Rareté de la main-d’œuvre: «On est une solution intéressante»

Rareté de la main-d’œuvre: «On est une solution intéressante»

Audrey Alarie et Michelle Octeau, respectivement coordonnatrice et conseillère en emploi au SIER.

Crédit photo : Marie-Eve Alarie

TROIS-RIVIÈRES. «L’humain est capable de changer», lance Michelle Octeau, conseillère en emploi au Service d’intégration à l’emploi Radisson (SIER). C’est exactement pour cette raison que l’organisme œuvrant à la réintégration sur le marché du travail de personnes judiciarisées ou ayant présenté une problématique de toxicomanie s’estime comme une option à considérer pour lutter contre la pénurie de la main-d’œuvre dans la région.

«On est une solution intéressante pour combler des postes, soutient Mme Octeau. Pour que la personne soit la plus prête possible à occuper un emploi, on l’aide à se stabiliser dans les différentes sphères de sa vie. On utilise une approche globale de l’individu. Le but est que notre clientèle se trouve un emploi, mais qu’elle arrive aussi à le maintenir à moyen et long terme.»

Plus que des conseillers en emploi, les employés du SIER Radisson sont aussi des intervenants en réinsertion sociale.

«La vie professionnelle est une sphère de la vie, au même titre que la santé, la vie personnelle, etc. Les gens qui viennent nous voir ont eu à travailler sur eux, entre autres sur le savoir-être, leur attitude, l’estime de soi et la gestion des émotions. Ils ont des défis supplémentaires. Certains ont eu des parcours de vie particulièrement difficiles», précise Mme Octeau.

«On les a évalués, on les encadre et ils sont bien outillés pour ensuite rejoindre le marché du travail. Ce sont des gens compétents, motivés et qui ont travaillé sur eux. On voit qu’il y a encore des hésitations et des préjugés qui sont entretenus. Certaines problématiques passent moins bien. Tout de même, des employeurs ont vécu de beaux succès avec des personnes qui ont utilisé nos services et qu’on a accompagnées dans leurs démarches. On fait aussi le suivi après l’embauche», explique-t-elle.

L’histoire de François (voir ci-dessous) s’avère représentative du parcours de nombreux usagers du Service d’intégration à l’emploi Radisson. Celui-ci s’était fixé l’objectif de retourner sur les bancs d’école pour compléter une formation en soudure, non sans avoir travaillé fort pour régler ses problèmes.

D’ailleurs, les services du SIER sont présentés dans d’autres organismes œuvrant auprès d’une clientèle ayant des problèmes de toxicomanie. Notons que l’établissement de détention de Trois-Rivières dispose d’une ressource à l’interne pour préparer la réinsertion sur le marché du travail. À leur sortie, les personnes peuvent continuer leur démarche auprès du SIER.

Sentiment de fierté et de réalisation

La clientèle a accès à un service individuel d’accompagnement ou à un suivi en groupe. On peut, par exemple, y offrir des formations complémentaires, des stages et divers ateliers afin que les participants puissent développer des compétences clés en emploi ou dans le but de suivre une formation professionnelle.

Des ordinateurs et des fax sont disponibles sur place pour que les participants puissent faire leurs propres recherches. Des offres d’emplois sont également affichées. Dans le même local, on retrouve un tableau bien spécial sur lequel sont inscrits les noms des participants qui se sont trouvé un emploi ou qui sont retournés aux études au cours de la dernière année, une belle source de motivation pour la clientèle de l’organisme.

«Accéder à un emploi peut évidemment les aider à combler divers besoins financiers, mais au-delà de ça, c’est aussi de la fierté, un sentiment de réalisation dans un domaine qui les intéresse, le sentiment de se sentir utile et productif. On cible avec eux ce qui leur convient», indique Michelle Octeau qui remarque que de plus en plus d’employeurs montrent de l’ouverture à embaucher les participants du SIER en raison de la pénurie de main-d’œuvre.

«Des employeurs nous approchent également, poursuit Audrey Alarie, coordonnatrice du Service d’intégration à l’emploi Radisson. On a eu la chance de recevoir Paskale Méthot, du Sushizo, qui est venue rencontrer nos participants, leur explique les attentes des employeurs. Elle leur a aussi fait visiter son commerce. Ç’a été une belle expérience. On voit aussi d’anciens participants qui viennent nous voir à la demande de leur employeur pour tâter le terrain et voir si on aurait des participants qui conviennent à ce que leur employeur recherche.»

Dévoilement complet du casier judiciaire

Au moment d’un entretien d’embauche, le SIER recommande d’être honnête avec l’employeur et de dévoiler son casier judiciaire. «Certains de nos participants ont des trous énormes dans leur CV, d’où l’importance de mettre cartes sur table et d’expliquer leur cheminement et leur parcours de vie, ainsi qu’expliquer ce qu’ils ont fait pour s’en sortir. Ça permet de tisser un lien de confiance», soutient Mme Octeau.

«Également, on retrouve plus facilement des informations judiciaires sur tout le monde en faisant une recherche sur Internet, puisque c’est très couvert par les médias. Nos participants doivent aussi composer avec ça et en être conscients. On invite les employeurs et les futurs participants à nous contacter», ajoute Mme Alarie.

«On travaille fort pour déconstruire les préjugés de base auprès des employeurs. L’humain est capable de changer. Mais parfois, le préjugé est tenace. Il arrive aussi que l’employeur soit intéressé, mais que ça ne passe pas auprès des employés», relève Mme Octeau.

Projet pilote régional

Le Service d’intégration à l’emploi Radisson a obtenu le mandat de mener un projet pilote régional pour faire le pont entre les travailleurs et les entreprises, à la manière d’une triade, afin de favoriser une intégration réussie des personnes judiciarisées au sein d’une entreprise.

«Le but est de bien les préparer pour éviter une expérience négative. Ce projet nous donne des moyens supplémentaires pour assurer cette continuité de service. Également, ces employés sont admissibles à des subventions salariales. On est les seuls à avoir obtenu le projet dans la région. Cet accompagnement qu’on fait est une sorte de filet de sécurité pour les employés et les employeurs. On invite donc les entreprises de la Mauricie à nous consulter», conclut Audrey Alarie.

***

«Mon but était de retourner à l’école»

TROIS-RIVIÈRES. François n’a pas un dossier rose: conduite avec les facultés affaiblies, menace, incendie criminel… Mais le jour où il a compris que la drogue qu’il consommait était reliée à chacune de «ses niaiseries», il a décidé de se prendre en main et a entamé des thérapies avec un objectif précis en tête: retourner sur les bancs d’école.

Entre 2012 et 2018, il a suivi quatre thérapies. C’est lors d’une de ces thérapies qu’il a appris l’existence du Service d’intégration à l’emploi Radisson.

«Mon but était de retourner à l’école. Les gens ici sont magnifiques! Ils m’ont aidé à atteindre mon but. J’ai gagné de la confiance en moi. On est bien encadré. C’est Hélène qui est ma conseillère. Elle m’a notamment envoyé comme élève d’un jour. Je savais que je voulais être soudeur», raconte François.

Il a finalement commencé son parcours scolaire en soudure en janvier dernier, non sans une certaine crainte. C’est que ça faisait 20 ans qu’il n’avait pas mis les pieds à l’école. «Je savais aussi que j’ai un TDAH (trouble de déficit d’attention avec hyperactivité). J’ai consulté pour ça. J’ai encore de la difficulté avec les cours théoriques, mais ça se passe bien. À partir de janvier, je vais pouvoir déterminer quelle branche de la soudure m’intéresse le plus. J’ai vraiment pris confiance en moi.»

François a aussi eu l’occasion de faire du bénévolat pendant quelques mois avant de débuter son cours, une façon de s’assurer de rester dans la bonne direction.

Des efforts constants

François a utilisé tous les outils qu’on lui a donnés durant ses thérapies pour améliorer son sort.

«J’avais tout perdu, confie-t-il. Il me restait quelques membres de ma famille. On a pu reconnecter, sauf ma fille qui m’a renié. Je garde espoir qu’elle accepte de reparler à son père un jour. J’étais aux prises avec des problèmes de toxicomanie quand j’ai commencé mon parcours en thérapie en 2012. J’y suis aussi retourné en 2014. J’ai également passé les deux dernières années en thérapie.»

«C’était une sécurité. C’était là ou dans la rue. J’étais malheureux. J’ai beaucoup travaillé sur moi. Ça n’a pas toujours été facile, mais j’avais de la volonté. J’étais tanné de souffrir. Je me suis avoué que si je ne me prenais pas en main, je finirais en prison», poursuit-il.

Dernièrement, il a célébré ses 19 mois de sobriété. Il a également regagné son permis de conduire dans les derniers mois, ce qui était l’un des objectifs qu’il s’était donné.

«J’ai beaucoup d’outils en place. Ma copine ne consomme pas. J’ai mis mes priorités aux bonnes places. En thérapie, on m’a dit de m’accorder de l’importance. C’est ce que j’ai fait. Ça m’a bénéficié à moi, mais aussi à tous les autres autour de moi», affirme François.

Marché du travail

François terminera ses études en soudure en juin prochain, à la suite de quoi il entamera ses démarches de recherche d’emploi. Il compte bien retourner au Service d’intégration à l’emploi Radisson pour obtenir une petite mise à jour concernant la confection de son CV et la rédaction de sa lettre de présentation, ainsi que des conseils en prévision de l’entrevue d’embauche.

«Je sais que mon dossier n’est pas rose. Il ne faut pas que je m’arrête à ça. J’espère que mon stage m’ouvrira la porte à un emploi dans l’entreprise. C’est certain que j’ai un gros trou dans mon CV entre 2015 et 2018. Je devrai établir un lien de confiance et expliquer tout le cheminement que j’ai fait depuis», souligne-t-il.

«Si une personne a la volonté et la détermination de s’en sortir, ici, ils donnent les outils pour nous guider et retourner sur le droit chemin. Si on veut, on peut. Et je sais que si je sens une faiblesse, j’ai mes filets de sécurité autour de moi. Aujourd’hui, je m’entoure de gens positifs», conclut-il.

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Francois
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Juste wow