Les règles en matière de visas font partie des discussions avec l’UE, dit Carney
TORONTO — Le premier ministre Mark Carney a déclaré que des modifications des règles en matière de visas pour les voyages à destination et en provenance de l’Union européenne constituaient une «possibilité», mais qu’elles ne représentaient qu’un aspect parmi d’autres des négociations en cours visant à renforcer les relations avec le bloc de 27 pays de l’autre côté de l’Atlantique.
Le premier ministre a fait cette déclaration lors d’une conférence de presse à Toronto, juste avant son départ pour la France où il doit s’adresser au Parlement européen.
M. Carney n’a évoqué que de manière vague les sujets susceptibles d’être abordés, mais a mis en avant plusieurs «domaines stratégiques» dans lesquels Ottawa et les pays européens peuvent nouer des liens économiques plus étroits, tels que l’énergie, les minéraux essentiels, la défense, l’espace et l’intelligence artificielle.
«Ils ont besoin de notre énergie; nous tirerons sans aucun doute profit de certaines de leurs technologies en matière d’énergie propre et de leurs investisseurs. Il y a donc une certaine réciprocité. Ils ont besoin de nos minéraux critiques», a-t-il déclaré.
Il a également évoqué des opportunités dans les domaines de la recherche, des échanges culturels et des relations entre les peuples, «qui doivent toutes être précisées».
Le premier ministre répondait à une question concernant un article publié dimanche dans le Wall Street Journal, qui s’appuyait sur des sources confidentielles pour décrire les discussions en cours.
Le journal américain a rapporté que l’idée de permettre aux Canadiens de vivre et de travailler sans visa en Europe avait été évoquée lors de discussions entre le Canada et la France.
Il suggérait également que le Canada pourrait devenir un «membre associé» de l’UE. Un tel statut officiel n’existe pas pour l’instant, mais un partenariat entre le Canada et l’UE impliquerait la mise en place de chaînes d’approvisionnement plus étroites et de nouvelles initiatives économiques.
Mardi, M. Carney a évoqué une «alliance» avec l’Europe, estimant que le mot «partenariat» était trop souvent utilisé pour dire tout et rien en diplomatie internationale.
«Les gens utilisent le terme “partenariat” peut-être un peu trop à la légère, a-t-il expliqué. Je pense que nous nous sommes orientés vers quelque chose d’assez unique.»
Le premier ministre a déclaré que les discussions sur le renforcement des liens avec l’Union européenne passeraient à l’étape suivante lors d’un sommet Canada-UE qui se tiendra à Montréal fin octobre, mais il a laissé entendre que personne ne devait s’attendre à un «grand dévoilement».
Des liens renforcés entre l’Europe et le Canada
Ottawa est en pourparlers avec l’Union européenne depuis l’annonce d’un «partenariat stratégique UE-Canada pour l’avenir» en juin 2025.
Il y a un an, M. Carney a nommé l’ancien haut fonctionnaire canadien John Hannaford au poste de représentant personnel auprès de l’Union européenne.
Ottawa a également rejoint l’instrument SAFE, un programme de marchés publics et de prêts dans le domaine de la défense destiné aux membres du marché unique européen.
Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a déclaré mardi à Vancouver que M. Carney devrait préciser exactement ce qu’il propose au-delà du libre-échange existant avec l’Europe et de l’adhésion actuelle du Canada à l’OTAN.
Si les conservateurs soutiennent la coopération avec l’Europe, M. Poilievre a affirmé qu’ils s’opposaient à «l’idée de forcer les Canadiens à payer des taxes et des impôts au gouvernement en Europe, de suivre les lois européennes ou de permettre les politiques (européennes) en matière de frontière, qui vont inonder notre système d’immigration alors qu’on a déjà trop de jeunes qui ne peuvent pas trouver une maison».
M. Carney a affirmé que l’objectif global était de renforcer la résilience et la souveraineté du Canada en collaborant avec des pays partageant les mêmes valeurs.
«L’une des leçons tirées de ces dernières années est que l’intégration, qu’il s’agisse du commerce, d’une chaîne d’approvisionnement ou d’une technologie (…) est utilisée comme une arme par certains pays», a-t-il déclaré.
«Nous devons examiner notre position et identifier nos partenaires, afin de nous assurer que (…) nous commerçons et entretenons des liens avec des partenaires sur lesquels nous pouvons compter, ce qui renforce notre indépendance.»
Les États-Unis continuent d’intensifier la pression sur le Canada dans le cadre des négociations commerciales et, depuis plus d’un an, imposent des droits de douane élevés à des industries canadiennes fortement intégrées.
La dernière série de droits de douane américains sur les produits canadiens est entrée en vigueur mardi. Elle couvre une gamme de produits plus restreinte que les annonces précédentes.
Le président Donald Trump a également menacé d’alourdir considérablement ses droits de douane sur l’acier et l’industrie automobile en janvier.
Alors que les négociations commerciales entre les deux parties ont échoué en août, le premier ministre a affirmé que le Canada était prêt à revenir à la table des négociations s’il y avait une perspective d’accord «mutuellement avantageux».
— Avec des informations fournies par Kyle Duggan à Ottawa
