Regard sur l’héritage des Jeux olympiques de Montréal avec Éric Myles

Cinquante ans après les Jeux olympiques de Montréal, le débat revient inévitablement sur le Stade olympique et sa célèbre dette. Pourtant, pour Éric Myles, chef du sport au Comité olympique canadien (COC) et originaire de Trois-Rivières, le véritable héritage de 1976 se mesure ailleurs: dans les générations d’athlètes qu’ils ont inspirées, dans les structures sportives qui en sont nées et dans un modèle québécois de développement du sport qui continue de faire école.

“Moi, je suis un héritier direct de ces Jeux-là!”, affirme-t-il sans hésiter.

À l’été 1976, Éric Myles n’a que 10 ans lorsqu’il prend place dans les gradins olympiques. Il assiste notamment à la médaille du canotier John Wood. Un moment qui marquera durablement le jeune Trifluvien.

“J’avais déjà commencé à ramer, mais voir ces athlètes-là, ça a été une immense source de motivation. J’avais toujours un chandail des Jeux sur le dos. Ça faisait rêver.”

Le lien ne s’arrête pas à l’inspiration.

À ses débuts au Club de canot du Cap-de-la-Madeleine, les premières embarcations utilisées par les jeunes rameurs provenaient directement des Jeux olympiques de Montréal.

“Les meilleurs bateaux qu’on avait, c’étaient des embarcations données après les Jeux. Quand on sait ce que ça coûte, c’était un héritage très concret.”

Cette passion le mènera jusqu’à l’équipe nationale, avant une carrière d’entraîneur, de bâtisseur et finalement de dirigeant sportif. Aujourd’hui, il supervise notamment toute la préparation des délégations canadiennes pour les Jeux olympiques, les Jeux panaméricains et les Jeux olympiques de la jeunesse.

Le véritable legs: le développement du sport

Selon lui, l’impact le plus durable des Jeux de 1976 est invisible aux yeux du grand public.

“Les Jeux ont complètement changé le développement du sport au Québec!”

Il rappelle qu’à l’approche des Jeux, le gouvernement du Québec avait lancé la mission Québec 76 afin d’augmenter la représentation québécoise au sein de l’équipe canadienne.

“À cette époque-là, le Québec était beaucoup moins présent dans le sport de haut niveau. Les investissements qui ont suivi ont permis de développer les fédérations, les centres d’entraînement et toute une culture sportive.”

Encore aujourd’hui, il estime que le Québec conserve une longueur d’avance au Canada dans l’accompagnement des athlètes.

“Les programmes Sport-études, par exemple, sont une particularité québécoise. Ils sont directement issus de cette vision de développement mise en place après les Jeux.”

Éric Myles connaît bien cette réalité. Pendant près de dix ans, il a dirigé le programme Sport-études de l’Académie des Estacades, à Trois-Rivières, avant de cofonder le Complexe sportif Alphonse-Desjardins et de diriger Québec en Forme, un vaste programme provincial consacré aux saines habitudes de vie chez les jeunes.

Au-delà de la dette

Pour le chef du sport du Comité olympique canadien, réduire les Jeux de Montréal à la dette du Stade olympique constitue une erreur historique.

“Le problème du Stade n’avait rien à voir avec les Jeux. Il était lié à la corruption dans la construction. Les Jeux, eux, ont même généré un surplus.”

Selon lui, cette perception a longtemps éclipsé les nombreuses retombées positives de l’événement.

Il cite notamment le bassin olympique de l’île Notre-Dame, toujours considéré parmi les meilleures installations de canot-kayak au monde, le Centre Claude-Robillard ainsi que plusieurs infrastructures encore utilisées quotidiennement.

“Les deux événements qui ont véritablement mis Montréal sur la carte internationale, ce sont Expo 67 et les Jeux olympiques de 1976.”

Des mentors issus de 1976

Au fil de sa carrière, Éric Myles a également été accompagné par plusieurs figures directement associées aux Jeux de Montréal.

Parmi elles figurent les anciens olympiens Jean Fournel et Denis Barré, mais aussi Dick Pound, figure influente du mouvement olympique mondial, et Walter Sieber, responsable technique des Jeux de Montréal.

“Les Jeux ont aussi permis de former des dirigeants qui sont ensuite devenus des références partout dans le monde. Cet héritage-là existe encore aujourd’hui.”

Des Jeux à nouveau possibles?

À l’heure où plusieurs remettent en question la capacité des villes occidentales à accueillir les Jeux olympiques, Éric Myles se montre optimiste.

Selon lui, les nouvelles règles du Comité international olympique ont profondément changé la donne.

“Les Jeux de Paris ont utilisé plus de 90 % d’infrastructures déjà existantes. On n’est plus dans la logique de construire des dizaines de nouveaux sites.”

Il évoque même la possibilité, à long terme, d’une candidature conjointe entre Montréal et Toronto, voire d’une candidature québécoise pour les Jeux d’hiver utilisant certaines installations déjà présentes ailleurs, comme la piste de bobsleigh de Lake Placid.

“Aujourd’hui, on peut partager les infrastructures entre plusieurs villes. Ça rend les projets beaucoup plus réalistes qu’avant.”

Pour celui qui est passé des rames du Club de canot du Cap-de-la-Madeleine aux plus hautes sphères du mouvement olympique canadien, l’héritage de Montréal 1976 demeure bien vivant.

“Les plus grands bonds qu’a connus le sport canadien sont venus après les Jeux de Montréal, de Calgary et de Vancouver. Les Jeux inspirent des générations. C’est pour ça qu’il faut continuer à rêver d’en accueillir de nouveau.”