Quand les eaux domestiques deviennent un dépotoir

Par Stéphanie Paradis
Quand les eaux domestiques deviennent un dépotoir
Les déchets en bordure des étangs d'épuration. (Photo : Stéphanie Paradis)

Est-ce qu’un tampon peut être jeté aux toilettes? Qu’en est-il des mégots de cigarette? Peu importe de quoi il s’agit, la réponse sera toujours non. De nombreux mythes subsistent concernant ce que l’on peut jeter ou non dans les toilettes. Au final, mis à part les déjections humaines, seul le papier de toilette peut y être jeté.

Chaque année, ce sont 170 tonnes métriques de déchets qui sont retirés des étangs d’eaux usées de la station d’épuration de Trois-Rivières. Condoms, brosses à dents, soie dentaire, cotons-tiges, lingettes humides, médicaments et drogues, cheveux: autant de déchets qu’on retrouve régulièrement dans les étangs d’épuration, mais qui ne devraient pas s’y trouver.

Jeter des déchets dans les toilettes engendre des bris prématurés des équipements de la station d’épuration, notamment en bloquant les pompes, causant alors un arrêt du pompage. Le niveau des eaux monte, ce qui crée alors un trop-plein et un débordement. Conséquence: un rejet sans traitement dans l’environnement ou encore un refoulement d’égout dans les résidences.

Ces déchets engendrent également des coûts de fonctionnement plus élevés et l’installation d’un dégrilleur supplémentaire est dans les projets de la station. Celui-ci sera en mesure de stopper de plus petits déchets.

C’est pour cette raison que la Direction des travaux publics tente actuellement de sensibiliser la population afin qu’elle jette ses déchets aux endroits appropriés, et non dans les toilettes. Avec sa campagne «Flush tes mauvaises habitudes», on souhaite également éduquer les enfants et leur entourage afin qu’un comportement adéquat entre dans les nouvelles mentalités.

Opération de nettoyage

La station d’épuration des eaux usées de Trois-Rivières, la première au Québec et la troisième en superficie au Canada, comporte huit étangs de 200 000 m3 chacun, ce qui représente 70 millions de litres d’eaux usées traités quotidiennement.

Pour la première fois depuis la mise en fonction de la station en 1994, on procède à la vidange complète des étangs. Le chantier a été mis en branle le 12 juin dernier pour deux des huit étangs et devrait être terminé au début du mois de novembre tout au plus.

L’objectif des travaux est d’enlever les boues qui s’accumulent au fond des étangs ainsi que d’aller s’assurer de l’intégrité des lignes d’aération et des équipements. Ces boues proviennent des déjections humaines; il s’agit d’une partie qui ne se dégrade pas.

Au total, environ 24 000 tonnes métriques de boue et de détritus seront vidangées. Le dégrilleur au poste de pompage principal retient une bonne partie de ces déchets, mais pas la totalité.

Éric Dubois, opérateur, et Jean Mercier, chef de service à l’hygiène du milieu aux travaux publics.

«Dans un premier temps, on procède au dragage partiel, et par la suite, on abaisse volontairement le niveau de l’étang jusqu’en bas. Avec une pelle mécanique, on va aller chercher toutes les boues qui sont dans les pentes et le fond, la ramener dans une unité de pompage et l’envoyer à la déshydratation», explique Jean Mercier, chef de service à l’hygiène du milieu aux travaux publics à la ville de Trois-Rivières.

Le voyage des eaux domestiques

Le traitement naturel aux étangs d’épuration dure en moyenne 21 jours. Les eaux domestiques collectées par les conduites sanitaires sont premièrement dirigées vers le poste de pompage principal.

Son premier traitement est son passage dans le dégrilleur qui éliminera les gros déchets (plus de 20 millimètres). Ensuite, le dessableur traite l’eau en y éliminant les résidus tels que le sable. L’eau est par la suite transportée vers les étangs d’épuration où elle sera clarifiée et finalement rejetée dans le fleuve Saint-Laurent.

«Ce qu’il y a de particulier à Trois-Rivières, c’est qu’on a un traitement sans produit chimique. On a juste besoin d’une aération, car les entreprises comme Kruger ont leur propre site de traitement», explique Éric Dubois, opérateur à la station d’épuration des eaux de Trois-Rivières.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Notifier de