Se prendre en main pour payer sa dette à la société

Audrey Leblanc

Se prendre en main pour payer sa dette à la société
Le patrouilleur Tommy Gosselin en compagnie de Geneviève Charest et Éric Major de l'organisme Point de rue. (Photo : (Photo courtoisie))

L’organisme Point de rue veut se servir des entraves à la justice comme levier d’intervention. Ainsi, l’organisme propose aux personnes en situation d’itinérance ayant des enjeux de santé mentale et de justice de payer leur dette à la société en se prenant en main.

Mis en place il y a quelques mois, ce projet de justice alternative a reçu cette année le soutien financier de la Ville de Trois-Rivières et du ministère de la Justice. Cela permettra à l’organisme d’avoir sur le terrain, dès septembre, deux personnes dédiées au projet à temps plein. Le directeur général de Point de rue, Philippe Malchelosse, estime que ce projet aidera en moyenne entre 100 et 150 personnes annuellement.

« Partout au Québec, il y a des enjeux d’itinérance et de santé mentale qui amènent des entraves au niveau de la justice, fait-il remarquer. Par exemple, une personne en psychose dit à une autre qu’elle va lui arracher la tête. La personne appelle la police et c’est considéré comme une menace de mort. On se retrouve donc dans le système judiciaire avec des personnes qui n’ont pas un profil criminel, mais qui ont seulement besoin de soins en santé mentale. Si ces gens-là se retrouvent en détention, de un, ça coûte beaucoup plus cher à l’État et, de deux, ça risque d’empirer la situation. »

Ce constat, il est valable aussi à Trois-Rivières. Avec une hausse des appels logés à la police en lien avec des problématiques de santé mentale, l’organisme a voulu mettre en place des alternatives, des solutions durables.

« Ça prend parfois un déclic comme une arrestation pour éveiller chez les gens le désir et l’urgence de se prendre en main. On part donc de là pour leur offrir notre aide, explique M. Malchelosse. Par exemple, si une personne est condamnée à 200 heures de travaux communautaires, on peut lui offrir de payer sa dette en mettant en place un plan d’action qui favorisera sa réinsertion dans la société. Ce plan peut contenir divers éléments adaptés aux besoins de la personne comme des heures en alphabétisation. C’est du sur mesure. »

« Un autre exemple est une personne en situation d’itinérance qui accumule des contraventions pour avoir mendié, renchérit ce dernier. Elle ne peut pas payer, donc au bout d’un certain temps, la Ville va envoyer des gens pour essayer de se faire payer. C’est la procédure à suivre, mais c’est inefficace dans un cas comme celui-là. La prise en charge de cette personne devient alors une façon de rembourser une dette qui ne pourrait pas l’être autrement. Ça réduit la pression sur l’appareil municipal, sur les percepteurs et sur la personne. C’est gagnant dans tous les cas. Ça réduit les cas de récidive, donc ça fait gagner aussi du temps aux policiers. »

Établir le contact

Comme le processus en est un volontaire, le défi que doivent relever les intervenants Geneviève Charest et Éric Major, c’est offrir de l’aide à une personne qui ne sait peut-être pas qu’elle est malade.

« On mise sur notre capacité à créer des liens de confiance avec les gens et avec nos partenaires, soutient M. Malchelosse. On va partout à la rencontre des gens. On se rend dans les centres de détention, dans les refuges, etc. On connaît tout le jargon et la marche à suivre dans chacun des milieux, que ce soit en détention, au palais de justice ou à l’hôpital. On est là pour accompagner les gens, les rassurer et les aider. Les cas nous sont référés de partout. Ça peut venir de nos partenaires policiers, du réseau de la santé ou même de notre équipe dans le cadre d’un autre service. »

Pour le moment, le projet de justice alternative a reçu un financement pour deux ans. L’organisme Point de rue espère que le travail accompli dans les prochains mois arrivera à convaincre les partenaires financiers de l’importance de renouveler l’expérience.

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