(OPINION) Petite histoire de la fondation de Trois-Rivières

Tribune libre

(OPINION) Petite histoire de la fondation de Trois-Rivières

Est-il trop tard pour souligner les grandes heures de la fondation de notre ville, à l’été 1634 ? Bien sûr que non. La construction de l’habitation française, cette maison fortifiée, au confluent de la rivière Saint-Maurice et du majestueux fleuve Saint-Laurent, a bien dû prendre quelques semaines quand même. 

Laissez-moi vous raconter la petite histoire de la naissance de notre ville.

C’est le grand Samuel de Champlain, Gouverneur de cette partie de la Nouvelle-France, « dicte » Canada qui obtint en 1633, la permission de la Compagnie des Cent Associés, de procéder. Il caressait ce projet depuis trente ans. Sous l’impulsion du Cardinal de Richelieu, Champlain présidait enfin à l’établissement d’une colonie solide en terre d’Amérique, sous l’autorité de la couronne de France, comme il l’avait toujours souhaité. Qu’on se le dise par tout le Québec, sans le travail acharné et désintéressé du grand Samuel de Champlain, il n’y aurait pas de peuple québécois.

Mais, pourquoi donc fallait-il construire une habitation française à cet endroit ? Parce que depuis plusieurs années, même avant que Champlain n’arrive ici, Trois-Rivières était le carrefour idéal pour faire le commerce des fourrures, élément principal du PIB de la colonie naissante, sans lequel elle n’aurait pu exister. La fourrure du castor en effet, produit de luxe qui, en Europe, servait à la confection de vêtements propres aux saisons froides, que les indigènes échangeaient aux Français contre des produits issus de la technologie européenne, couteaux, haches, épées, pointes de de flèche en métal spécialement fabriquées pour eux, sans oublier les couvertures, les marmites de cuivre et autres objets. Français, Hurons et Algonquins s’y donnaient rendez-vous chaque été.

Le problème, c’est que les Iroquois, qui avaient des prétentions sur cette partie du fleuve Saint-Laurent, attaquaient constamment nos amis indigènes, les tuaient et les volaient, afin de vendre leurs fourrures aux Hollandais, qui eux, s’étaient installés dans un village, qu’on appellera plus tard New York.

Il fallait donc sécuriser les lieux. D’abord par la construction d’une maison fortifiée, ensuite par celle d’une palissade tout autour et enfin, par l’installation de colons pour cultiver la terre, afin que l’endroit puisse se suffire à lui-même du point de vue alimentaire et pour servir de miliciens en cas d’attaque iroquoise.

C’est à Nicolas Nau, dit Laviolette, un soldat natif d’Orléans en France, une recrue de 1632, que reviendra l’honneur de présider à la fondation de notre ville. Il en sera le commandant de 1634 à 1636. Envoyé ici par Champlain, sur un bateau piloté par le capitaine Jacques Couillard de l’Espinay, il arrive le mardi 4 juillet 1634 avec une quarantaine d’engagés. L’accompagnaient, les pères jésuites Brébeuf et Daniel, destinés au pays des Hurons situé bien plus loin, dans l’Ontario actuelle, à l’ouest du lac qui porte aujourd’hui le nom de Simcoe.

Il fallait construire cette maison fortifiée rapidement. D’abord pour mettre les hommes (qui couchaient sous la tente en attendant) et les vivres à l’abri des intempéries et ensuite pour se garantir contre une éventuelle attaque iroquoise. C’est pourquoi, Champlain avait pris la précaution de faire couper tous le bois requis à Québec, avant de donner le feu vert à l’expédition. Il va sans dire que les bateaux firent la navette tout l’été, entre Québec et Trois-Rivières, pour y amener tout ce dont on avait besoin.

C’est le Platon (derrière le grand bureau de poste de la rue Notre-Dame), cette « plateforme naturelle qui a vue sur la grande rivière » (le fleuve), nous le dit le Supérieur des Jésuites Le Jeune, qui fut choisi comme emplacement pour construire l’habitation.

Le jeune amiral de la flotte de la Compagnie, Théodore Bochart du Plessis, arriva le lendemain avec son bateau armé, ayant à son bord le Jésuite Ambroise Davost (lui aussi destiné aux Hurons), pour prêter main forte…au cas où.

Sur la quarantaine de personnes envoyées ici, l’histoire n’a retenu les noms que de six ouvriers de la première heure, dont le charpentier rouennais Pierre Drouet, que le père Davost a immortalisés en les identifiant dans le premier registre de sépultures de notre ville, dit « Catalogue des Trépassés », parce qu’ils étaient morts du scorbut à l’hiver 1635. 

La maison fortifiée de Trois-Rivières devait ressembler à celle qu’avait fait construire Champlain à Québec en 1608. Deux duplex collés l’un sur l’autre, de deux appartements chacun, de la grandeur d’un salon, auquel s’ajoutera un troisième l’année suivante. Le tout entouré d’un fossé qu’on traversait sur un pont levis.

C’est au Jésuite Ambroise Davost que l’on doit d’avoir célébré la messe de fondation de notre ville le dimanche 9 juillet, appelant les grâces du Seigneur sur l’entreprise naissante. L’a-t-on saluée, cette fondation, par une salve de mousquets, comme lors de l’inauguration du fort de Sorel en août 1642, bien sûr que oui. Il fallait bien prendre possession des lieux, solennellement.

Mais déjà, l’hiver québécois s’annonce, avec son cortège de nuits noires qui n’en finissent plus. Nos pionniers, enterrés sous deux mètres de neige, dont l’alimentation est rationnée, sont isolés du reste du monde pour les six prochains mois. Devant le fleuve gelé, au cœur de cette immense jungle septentrionale, plantée de hauts conifères plusieurs fois centenaires, couverte de sentiers il est vrai, mais que seuls les Amérindiens, dont un petit nombre a décidé de passer l’hiver auprès des français, connaissent. 

Nos hommes donc, doivent survivre. Mais qu’importe, que l’aventure commence !

Bruno-Guy Héroux, historien.

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