Des catégories d’interprétation non genrées aux prix Écrans canadiens

La Presse Canadienne
Des catégories d’interprétation non genrées aux prix Écrans canadiens

TORONTO — L’événement célébrant le meilleur du cinéma et de la télévision au Canada devient non genré.

Les prix Écrans canadiens abandonneront l’année prochaine les catégories dédiées aux artistes masculins et féminins au profit de catégories qui ne sont pas divisées selon le sexe, a annoncé l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

L’organisation affirme que la décision de passer à des catégories d’interprétation non genrées vise à «mieux refléter la diversité des talents» au pays.

Au lieu de quatre catégories de films qui honorent chacune l’interprétation masculine ou féminine dans un premier rôle et l’interprétation masculine ou féminine dans un rôle de soutien, il y aura deux catégories récompensant le «meilleur premier rôle» et «meilleur rôle de soutien».

Plusieurs catégories de télévision basées sur le genre sont aussi renommées de la même manière. Par exemple, le meilleur premier rôle masculin ou féminin dans une comédie devient simplement «meilleur premier rôle, comédie».

Le directeur par intérim de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision, qui gère le gala annuel des stars, a déclaré que les organisateurs tentent de mieux soutenir les candidats potentiels qui sont non binaires et/ou qui ne s’identifient pas à un seul sexe.

«Nous avons pour mandat d’être inclusifs et pendant de nombreuses années, il y avait de grandes parties de l’industrie, ou des créateurs devrais-je dire, qui n’étaient pas vraiment invités à faire partie de l’industrie de différentes manières, et parfois de manière subtile», a déclaré Louis Calabro, reconnaissant que l’académie a récemment fait face à des plaintes concernant la représentation.

«Nous avons fait beaucoup d’excellent travail pour inclure différents créateurs issus de communautés sous-représentées, mais c’est l’un de ces espaces où nous n’avons peut-être pas fait ce travail.»

Auparavant, chaque catégorie comptait cinq personnes en compétition, mais désormais, l’Académie indique que huit interprètes seront pris en considération.

Elle ajoute que le changement fait suite à «un travail de consultation à grande échelle mené sur cinq ans auprès d’une quarantaine d’organismes clés de l’industrie». 

«L’Académie canadienne estime qu’il s’agit d’un progrès nécessaire vers une industrie audiovisuelle équitable, qui permettra à tous.tes les interprètes canadiens et canadiennes d’avoir la chance d’être honorés par leurs pairs», a déclaré jeudi le président de l’Académie, John Young, dans un communiqué.

Cette décision s’inscrit dans un mouvement à l’intérieur de l’industrie. Les Tribute Awards du Festival international du film de Toronto et les Independent Spirit Awards ont récemment annoncé des catégories d’acteurs non genrées pour son édition 2023.

Les Juno, les Grammy, les British Independent Film Awards et les MTV Movie & TV Awards ont également suivi cette voie.

Les catégories d’interprétation non genrées ont été adoptées en 2019 par les prix Écrans canadiens dans le secteur des médias numériques.

«L’Académie canadienne reconnaît qu’il est de son devoir de veiller à ce que chaque interprète ait la possibilité de participer pleinement à nos programmes de prix et à l’industrie dans son ensemble. Ce changement nous rapproche de cet objectif», a fait valoir le chef de la direction par intérim de l’Académie, Louis Calabro, dans un communiqué. 

M. Calabro a déclaré qu’il pensait que la dernière édition de la soirée comportait «une liste extrêmement représentative».

«Et je dirais que nous sommes très enthousiastes à l’idée d’inclure davantage de personnes cette année», a-t-il ajouté.

Les nouvelles catégories non genrées ont été accueillies avec une réaction mitigée par l’acteur et écrivain non binaire Jo Vannicola, président fondateur du comité LGBTQ du syndicat d’acteurs ACTRA Toronto, qui a applaudi la «bonne intention» de l’académie.

Cependant, selon Jo Vannicola, il faut voir des catégories supplémentaires pour divers genres et différentes identités de genre. Jo Vannicola craint que sans catégories plus spécifiques, ce soit seulement des hommes blancs qui soient nominés. 

«Je pense que nous devons aller dans l’autre sens – pas réduire, simplement étendre. Plus d’options, plus d’opportunités, plus de catégories», a mentionné Jo Vannicola. 

«Nous vivons dans un monde très oppressant, transphobe et homophobe. Et créer plus d’opportunités est quelque chose que nous devrions adopter en tant qu’industrie. Si cela signifie qu’une femme trans veut se soumettre sa candidature à la fois (dans la catégorie) de femme et transgenre, tout le pouvoir lui revient, je me sens comme si nous devions soutenir cela. Parce qu’il est très difficile de trouver du travail dans une industrie qui a très peu d’opportunités pour les artistes queer, non binaires et transgenres.»

M. Calabro a déclaré que les organisateurs surveilleraient tout déséquilibre et envisageraient des corrections si nécessaire, mais a souligné que les catégories de performance des médias numériques du prix Écrans canadiens sont neutres depuis 2019 et il les a décrites comme «un champ assez égal».

Réalisateur et producteur de musique électronique, D.W. Waterson, qui s’identifie comme non binaire a salué les changements comme «un très grand pas en avant pour l’Académie canadienne».

«Cela ouvre tellement de portes et d’opportunités et améliore vraiment la performance par-dessus tout, plutôt que le sexe qui vous a été attribué à la naissance, ce qui ne devrait vraiment pas dicter la qualité d’un acteur ou d’une performance que vous pouvez avoir», a déclaré D.W. Waterson, qui fait partie du TIFF Filmmaker Lab lors de l’édition du mois prochain du Festival international du film de Toronto, où D.W Waterson et son équipe travailleront au développement de leur premier long métrage «Backspot».

Les changements annoncés jeudi par les prix Écrans canadiens font partie d’une série de modifications qui ont également permis d’ajouter une catégorie pour la meilleure musique originale dans un documentaire de long métrage, et de diviser les catégories, notamment celle du meilleur son non-fiction, qui est maintenant le meilleur son dans le genre documentaire ou factuel et le meilleur son dans le style de vie, la réalité ou le divertissement.

Ces changements portent le nombre de catégories des prix Écrans canadiens à 148, contre 145 lors de la dernière édition.

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