Petite histoire de la peine de mort au Québec

Par Stéphanie Paradis
Petite histoire de la peine de mort au Québec
Le chercheur et analyste judiciaire Eric Veillette. (Photo : Stéphanie Paradis)

Les histoires judiciaires ont la cote et soulèvent la curiosité populaire. Pour Eric Veillette, c’est bien plus qu’une curiosité, mais une histoire de passion. Après 5 ans de recherches et écriture, il présentait cet automne le premier volume sur deux d’un répertoire unique, celui des procès des condamnés à mort du Québec.

Sans même savoir que son travail de recherche serait publié, le Trifluvien Eric Veillette a accumulé tout d’abord des informations sur les sept pendus de la prison de Trois-Rivières. C’est en découvrant un répertoire de 1994 listant les condamnés à mort au Canada que lui est venu l’idée de créer un ouvrage de référence. Cependant, ce répertoire regroupait seulement le nom de l’accusé et du juge, sans autres explications ou contexte.

Il a donc recensé les 276 causes criminelles impliquant 318 condamnés du Québec pour la période de 1867 à 1976 (c’est-à-dire de la Confédération jusqu’à l’abolition de la peine de mort) afin de bâtir son Répertoire des procès des condamnées à mort du Québec. M. Veillette va par contre au-delà de la simple liste en offrant plutôt une rubrique englobant un résumé de l’affaire et une multitude d’informations, notamment sur les victimes, les policiers, les juges et les procureurs qui gravitaient autour de ces affaires.

Afin de reconstituer les faits le plus fidèlement possible, Eric Veillette a consulté des articles de presse ainsi que des dossiers judiciaires à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec, du moins ceux qui n’avaient pas été détruits. « Après, il faut se donner le temps de les lire, c’est ça le problème! Personnellement, je trouve fascinant de voir le débat des avocats et le rétablissement des faits. Certains vont voir une boite et se dire : « Ah non, je ne peux pas tout lire ça! », alors que moi je vois la salle pleine et je me sens comme dans une chocolaterie! », rigole l’auteur. Certains dossiers contenaient même encore les photos de scènes de crime, parfois très difficiles à regarder, ou même encore l’arme du crime, comme dans le cas d’Alexandre Lavallée, un des pendus de la prison de Trois-Rivières.

« En relisant mon répertoire, je me suis aperçu que l’ensemble des causes dresse un portrait d’une époque. Ce sont tous des cas séparés, mais au fil de la lecture, ils forment une image d’une époque qui est heureusement révolue », mentionne l’auteur Eric Veillette.

M. Veillette parle d’évolution lorsqu’on mentionne l’abolition de la peine capitale, tout comme lorsqu’on mentionne l’abolition de la torture pour faire avouer des crimes. Il rappelle que pourtant, le Parti conservateur a tenté de rétablir la peine de mort en 1987, et que c’est seulement par 148 voix contre 127 à la Chambre des communes que l’abolition a été maintenue.

« Et que Dieu ait pitié de votre âme! »

Les condamnés occupaient différentes fonctions, que ce soit policier, prêtre, médecin, ouvrier agricole ou criminel de carrière, et les motifs varient tout autant : triangles amoureux, vengeance, orgueil, crimes passionnels et sexuels, d’autres commis par la folie humaine ou encore motivés par des cambriolages.

Certaines causes sont particulières, notamment celle de Luigi Stabile qui a été accusé du meurtre de Carmino Festa 27 ans après sa mort. Il est en effet difficile pour la Cour d’établir la culpabilité d’un accusé autant d’années à la suite du crime, car les témoins ont oublié de nombreuses informations et la qualité des preuves s’altère avec le temps. Après avoir été condamné à la peine capitale, Luigi Stabile a été finalement acquitté en Cour d’appel. Les circonstances entourant le décès de Carmino Festa sont restées un mystère.

Dans le second volume du répertoire d’Eric Veillette, il sera également question de la célèbre affaire de Sault-au-Cochon de 1949 pour laquelle trois complices ont été déclarés coupables et pendus, dont la toute dernière femme au Canada à avoir subi la peine capitale, Marguerite Pitre. Albert Guay, qui voulait assassiner sa femme, a planifié l’explosion d’un avion et tua, par la même occasion, 22 autres passagers et membres d’équipage.

Cette affaire, c’est le crime du siècle selon M. Veillette, et annonce qu’il travaille également depuis 5 ans sur l’écriture d’un document en trois tomes sur cette tragédie. Le premier tome sera disponible l’an prochain. Il a auparavant redonné vie au dossier judiciaire de la marâtre Marie-Anne Houde, dans L’affaire Aurore Gagnon en 2016.

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Lucie Wilson
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Vivement que je me procure ce livre ou le demander en cadeau à Noel.. ho ho ho