Un nouvel opioïde met en lumière les risques de l’approvisionnement en drogues

OTTAWA — Un organisme national de recherche sur la consommation de substances met en garde contre un nouveau type d’opioïde que l’on trouve de plus en plus dans l’approvisionnement en drogues illicites non réglementées au Canada.

Le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances a publié un avertissement concernant la présence croissante dans l’approvisionnement en drogues de puissants opioïdes synthétiques appelés nitazènes, qui sont souvent plus puissants que le fentanyl.

Les nitazènes apparaissent généralement de manière inattendue dans des drogues censées contenir d’autres types d’opioïdes comme le fentanyl, l’oxycodone et les benzodiazépines non médicales, a expliqué le centre.

Cette hausse coïncide avec une augmentation de la prévalence des benzodiazépines, qui sont souvent utilisées comme sédatifs et tranquillisants.

Ce type de substance n’a été détecté que dans moins de 1 % des échantillons analysés par Santé Canada en 2021, selon le centre, tout en notant qu’il s’agissait d’un niveau quatre fois supérieur à ceux détectés en 2020.

«L’un des objectifs de ces avertissements n’est pas nécessairement d’éteindre le feu lorsque la maison brûle, mais plutôt lorsqu’il y a une étincelle qui sort de la cheminée», a souligné Sarah Konefal, analyste de recherche et de politique au Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.

Il est probable que la présence de nitazènes soit sous-estimée, car certains services de contrôle des drogues au Canada n’ont pas les outils pour détecter réellement ce type de substance, selon Mme Konefal.

«L’une des préoccupations est que nous ne regardons que la pointe de l’iceberg», a-t-elle ajouté. 

Rappelant la première apparition du fentanyl au Canada en 2013, Mme Konefal a indiqué que le centre avait publié une alerte basée sur une poignée de rapports faisant état de sa présence dans des communautés à travers le pays.

En 2015, la prévalence du fentanyl dans l’approvisionnement en drogues au Canada a commencé à augmenter, a-t-elle rappelé.

La Colombie-Britannique a déclaré une urgence de santé publique en 2016 en raison de l’augmentation importante des surdoses et des décès liés à la drogue, qui fut suivie d’une urgence nationale de santé publique.

Le centre surveille l’augmentation des nitazènes sur la base des données de Santé Canada, qui analyse les drogues saisies par les forces de l’ordre. En 2021, la majorité des échantillons contenant des nitazènes provenaient de l’Ontario, suivi du quart des échantillons provenant du Québec.

Depuis janvier 2020 lorsqu’un type de nitazène avait été détecté, il y a eu une augmentation non seulement du nombre global, mais aussi des types de nitazènes détectés, selon les données du centre.

«Le fait qu’il y ait plus de sortes différentes qui apparaissent est un indicateur que la portée des nitazènes est probablement en expansion», a expliqué Mme Konefal.

Karen McDonald, responsable du service de contrôle des drogues de Toronto, a rapporté qu’elle voyait des nitazènes apparaître de manière inattendue.

Depuis le lancement du service en octobre 2019, il permet aux habitants de la ville de soumettre anonymement un échantillon de drogue pour voir si ce qu’il contient correspond à ce qu’ils attendaient. Ces résultats sont ensuite partagés avec l’acheteur.

Le service combine également les résultats des échantillons vérifiés et partage des informations sur les tendances de l’approvisionnement en drogues à Toronto.

Lorsque les nitazènes ont été identifiés pour la première fois par le service au début de 2021, ils ne figuraient que dans 1 % des échantillons de fentanyl contrôlés, a indiqué Mme McDonald. À la fin de cette année-là, les nitazènes se trouvaient dans 15 à 20 % des échantillons de fentanyl et, en 2022, dans environ 20 %.

Parce que les nouveaux opioïdes de l’approvisionnement en drogues non réglementées comme les nitazènes et les benzodiazépines ont tendance à apparaître dans les drogues contenant du fentanyl, le risque de surdosage augmente, selon Mme Konefal.

Étant donné que les nitazènes sont plus puissants et qu’ils se trouvent dans des drogues qui ont le même effet, cela augmentera le risque d’empoisonnement aux opioïdes, a-t-elle ajouté.

Santé publique Ontario a déclaré que le risque de nitazènes est «probablement de modéré à élevé» dans la province, selon un mémoire d’octobre 2021.

Les nitazènes sont directement liés à la mort de quatre Canadiens en Ontario, selon Stephanie Rea, porte-parole du Bureau du coroner en chef. Des nitazènes ont été détectés lors de l’examen d’autres décès et les enquêtes sont toujours en cours.

Les surdoses impliquant des nitazènes peuvent être difficiles à inverser et peuvent nécessiter des doses supplémentaires de naloxone, selon le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances.

«Le plus gros problème est simplement que les personnes qui utilisent ces drogues ne savent pas réellement qu’elles les utilisent», a souligné Mme McDonald, notant qu’il n’y a aucune information sur le dosage de ce que les gens achètent dans la rue.

Il est impossible pour les gens de faire des choix sûrs lorsqu’ils ne savent pas quelle quantité de drogue ils consomment, en plus du fait qu’ils consomment également beaucoup d’autres drogues qu’ils ne sont même pas conscients qu’ils consomment, a-t-elle mentionné.

L’émergence et l’essor de nouvelles substances sont la réalité d’un approvisionnement en drogues qui n’est pas réglementé, selon Mme McDonald.

«L’approvisionnement continue de devenir plus contaminé, plus toxique, moins prévisible», a-t-elle dit. 

Depuis 2016, plus de 9000 Canadiens sont décédés de causes apparentes liées aux opioïdes, selon l’Agence de la santé publique du Canada.

«Le Canada reconnaît que la grande majorité des décès par surdose sont dus à la contamination de l’approvisionnement en drogues illégales par des substances comme le fentanyl», a déclaré Maryse Durette, porte-parole de Santé Canada.

Santé Canada est conscient de la présence accrue de nitazènes au pays et analyse les informations émergentes à leur sujet.

Depuis 2017, le gouvernement a engagé plus de 800 millions $ pour faire face à la crise des surdoses d’opioïdes, selon Mme Durette.

Une ou deux doses de naloxone ont réussi à inverser les surdoses de nitazène, a-t-elle ajouté. 

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.