La Chine impose des droits de douane de 75,8 % sur le canola canadien
OTTAWA — L’industrie canadienne du canola exhorte Ottawa à agir alors que les agriculteurs se préparent à subir de lourdes pertes en raison de droits de douane préliminaires de 75,8 % imposés par la Chine sur les semences de canola.
«Le marché chinois est de fait fermé à l’industrie canadienne du canola, un marché évalué à un peu moins de 5 milliards $», a indiqué Chris Davison, président du Conseil canadien du canola, après l’annonce des droits de douane mardi.
«L’absence de ce signal de demande (de la part de la Chine) devrait avoir des répercussions importantes sur l’avenir de l’industrie», a-t-il ajouté.
La Chine a annoncé que la mesure entrerait en vigueur jeudi, près d’un an après le lancement par Pékin d’une enquête antidumping sur le canola canadien. Cette enquête fait suite aux droits de douane de 100 % imposés par le Canada sur les véhicules électriques chinois.
Ottawa a indiqué que la Chine avait jusqu’en septembre, date qui marque la fin de l’enquête, pour prendre une décision finale concernant les droits, mais qu’elle pouvait prolonger ce délai de six mois.
Le ministère chinois du Commerce a publié mardi les détails du plan, affirmant que le dumping de canola canadien sur le marché chinois nuit à son marché intérieur de l’huile de canola.
L’industrie canadienne du canola et Ottawa ont rejeté cette affirmation, arguant que ses entreprises respectent les règles internationales du commerce.
Le Conseil canadien du canola (CCC) a indiqué que «des enquêtes antidumping sont ouvertes lorsqu’un pays soupçonne qu’un produit est importé à un prix inférieur à celui auquel il est vendu dans le pays où il est produit.»
Le Canada «profondément déçu»
Le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, et le ministre de l’Agriculture, Heath MacDonald, ont déclaré que le Canada était «profondément déçu» par les droits de douane imposés par la Chine sur les graines de canola.
«Nous ne faisons pas de dumping de canola, ont déclaré les ministres dans une déclaration commune mardi soir. Nos agriculteurs, qui travaillent dur, fournissent des aliments de classe mondiale aux Canadiens et à leurs partenaires commerciaux internationaux. Les produits de canola canadiens répondent aux normes les plus élevées et nos systèmes d’inspection sont robustes.»
M. Sidhu et M. MacDonald ont déclaré que le Canada restait prêt à engager un dialogue constructif avec les responsables chinois afin de répondre à leurs préoccupations commerciales respectives.
L’année dernière, le Canada a imposé des droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine et des droits de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois.
Pékin a riposté en imposant des droits de douane de 100 % sur le tourteau et l’huile de canola canadiens. La dernière mesure de la Chine concernant les graines de canola signifie désormais que tous les produits à base de canola sont assujettis à des droits de douane.
Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a expliqué qu’il comptait s’entretenir avec le premier ministre Mark Carney à ce sujet.
«Nous demandons que cette situation soit prise en charge immédiatement», a déclaré M. Moe à Saskatoon.
Ce dernier a affirmé que l’industrie canadienne du canola soutient 200 000 emplois et mérite autant de soutien que les autres industries. Il a ajouté que le secteur du canola est plus important que les industries de l’acier, de l’aluminium et des véhicules électriques réunis.
«Notre gouvernement fédéral ne peut pas sacrifier une industrie du canola de 43 milliards $, principalement établie dans l’Ouest canadien, pour protéger une industrie naissante de véhicules électriques, principalement basée dans l’est du Canada», a déclaré M. Moe.
Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a mentionné aux journalistes, lors d’un événement près de Kenora, en Ontario, que son gouvernement avait offert du soutien par l’intermédiaire d’un programme de stabilisation du revenu agricole.
La Saskatchewan et l’Alberta ont également ajusté le programme Agri-stabilité avec Ottawa afin d’augmenter les taux d’indemnisation des agriculteurs en cas de baisse de leurs marges
Le ministre de l’Agriculture de l’Alberta, RJ Sigurdson, a déclaré qu’Ottawa devrait agir de toute urgence et dialoguer de manière constructive avec Pékin.
«Les agriculteurs, les éleveurs et les transformateurs de l’Alberta ne sont pas à l’origine de cette situation, et pourtant ils en paient le prix», a-t-il indiqué dans un communiqué.
La Chine utilise principalement les semences de canola canadiennes pour l’alimentation animale dans le secteur de l’aquaculture.
M. Davison a déclaré que l’industrie canadienne du canola continuera de répondre aux besoins des clients chinois.
«C’est un enjeu politique qui exige une solution politique», a-t-il expliqué.
Début juin, les ministres du Commerce canadien et chinois se sont engagés à se rencontrer pour aborder les questions commerciales.
Dans une publication sur les réseaux sociaux mardi, le ministère chinois du Commerce a déclaré que les deux pays s’étaient rencontrés il y a quatre jours et avaient discuté du commerce et des moyens d’approfondir leur coopération.
La cheffe du NPD de l’opposition saskatchewanaise, Carla Beck, a exhorté M. Moe à se rendre immédiatement en Chine.
«Compte tenu du niveau de menace actuel, il me semble insensé que nous n’utilisions pas ce bureau aujourd’hui pour gérer cette situation», a-t-elle dit à Regina.
Le premier ministre Moe s’est dit ouvert à une mission commerciale en Chine en compagnie de M. Carney. La Saskatchewan possède un bureau commercial à Shanghai, où M. Moe s’est rendu en 2018.
Le Canada continue de fournir la majeure partie de son canola à la Chine, mais celle-ci exporte actuellement très peu de véhicules électriques vers le Canada.
Le gouvernement canadien a justifié ses droits de douane sur les véhicules électriques chinois en arguant qu’il protège ainsi les investissements prévus au pays.
Le Canada a également imité une mesure similaire du président américain de l’époque, Joe Biden, qui a imposé des droits de douane américains sur les véhicules électriques chinois.
Des groupes environnementaux ont demandé à Ottawa de revoir les mesures sur les véhicules électriques chinois, arguant qu’autoriser un quota limité au Canada comblerait les lacunes du marché et stimulerait la concurrence.
Les véhicules électriques chinois sont nettement moins chers que ceux fabriqués en Amérique du Nord, en partie grâce à des normes de travail et environnementales moins strictes et à des subventions publiques.
L’ambassade de Chine à Ottawa a indiqué dans un communiqué que les droits de douane temporaires sur les semences de canola canadiennes interviennent alors que le secteur agricole canadien bénéficie «d’importantes subventions gouvernementales et de politiques préférentielles» qui faussent la demande et entraînent une surcapacité.
«La Chine continuera de mener l’enquête conformément à la loi, de protéger pleinement les droits de toutes les parties prenantes et de rendre une décision finale objective et impartiale sur la base des résultats de l’enquête», a indiqué l’ambassade.
Dans une étude publiée en décembre dernier, après avoir étudié les restrictions imposées par Pékin en 2019 sur les importations de canola, Lynette Ong, politologue à l’Université de Toronto, a écrit que la Chine avait instrumentalisé ses relations commerciales pour en tirer des avantages politiques.
— Avec des informations de Dylan Robertson à Ottawa
