Les entreprises parient que Trump cédera sur sa menace de nouveaux droits de douane
MONTRÉAL — Alors que le délai fixé par le président américain Donald Trump pour l’application des derniers droits de douane touche à sa fin, les entreprises préfèrent adopter une attitude attentiste plutôt que de précipiter leurs expéditions vers les États-Unis pour passer la ligne d’arrivée in extremis, selon des experts du secteur.
Une nouvelle série de droits de douane de 50 % sur près de 20 milliards $ de produits canadiens, allant des produits laitiers aux vestes en duvet, doit entrer en vigueur le 19 août.
Contrairement à la plupart des autres droits de douane instaurés par le président Trump, ces mesures ne prévoiront pas d’exemption pour les marchandises conformes à l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, plus connu sous le nom d’ACEUM.
Malgré cette menace imminente, les chefs d’entreprise ont évité d’anticiper leurs expéditions, affirme Janine Harker, qui dirige la Société canadienne des courtiers en douane.
«Pour le meilleur ou pour le pire, tout le monde s’est installé dans une attitude d’attente vigilante — et planifie dans la mesure du possible, mais sans pour autant chercher à devancer ce qui sera effectivement annoncé comme orientation officielle le 19 août », soutient-elle.
Les entreprises attendent avec impatience de voir si le président se montrera fidèle à sa propension perçue à bluffer ou à revenir sur ses promesses en matière de droits de douane, ce qui a donné naissance à l’acronyme «TACO» («Trump Always Chickens Out», soit «Trump se défile toujours»).
«Nous commençons à être un peu blasés. Donald Trump ne va jamais jusqu’au bout», dit John Corey, qui dirige l’Association canadienne de gestion de fret.
Il a évoqué plusieurs menaces restées lettre morte, notamment la promesse faite par le président à la fin du mois dernier «d’imposer des droits de douane élevés au Canada à cause de la fumée», alors que la brume issue des feux de forêt canadiens traversait la frontière pour recouvrir de vastes portions du territoire américain.
«Les gens commencent à se rendre compte qu’il y a beaucoup de fanfaronnades, mais que cela ne débouche sur pas grand-chose», évoque M. Corey, qui considère les déclarations de la Maison-Blanche comme une tactique de négociation dans le cadre de la révision de l’ACEUM.
D’autres en sont moins certains.
«D’après les informations que nous avons reçues jusqu’à présent est que ce sera mise en œuvre», a déclaré Alain Bédard, PDG de TFI International, la plus grande entreprise de transport routier du Canada, lors d’une récente conférence téléphonique avec des analystes.
Malgré cette incertitude, il a constaté peu de changement de comportement de la part des expéditeurs.
«Nous ne constatons aucun mouvement exceptionnel, comme des achats anticipés ou des expéditions anticipées, en raison du délai de mise en œuvre de 30 jours», a-t-il affirmé le 27 juillet.
«Ce n’est pas la même situation que celle que nous avons connue au premier trimestre (de 2025), où tout le monde cherchait à expédier des volumes vers les États-Unis avant l’entrée en vigueur des droits de douane», a-t-il ajouté.
Pendant une grande partie de l’année dernière, les détaillants et les exportateurs du monde entier se sont précipités pour devancer les échéances des droits de douane américains, qui changeaient constamment en raison de sursis temporaires, de suspensions et de prolongations.
Aujourd’hui, les expéditeurs canadiens étant davantage habitués à ces turbulences commerciales, leurs préparatifs ont pris d’autres formes, comme l’évaluation de l’impact financier potentiel.
Les courtiers en douane s’empressent d’aider leurs clients à passer en revue leurs produits et leurs chaînes d’approvisionnement afin de déterminer si leurs marchandises sont concernées par le régime tarifaire menacé, souligne Mme Harker.
«De nombreux importateurs commençaient tout juste à se faire une idée de la conformité ou non de leurs marchandises à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique», expose-t-elle.
Certains ont pris des mesures pour obtenir une certification au titre de cet accord commercial. Pour toute une série de produits, cette conformité pourrait ne plus avoir aucune valeur d’ici la semaine prochaine.
Le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, et Janice Charette, négociatrice commerciale en chef du Canada, se trouvent à Washington depuis lundi pour des discussions et deux réunions avec le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer.
