La présidente internationale des Métallos exhorte Ottawa et Washington à s’entendre

LAVAL — Alors que la guerre commerciale avec les États-Unis se poursuit, les métallurgistes canadiens demandent aux deux gouvernements de leur apporter leur soutien et de revenir à la table des négociations.

Les présidents des sections locales ont évoqué l’incertitude que ressentent les métallurgistes tout au long de ce conflit commercial.

Le président d’une section locale du syndicat, Jason Braconnier, qui travaille à l’usine de transformation de l’acier ArcelorMittal, a expliqué que des usines centenaires ont été contraintes de fermer leurs portes, des fermetures temporaires se transformant en fermeture permanente.

«Les usines sont en train de se démanteler tranquillement. Donc, il y a beaucoup d’incertitudes dans nos travailleurs présentement à savoir laquelle va fermer la prochaine s’il n’y a pas un redressement de la situation.»

M. Braconnier a expliqué que ses collègues et lui-même, dont la compagnie exporte 30 % de sa production vers les États-Unis, avaient ressenti les premiers effets des droits de douane en 2018, lors de la première vague de droits de douane américains.

Pierre Piedalue travaille chez Infasco, un fabricant de vis et de boulons situé au Québec. Il est lui aussi président d’une section locale du Syndicat des Métallos, et a précisé que 80 à 90 % de leur production était exportée vers les États-Unis, où elle sert à la fabrication d’automobiles ou à la construction.

Il a exprimé un sentiment d’inquiétude, affirmant que certains de ses collègues approchent de la retraite, et qu’ils souhaitent pouvoir la prendre.

Les effets ressentis du Québec à l’Ohio

Mardi, Roxanne Brown, présidente internationale du syndicat United Steelworkers, a donné une conférence de presse sur les relations entre les États-Unis et le Canada à Laval, au nord de Montréal.

Les États-Unis ont imposé cet été des droits de douane de 50 % sur l’acier, et le Canada a riposté en instaurant des contre-droits équivalents.

Mme Brown a déclaré que l’industrie sidérurgique nord-américaine dépendait de la collaboration transfrontalière entre les deux pays.

«Lorsqu’un sidérurgiste de Pennsylvanie perd son emploi en raison d’une perturbation du marché, les travailleurs de l’Ontario en ressentent les effets. Lorsqu’un travailleur de l’aluminium au Québec est confronté à l’incertitude, les travailleurs de l’Ohio en ressentent les effets», a-t-elle expliqué.

Des secteurs tels que la défense et les transports dépendent des sidérurgistes des deux côtés de la frontière, a-t-elle ajouté. Elle a cité l’exemple des sous-marins construits en Virginie et équipés de systèmes de sonar et de radar provenant de la Nouvelle-Écosse.

Mme Brown a appelé les gouvernements canadien et américain à reprendre les négociations commerciales.

«Donnez la priorité aux travailleurs. Reprenez un dialogue constructif. Résolvez ce différend. Les relations entre nos pays sont trop importantes pour être marquées par la division», a-t-elle dit.

Elle a ajouté que les dirigeants nord-américains devraient se concentrer sur la concurrence internationale provenant de marchés comme la Chine.

La Chine produit plus d’acier qu’elle n’en a besoin, et cet excédent inonde les marchés internationaux à bas prix, portant préjudice à l’industrie sidérurgique nord-américaine, a-t-elle dénoncé.

«Nous pourrions littéralement rester ici toute la journée pour parler de ce qui est arrivé à l’industrie sidérurgique, à l’industrie de l’aluminium, à l’industrie de la pâte à papier et du papier, à l’industrie du verre, à l’industrie des conteneurs, à l’industrie des boîtes, à… Je pourrais continuer encore et encore», a-t-elle déclaré.

Elle a affirmé qu’aucun des deux pays n’avait pris de mesures suffisantes pour résoudre ces problèmes et protéger les emplois dans le secteur manufacturier nord-américain.

Un autre président d’une section locale, Alain Duhamel, travaillant pour le fabricant de tubes métalliques Nova Tube, a également demandé au gouvernement canadien d’en faire davantage pour soutenir les métallurgistes.

Au cours des dernières années, le gouvernement canadien a mis en place de multiples mesures pour soutenir l’industrie sidérurgique, notamment un programme de 100 millions de dollars destiné à favoriser le commerce interprovincial de l’acier et une aide de 70 millions de dollars en faveur des métallurgistes dans le cadre du programme de réponse tarifaire pour la main-d’œuvre.

Tout en reconnaissant le soutien déjà apporté par les subventions, M. Duhamel a déclaré que certaines de ces mesures étaient arrivées trop tard.

Il a exhorté le gouvernement canadien à injecter des fonds dans les marchés et de créer plus de mesures pour les ouvriers concernés qui ont été licenciés.