Pompier pendant 50 ans

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Par Jonathan Cossette
Pompier pendant 50 ans
Alain Lemire a combattu les flammes pendant 50 ans, un exploit qui sera plutôt difficile à réaliser pour les jeunes pompiers compte tenu qu’ils amorcent leur carrière à l’âge de 21 ou 22 ans. Photo Hebdo Journal - Jonathan Cossette

50 ans de métier. 50 ans à combattre les flammes. Alain Lemire vient de se retirer la tête haute, avec quelques médailles et reconnaissances sous le casque, mais surtout, avec le sentiment du devoir accompli. Alain Lemire avait leu feu sacré pour son second métier.

Le nouveau retraité se souvient où a tout commencé. «Avant d’être pompier, j’étais dans l’Association de la protection civile. On allait aider lors des inondations ou lorsque des clochers d’église menaçaient de tomber. Je me suis retrouvé ici (à la Caserne 5 de Saint-Louis-de-France) par l’entremise de l’un de mes cousins», lance-t-il d’entrée de jeu.

«C’était une affaire de famille ici. J’étais avec mes frères, mon cousin et mon oncle qui était chef. C’était comme ça. On était avec des Marchand, des Désilets et des Lemire. J’ai commencé à 18 ans dans l’ancienne caserne. Lorsqu’il y a eu la fusion, on est déménagé dans l’ancien bâtiment de la voirie.»

Le natif de Saint-Louis-de-France a amorcé sa carrière de pompier en 1968. Il a connu l’évolution de son métier, n’ayant pas radio, pas d’ordinateur, pas de testeurs d’air et pas de masque à gaz à ses débuts.

«Nos habits étaient attachés au camion alors quand on arrivait sur un feu, à -30 degrés l’hiver, on s’habillait dehors avec nos habits gelés. Lorsqu’on a eu notre première unité d’urgence, on était content de s’habiller au chaud. Il n’y avait pas de masque non plus. Par contre, c’était de la bonne boucane contrairement à aujourd’hui où la boucane est très nocive, même cancérigène, avec tous les différents produits utilisés en construction et dans nos meubles», ajoute celui qui a conjointement travaillé à l’usine Kruger pendant 33 ans.

«On avait tellement de fun à aller au feu. Aujourd’hui, on a plusieurs protocoles à suivre et la Santé et sécurité au travail (SST) est très impliquée. Lorsqu’on arrive sur un incendie, on fait beaucoup d’inspection avant de rentrer dans le bâtiment. J’ai connu tous les changements du métier.»

Alain Lemire va s’ennuyer de sa deuxième famille, et surtout, des jeunes pompiers avec qui il avait tant de plaisir.

Le courage

Aux yeux de bien des citoyens, il faut un courage fou pour être pompier. Et ce courage, Alain Lemire l’avait.

«Lorsque j’arrivais sur un feu, j’allais vers le feu. Parfois, les gars me retenaient et j’y allais pareil en me disant «pas de problème, allons éteindre ça». Pour moi, il fallait éteindre le feu. On était très fonceur. Aujourd’hui, on a tout un protocole à suivre. Moi, je rentrais dans le feu et je voulais l’éteindre. Le plus dur aussi, c’était pour nos femmes. Je partais au beau milieu de la nuit et elle savait que je m’en allais dans le bâtiment en flammes, et non comme simple observateur. On n’avait pas de téléphone cellulaire pour communiquer non plus», témoigne celui qui a progressé jusqu’au poste d’officier d’équipe.

«Je n’ai jamais eu peur de mourir non plus, même si les autres diraient sûrement que j’ai déjà été en danger quelques fois. Il y en a eu des effondrements, mais pas sur moi. Ç’a passé proche, mais passer proche ne compte pas (Rires). Je n’avais pas peur pour moi, mais j’avais toujours cette peur de trouver des enfants morts. C’est la première chose qui me venait en tête lorsqu’on était appelé la nuit. Je suis certain que je ne suis pas le seul à le penser.»

Les souvenirs

Le vétéran pompier conservera de beaux souvenirs de sa longue carrière, même s’il occupait un emploi qui rime avec négativité. «Tu ne peux pas avoir de beaux souvenirs de feu, mais je garde de beaux souvenirs des gars que j’ai côtoyé et des médailles et des reconnaissances que j’ai reçues. Lorsqu’on m’a donné ma statue de pompier pour souligner mes 50 ans de carrière, le monde s’est levé pour m’applaudir quand je me suis levé. Ça m’a vraiment touché!», confie-t-il.

«Sans que ce soit un beau souvenir, je me souviens aussi que le 11 septembre 2001, on était en train de combattre un feu à Sainte-Marguerite pendant que les avions frappaient les tours jumelles à New York.»

Malheureusement, il devra également composer avec quelques mauvais souvenirs pour le restant de ses jours.

«Dans le secteur des Chenaux, on a avait un gars qui est retourné dans sa maison pour sauver son chien et son argent. Le chien est sorti de lui-même, mais on a retrouvé l’homme brûlé avec une liasse d’argent dans les mains. On a retrouvé des animaux aussi. Ça venait me chercher parce que j’aime les animaux. On sortait toujours les chiens dans une couverture, avec respect, pour la famille», se remémore-t-il.

«Le pire souvenir que j’ai en tête, c’est l’incendie de la rue Massicotte. On était arrivé là en backup et les pompiers de la Caserne 3 venaient de sortir un petit gars de 4 ans, mort, brûlé vif. À mon arrivée, j’ai vu la famille et j’ai vu la grand-mère se mettre à crier lorsqu’elle a réalisé que c’était son petit-fils. Je suis marqué à vie par ça et ça va toujours rester là. N’en demeure pas moins qu’on est chanceux à Trois-Rivières parce qu’on n’a pas souvent eu d’incendies mortels.»

Et qu’est-ce qui va lui manquer le plus? «C’est la gang de la caserne. C’est de côtoyer tous ces jeunes qui arrivent et cet esprit de famille qu’on développe», conclut-il.

Les pompiers de Trois-Rivières répondent à des appels quotidiennement, eux qui reçoivent jusqu’à 3000 appels par année.

@Ci:«Je n’ai jamais eu peur de mourir non plus, même si les autres diraient surement que j’ai déjà été en danger quelques fois»

@CSi:-Alain Lemire

@Ci:«Il y en a eu des effondrements, mais pas sur moi. Ç’a passé proche, mais passer proche ne compte pas (Rires)»

@CSi:-Alain Lemire

@BV:Alain Lemire a combattu les flammes pendant 50 ans, un exploit qui sera plutôt difficile à réaliser pour les jeunes pompiers compte tenu qu’ils amorcent leur carrière à l’âge de 21 ou 22 ans. <@CP>Photo Hebdo Journal – Jonathan Cossette<@$p>

@BV:Alain Lemire va s’ennuyer de sa deuxième famille, et surtout, des jeunes pompiers avec qui il avait tant de plaisir. <@CP>Photo Hebdo Journal – Jonathan Cossette<@$p>

 

 

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Eric Beauchamp
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Eric Beauchamp

Bon repos Alain,très fière d’avoir travaillé avec toi 25 ans chez kruger,tu mérite une belle retraite tu la pas volé😉

Sylvain Carter
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Sylvain Carter

Bien heureux d’avoir travaillé avec toi pendant 18 ans! Bonne retraite mon ami!