Une professeure canadienne en Ukraine aspire à la paix sous le son des sirènes

Hina Alam, La Presse Canadienne

VANCOUVER — La plainte des sirènes de raid aérien fait désormais partie de la bande sonore de la vie de Svitlana Matviyenko.

La première fois qu’elle a entendu l’alarme indiquant qu’elle se trouvait sur la trajectoire d’un missile russe, Mme Matviyenko a paniqué. Maintenant, la professeure adjointe à l’école de communication de l’Université Simon Fraser a en quelque sorte défini une routine.

Elle appelle ses parents, qui sont octogénaires et vivent à un coin de rue de chez elle dans la ville de Kamianets-Podilskyi, dans l’ouest de l’Ukraine, pour leur faire savoir qu’ils doivent se rendre dans une « pièce sécurisée » — un espace sans fenêtre auquel ils ont plus facilement accès que leur sous-sol — jusqu’à ce qu’elle leur donne le feu vert.

Ensuite, elle surveille plusieurs applications et groupes de messagerie pour vérifier combien de temps cela devrait durer.

Les sirènes peuvent durer 15 minutes ou jusqu’à deux heures. Une alarme, samedi soir, a duré trois heures. Les sirènes se déclenchent deux ou trois fois par jour, mais, jusqu’à présent, la ville a été épargnée par les bombardements.

«Je suis très, très heureuse d’être ici. Je pense que j’aurais complètement perdu la tête si j’étais (au Canada), a témoigné Mme Matviyenko. Ici, j’ai au moins l’impression de contrôler une situation.»

Résidente permanente au Canada, Mme Matviyenko s’est rendue en Ukraine il y a un peu plus d’un an pour s’occuper de sa mère, qui avait la colonne vertébrale cassée.

Elle a également pu continuer d’enseigner un cours d’études supérieures sur l’histoire de la théorie de la communication aux étudiants de la région métropolitaine de Vancouver, mais uniquement lorsqu’Internet est accessible.

Avant que la Russie ne commence son invasion de l’Ukraine à la fin du mois dernier, elle rapporte qu’elle avait la «mauvaise habitude» de laisser la télévision allumée pendant son sommeil. L’habitude s’est cassée juste après le premier jour de l’invasion.

«Je ne veux que du silence», a-t-elle dit.

«Mes sentiments ont changé plusieurs fois au cours de la première semaine de guerre. Lorsque je me suis réveillée et que j’ai entendu le silence, j’ai ressenti presque une vague de chaleur parcourir mon corps, comme un plaisir absolu. Une sensation presque orgasmique. J’ai été surprise par une réaction aussi viscérale juste au fait que j’entende que c’est calme», a-t-elle raconté. 

Mme Matviyenko occupe ses journées entre l’enseignement d’un cours et l’écriture d’un livre.

C’est «trop fort» de dire qu’elle vit chaque jour comme si c’était son dernier, mais il y a un «sentiment subtil» que cela pourrait être une possibilité, a-t-elle dit.

«Je dois le faire plus vite, ou je dois le finir plus vite. Parce que quelque chose peut arriver maintenant, a-t-elle déclaré. Le délai est devenu un peu trop littéral.»

Il y a aussi un besoin pressant, mais silencieux, de célébrer des moments de la vie depuis que les «bruits étranges» de la guerre ont commencé à la mi-février, a-t-elle indiqué.

Pour la première fois en 20 ans, depuis que Mme Matviyenko a quitté la maison parentale, elle a décidé de fêter son anniversaire vendredi avec ses parents. Elle a eu 46 ans.

Sa mère a insisté pour faire du holubtsi, qui est un plat de chou farci traditionnel ukrainien et un plat préféré, a-t-elle dit en riant.

«Nous étions tellement enthousiastes du holubtsi que nous avons raté une sirène de raid aérien, a rapporté Mme Matviyenko. Je ne l’ai pas entendue du tout. Nous étions en train de rire et de célébrer. Heureusement, il ne s’est rien passé et nous n’avons pas été touchés.»

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