Premier débat des chefs: tirs groupés contre la caquiste Christine Fréchette
QUÉBEC — La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ) et première ministre sortante, Christine Fréchette, a essuyé mardi les tirs groupés de ses adversaires lors du «Face-à-face» de TVA.
Ce débat était le premier d’une série de trois, une période charnière de la campagne électorale, d’une grande importance pour les politiciens puisque les Québécois sont davantage à l’écoute.
Fait à noter: environ 40 % des Québécois seraient toujours indécis, selon de récents sondages.
Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a lancé le bal mardi, accusant la CAQ d’avoir «dilapidé» les fonds publics dans des projets comme Northvolt, Nemaska et SAAQclic.
Il a rappelé que sous la CAQ, le Québec a été décoté par la firme Standard & Poor’s.
«Si vous êtes si bonne en économie, pourquoi vos résultats sont si médiocres», a lancé le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Charles Milliard, à Mme Fréchette.
La CAQ, supposément un gouvernement de comptables, a «gaspillé» 6,4 milliards $ avec le Fonds de développement économique, a renchéri M. St-Pierre Plamondon.
«Il ne comprend pas comment ça fonctionne au niveau gouvernemental», a contre-attaqué Mme Fréchette. Selon elle, le cadre financier du PQ «ne tient pas la route».
Et le chef du PQ n’a pas daigné le présenter lui-même, a-t-elle souligné. Ce sont ses candidats qui sont allés le défendre en point de presse mardi matin.
Selon M. St-Pierre Plamondon, la cheffe caquiste «ne prend pas la responsabilité d’un des pires bilans en matière de gaspillage».
Le chef conservateur Éric Duhaime s’en est aussi mêlé.
«Mme Fréchette joue à la cachette. Elle ne cache pas juste le logo de son parti, puis le nom de son parti, elle cache son bilan», a-t-il lancé lors d’un échange sur le troisième lien Québec-Lévis.
Je ne suis pas François Legault, a dit Christine Fréchette, qui a vanté son équipe «renouvelée». Elle a promis de la stabilité, de la prévisibilité, «tout sauf un référendum», a-t-elle dit.
«D’aucune façon, la CAQ ne représente le changement», selon M. Milliard. «On ne peut pas se permettre 12 ans de la CAQ», a martelé de son côté son rival du PQ.
Santé et coût de la vie
Au PQ qui promet d’abolir Santé Québec, M. Milliard répond: «le 100 millions $ que vous allez économiser, vous allez le mettre sur le référendum. On n’est pas plus avancés».
Le chef libéral, un pharmacien, a livré un vibrant plaidoyer pour le système de santé public.
Il a souligné que la CAQ et le Parti conservateur du Québec (PCQ) proposent tous les deux d’augmenter la place du privé en santé.
Pour désengorger les cliniques et les hôpitaux, le PLQ souhaite par ailleurs implanter une plateforme publique de télésanté.
Au chapitre du coût de la vie, la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a dû défendre sa proposition de créer un réseau d’épiceries publiques.
M. Duhaime a qualifié cette proposition de «loufoque». «Je ne vois pas les fonctionnaires placer des tomates à l’épicerie», s’est-il moqué, dressant un parallèle avec le modèle cubain.
On ne veut pas un monopole, s’est défendue Mme Ghazal en roulant des yeux. «On veut ajouter de la concurrence: un joueur supplémentaire étatique», a-t-elle expliqué.
Souveraineté et français
Mme Fréchette a de nouveau refusé de dire, mardi, si elle était personnellement en faveur de la souveraineté. Appuierait-elle la démarche référendaire d’un gouvernement péquiste minoritaire?
«Pourquoi ne pas répondre? C’est indigne!», a lancé M. Milliard. Il en a profité pour appeler «les fédéralistes au Québec» à se «rassembler face à la menace que propose» le PQ.
Les Québécois ne veulent pas d’un référendum qui ne ferait qu’ajouter une «épaisse couche d’incertitude» dans le contexte économique actuel, a plaidé Mme Fréchette.
Le PQ a de l’«ambition pour notre nation», a défendu de son côté M. St-Pierre Plamondon. «Nous avons droit à notre pérennité», a-t-il soutenu.
Éric Duhaime a promis pour sa part de barrer la route au PQ s’il obtient la balance du pouvoir.
Face aux attaques répétées de Christine Fréchette sur le fait français, M. Milliard a assuré qu’il était fils d’une «prof de français» et que la langue lui tenait à coeur.
Il a soutenu que le plan libéral en matière de protection du français était plus «ambitieux» que celui de la CAQ, notamment sur la francisation.
Il a énuméré une série de promesses, dont une portant sur la lecture, une «mesure accessoire», a tranché Mme Fréchette.
«Ah c’est une mesure accessoire? Vous expliquerez ça à nos auteurs et autrices qui nous écoutent», a réagi M. Milliard, piqué au vif.
Duhaime encaisse des coups
Éric Duhaime s’est félicité en point de presse après le débat de la place accordée aux idées conservatrices. «On a quand même joué sur notre patinoire», a-t-il remarqué.
Il a aussi dû encaisser plusieurs coups, son parti ayant connu une certaine remontée dans les sondages.
Mme Fréchette, dont le parti est menacé dans la grande région de la capitale par le PCQ, a déclaré que le slogan de M. Duhaime n’était pas «Oser pour vrai», mais «Démolir pour vrai».
Elle l’a accusé de vouloir démolir les CPE et selon elle, son modèle d’«autonomie financière s’arrête aux femmes».
Paul St-Pierre Plamondon a aussi joint sa voix à Mme Fréchette à propos des CPE pour critiquer M. Duhaime, qui veut offrir 100 $ par semaine aux parents qui veulent rester à la maison.
Le chef libéral Charles Milliard a également attaqué M. Duhaime en affirmant que le «système de santé (public) est un joyau que vous voulez démanteler».
Selon le plus récent sondage Léger/Le Journal/TVA, le PQ récolterait actuellement 29 % des intentions de vote, le PLQ, 23 %, la CAQ, 21 %, le PCQ, 17 %, et QS, 10 %.
Un deuxième débat sera diffusé mercredi sur les ondes de Noovo, puis les chefs s’affronteront à nouveau lors d’un troisième et dernier débat le 23 septembre à Radio-Canada.
