(OPINION) Projet de loi 59 : non aux reculs des droits des accidentés du travail!

Tribune libre
(OPINION) Projet de loi 59 : non aux reculs des droits des accidentés du travail!

J’écris cette lettre en tant que victime d’accident du travail, très inquiet pour l’avenir de nos droits. Je me sens en effet directement interpelé par le projet de loi 59 déposé par le député de Trois-Rivières et le ministre du Travail, Jean Boulet.

Il faut le vivre pour savoir à quel point il est compliqué de faire reconnaître nos droits par la CNESST suite à un accident grave. La CNESST est censée être là pour du monde qui, comme moi, ont perdu leur santé dans un accident du travail. Mais ce n’est pas toujours facile d’accéder aux indemnités et traitements dont a besoin.

Tout peut être remis en question : le jugement de notre médecin, chacun de ses diagnostics, le fait que nos problèmes viennent de l’accident, les traitements dont on a besoin, la durée de l’arrêt de travail… Quand la CNESST n’est pas contente de l’avis de notre médecin, elle peut nous soumettre à des expertises médicales à répétition. J’ai moi-même goûté à cette médecine : j’ai dû me soumettre deux fois à l’examen d’un médecin de la CNESST et deux autres fois à l’examen du Bureau d’évaluation médicale. Sans compter la quantité de preuve qu’il m’a fallu présenter pour qu’enfin on reconnaisse une partie de mes problèmes. Et la bataille n’est pas encore terminée…

Imaginez l’énergie que ça prend pour prouver les séquelles qu’on a quand on est déjà aux prises avec des douleurs constantes et des limitations physiques importantes suite à un accident grave. Quand on souffre, devoir s’engager dans des procédures juridiques sans fin, c’est la dernière chose dont on a besoin.

Loin d’améliorer les choses, le projet de loi no 59 du ministre Boulet va les rendre pire encore pour les accidentés du travail. La réforme ajoute plusieurs obstacles à la reconnaissance des maladies du travail. Elle réduira l’accès à l’assistance médicale et fera reculer le droit à la réadaptation des victimes qui ont des séquelles permanentes. En fait, cette prétendue « modernisation » est plutôt une opération de démolition des droits des victimes d’accidents et de maladies du travail, réalisée pour que les employeurs paient moins de cotisations à la CNESST. Mais ce sont nous, les travailleurs, qui en paierons le prix, avec notre santé.

Le projet de loi est actuellement à l’étape de son étude article par article.  Les travailleuses et travailleurs sont tous concernés par cette réforme. Le ministre Boulet doit comprendre que son projet de loi est totalement inacceptable dans sa forme actuelle. Il doit être modifié grandement ou complètement retiré.

Il est inhumain de sacrifier les victimes de lésions professionnelles pour permettre aux employeurs de faire des économies.  Il faut se rappeler qu’avant d’être blessé par notre travail, on a contribué à la prospérité de notre entreprise et de la société.  Les travailleurs accidentés méritent mieux qu’une réforme qui va les laisser sur le carreau!

 

Marco Lapierre

Louiseville

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