soins palliatifs et qui est bon vivant jusqu’à la dernière seconde. « Denis n’est pas croyant, mais il doute. Son infirmière est croyante et la fille de cette dernière est pratiquante. Trois générations, trois points de vue différents. »

« J’ai été fasciné par les soins palliatifs et je trouve que c’est méconnu, sauf pour ceux qui ont vécu quelque chose de près ou de loin avec cet univers. J’ai été fasciné, et pour moi les gens qui travaillent là sont des anges, et j’avais le goût entre autres choses à travers ma pièce de leur rendre hommage», raconte-t-il.

En plus de la particularité des sujets de la pièce Le dernier sacrement, Denis Bouchard en a créé une formule immersive. Au départ, aucun théâtre ne voulait toucher à la mort ou à la religion. C’est donc dans les salles de cours du CHUM que l’auteur a mis sur pied son projet. « Ça a tellement marché que c’est à ce moment que les théâtres ont manifesté leur intérêt. Sans prétention, ils ont réalisé que c’était bien fait et qu’on n’offensait personne », précise le comédien.

Pour conserver le format immersif de la pièce, deux chambres de soins palliatifs sont recréées dans le hall du théâtre. Lorsque les spectateurs arrivent, il y a un figurant dans chaque chambre où se déroulent deux petits sketchs, alors que le comédien se promène à travers les spectateurs pour vendre des urnes. Les sketchs sont inspirés d’événements qui lui ont été racontés ou qu’il a lui-même observés aux soins palliatifs, par exemple quelqu’un qui veut se marier quelques jours avant de mourir. « Ça dure deux ou trois minutes, et on les fait à répétition pour que le plus de monde possible les voie. Ça donne le ton à ce qui s’en vient. Mesdames et messieurs, le sujet est grave, mais on ne rira pas de ça, on va rire avec ça », poursuit Denis Bouchard.

« Le message passe bien, parce que c’est apporté avec humour. Partout où on va, on remplit les salles et on fait des records d’assistance pour du théâtre. Définitivement, ça rejoint le monde », ajoute-t-il. Preuve de son succès, des supplémentaires sont déjà prévues en 2020 et la pièce sera traduite en anglais en 2021. L’auteur et comédien a également été approché pour une adaptation au grand écran.

Le dernier sacrement sera présenté à la salle J.-Antonio-Thompson le 8 octobre 2019 à 20 h, mais les spectateurs pourront profiter de la partie immersive dans le foyer de la salle Thompson dès 19 h 30.

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