«Les Canadiens sont avec vous», assure Mark Carney lors de la veillée à Tumbler Ridge

OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney a admis que personne ne peut rien faire pour combler le silence laissé par la perte des personnes tuées lors de la tuerie à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.

Le premier ministre s’est adressé à une foule de plusieurs centaines de personnes lors d’une veillée organisée dans la communauté, où les gens brandissaient des photos de leurs proches disparus. Les noms des élèves Kylie Smith, Zoey Benoit, Ticaria Lampert, Abel Mwansa Jr. et Ezekiel Schofield, ainsi que ceux de l’assistante pédagogique Shannda Aviugana-Durand, ont été lus à voix haute.

M. Carney a pris le temps de nommer et de décrire chacune des six personnes tuées mardi à l’école secondaire Tumbler Ridge, soit 5 enfants âgés de 12 et 13 ans et une aide-enseignante.

Il a ajouté que la mère et le frère de la tireuse, qui ont également été tués, «méritaient d’être pleurés».

M. Carney a indiqué avoir été aux côtés de personnes qui «vivent une épreuve que personne ne devrait jamais avoir à endurer».

Il a précisé que la communauté avait toujours été caractérisée par des personnes qui prenaient soin les unes des autres.

«Et lorsque l’inimaginable s’est produit mardi, vous étiez à nouveau là. Les premiers secours sont arrivés à l’école en moins de deux minutes. Les enseignants ont protégé leurs élèves», a-t-il souligné.

«Vous vous êtes soutenus les uns les autres, comme vous le faites en ce moment même. C’est cela, la grâce. C’est ce que nous faisons les uns pour les autres, c’est ce que nous recevons les uns des autres. Ouvrir son cœur quand le monde s’écroule», a-t-il mentionné.

«Tumbler Ridge est pleine de grâce ce soir», a soutenu le premier ministre.

Eby rend hommage aux victimes

Dans la salle de sciences de l’école secondaire Tumbler Ridge, mardi, le professeur Mark Deeley a utilisé une chaise pour bloquer la porte lorsqu’il a entendu des coups de feu et compris que ses élèves étaient en danger.

À l’intérieur de la salle, les élèves plus âgés ont réconforté les plus jeunes, leur offrant des collations et racontant des blagues pour masquer la peur de ce qui se passait à l’extérieur.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a raconté lors de la cérémonie que le fils de M. Deeley se trouvait dans les toilettes à ce moment-là, mais que l’enseignant avait verrouillé la porte pour assurer la sécurité des autres enfants dans sa classe.

Lorsque M. Deeley a aperçu un enfant gravement blessé dans le couloir, il l’a fait entrer dans la classe.

«M. Deeley et deux élèves ont administré les premiers soins à cet enfant, lui ont apporté réconfort et soutien, tandis que les plus grands de la classe soutenaient les plus petits», a déclaré M. Eby.

«J’espère ne jamais avoir à faire ce qu’ils ont dû faire. Mais après avoir passé quelques jours ici à Tumbler Ridge, je peux vous dire que ce qu’ils ont fait est emblématique de cette ville.»

La police révèle des informations

Plus tôt dans la journée, les agents agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de la petite communauté de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, ont décrit leur arrivée sur les lieux chaotiques à l’école secondaire locale.

Les alarmes incendie retentissaient et quelqu’un a crié aux agents depuis une fenêtre: «Le suspect est à l’étage.»

«Ils sont entrés dans l’école, se sont immédiatement dirigés vers la cage d’escalier, ont commencé à monter les marches et ont essuyé des coups de feu à l’intérieur de l’école», a indiqué vendredi le sous-commissaire de la GRC, Dwayne McDonald, aux journalistes réunis devant la mairie de la communauté.

En quelques secondes, d’autres coups de feu ont été tirés, non pas en direction d’une personne, mais d’elle-même, a ajouté M. McDonald à propos de la tueuse.

«Je peux affirmer avec certitude qu’à partir du moment où la suspecte a rencontré la police, aucun autre élève de l’école n’a été blessé», a-t-il précisé.

Mais à ce moment-là, mardi après-midi, 6 personnes — 5 enfants âgés de 12 et 13 ans et une aide-enseignante — étaient mortes, une tragédie qui a bouleversé la petite communauté de Colombie-Britannique.

La police a mentionné que Jesse Van Rootselaar, 18 ans, avait auparavant tué sa mère et son frère de 11 ans au domicile familial, situé à environ 2 kilomètres de l’école. Elle avait une arme longue et un fusil modifié à son arrivée à l’école.

Selon M. McDonald, les enquêteurs pensaient que Van Rootselaar ne visait pas des personnes en particulier.

«La suspecte était, faute d’un meilleur terme, à la chasse. Elle était préparée et s’en prenait à toutes les personnes avec lesquelles elle pouvait entrer en contact», a-t-il avancé.

La tireuse était connue des autorités

Au total, quatre armes à feu ont été saisies, deux au domicile familial et deux à l’école, a affirmé M. McDonald.

Il a précisé que les enquêteurs ne savaient pas d’où provenait l’arme principale utilisée dans la fusillade à l’école.

«Nous essayons de déterminer comment notre suspecte s’est procuré cette arme à feu, et l’enquête se poursuit», a-t-il déclaré.

Il a ajouté qu’un fusil de chasse trouvé au domicile était une arme non enregistrée et n’avait jamais été saisi par la police.

Les enquêteurs ont ajouté que la police s’était déjà rendue au domicile de la famille pour des problèmes de santé mentale. Des armes à feu y avaient été saisies en vertu du Code criminel, puis restituées.

M. McDonald a déclaré vendredi que la mère de la tireuse avait un permis valide, mais qu’aucune arme à feu n’était enregistrée à son nom. Il a ajouté que certains types d’armes à feu n’avaient pas à être enregistrés.

La police a souligné qu’une équipe spécialisée d’enquêteurs était en train de mener une «évaluation approfondie de l’activité en ligne et de l’empreinte numérique de la suspecte», ainsi que d’examiner toutes les interactions antérieures de la police ou de professionnels avec la suspecte.

Les autopsies des huit victimes et de la suspecte devraient être terminées d’ici la fin du week-end.

M. McDonald a indiqué que deux enfants gravement blessés à l’école sont toujours hospitalisés.

Les agents ont jusqu’à présent interrogé plus de 80 élèves, enseignants et premiers intervenants, selon la police.

La GRC a lancé un portail en ligne où elle demande aux gens de partager des preuves, telles que des images capturées sur des téléphones à l’intérieur de l’école.

Nouveau départ

L’école est fermée depuis la fusillade et M. Eby a promis vendredi à la foule que les élèves ne seraient pas obligés d’y retourner.

«Nous vous fournirons un endroit sûr pour aller à l’école», a-t-il indiqué.

M. Eby a suscité le seul rire de la soirée lorsqu’il a assuré à la foule que certaines choses ne changeraient pas.

«M. Deeley m’a demandé, où que ce soit (…) de m’assurer que son lézard et son poisson soient transférés dans ce nouvel endroit. Parce qu’il dit qu’il faut un lieu différent, mais familier», a souligné le premier ministre.

«Les choses vont changer, mais certaines resteront familières. Et parmi ces choses, il y a le courage, la bravoure et les enfants extraordinaires, les élèves, les jeunes adultes, les habitants de Tumbler Ridge.»