Des milliers de manifestants marchent contre régime iranien à Toronto

TORONTO — Des milliers de personnes ont défilé sur la rue Yonge, à Toronto, au rythme des tambours et des chants «King Reza Pahlavi. Des manifestations similaires avaient lieu dans plusieurs grandes villes du monde entier.

Les manifestants brandissaient et s’enveloppaient de drapeaux rouges, blancs et verts ornés d’un lion doré, le drapeau utilisé par l’Iran avant la fondation de la République islamique en 1979, qui a renversé la monarchie précédente.

Les manifestants ont appelé à la fin de la violente répression gouvernementale en Iran contre les opposants au régime.

La police de Toronto a estimé que 350 000 personnes avaient pris part à la manifestation.

«Il est difficile de voir nos amis et nos familles en Iran être emprisonnés sans raison, être abattus d’une balle dans la tête pour avoir fait entendre leur voix démocratique», a déclaré Nima Najafi.

M. Najafi a raconté avoir participé à une précédente manifestation de solidarité avec les manifestants antigouvernementaux en Iran, qui s’est déroulée il y a deux semaines à la place Sankofa, à Toronto. Il a ajouté que la manifestation de samedi était deux fois plus importante.

La police de Toronto avait fait savoir que 150 000 personnes avaient participé au rassemblement de la place Sankofa.

M. Najafi et d’autres ont appelé au retour du prince héritier iranien en exil, Reza Pahlavi, affirmant qu’il était le seul dirigeant capable d’aider l’Iran à passer à la démocratie.

Des centaines de manifestants ont brandi des photos de Pahlavi, ainsi que des photos de manifestants tués en Iran.

Intervention américaine

Arshia Aghdasi, un manifestant qui a déclaré avoir pris l’avion depuis la Floride pour se rendre à Toronto afin de participer au rassemblement, a appelé les puissances étrangères à intervenir en Iran, en particulier les États-Unis.

Le président américain Donald Trump a suggéré que les États-Unis pourraient attaquer l’Iran en raison du meurtre de manifestants pacifiques dans le pays. Samedi, certains manifestants brandissaient des pancartes à l’effigie du président Trump, l’appelant à mettre fin aux négociations nucléaires avec l’Iran et à prendre des mesures militaires.

M. Najafi a dit qu’il était initialement opposé aux appels lancés aux puissances étrangères pour qu’elles interviennent en Iran, mais qu’il pense désormais que c’est la seule voie à suivre.

«J’avais un ami qui a été abattu d’une balle dans la tête. Il est mort. C’était un pharmacien, un ami du secondaire. J’avais un autre ami qui est emprisonné parce qu’il était médecin et soignait des patients.»

Depuis fin décembre, l’Iran est secoué par des manifestations à l’échelle nationale, déclenchées par une crise économique qui a entraîné la chute libre de la monnaie du pays.

Alors que les manifestants se concentraient initialement sur l’économie iranienne, ils ont ensuite appelé à la fin de la République islamique d’Iran, certains soutenant le retour au pouvoir de la monarchie renversée.

Le gouvernement iranien, qui a réprimé les manifestations et mis en place une coupure d’internet, a reconnu que plus de 3000 personnes avaient été tuées depuis le début des manifestations.

L’agence de presse américaine Human Rights Activists News Agency, qui a comptabilisé avec précision le nombre de morts lors des précédentes vagues de troubles en Iran, estime plutôt le nombre de victimes à plus de 7000.

Arash Karimi a dit venir manifester en solidarité avec les civils non armés qui ont été tués en Iran depuis le début des manifestations, qualifiant la répression du gouvernement de «guerre unilatérale contre le peuple».

«Tous les Iraniens connaissent quelqu’un, un parent ou un ami, qui a été tué», a-t-il mentionné.

Le rassemblement de samedi est l’un des nombreux rassemblements organisés dans le monde entier dans le cadre de ce que M. Pahlavi a qualifié de «Journée mondiale d’action».

Violation des droits de la personne

Amirali Ahzan, un manifestant qui portait un drapeau iranien représentant un lion et un soleil ainsi qu’un drapeau arc-en-ciel de la fierté sur le dos, espère que les troubles actuels en Iran conduiraient à un changement politique qui garantirait davantage de droits au peuple iranien.

M. Ahzan a déclaré avoir fui l’Iran il y a trois ans parce qu’il craignait pour sa sécurité en tant que membre de la communauté 2ELGBTQI+. L’homosexualité est criminalisée en Iran.

Avant de fuir, M. Ahzan a raconté avoir été brièvement emprisonné en Iran pour avoir participé à une fête où de l’alcool était présent. La consommation d’alcool est également interdite en Iran.

Selon lui, il est impossible de savoir combien d’Iraniens 2ELGBTQI+ avaient été tués ou emprisonnés depuis le début des manifestations. Il a déclaré qu’il défilait samedi en leur honneur.

«Je pense que c’est mon devoir d’être leur porte-parole, a-t-il confié. Il y a tellement de gens comme moi qui ont été marginalisés et criminalisés. Je veux vraiment les défendre.»

M. Ahzan a déclaré qu’il souhaitait que M. Pahlavi dirige un «Iran libre» et a appelé le prince héritier en exil à améliorer les droits des femmes, ceux des personnes trans et les droits humains dans le pays.

M. Pahlavi a déclaré que Toronto, Munich et Los Angeles seraient les principaux points de rassemblement des Iraniens vivant à l’étranger pour manifester et appeler à un changement de régime en Iran.

Selon l’agence de presse allemande dpa, plus de 200 000 personnes ont participé à une manifestation à Munich.

La police torontoise a averti le public de rester à l’écart de la zone autour du rassemblement de samedi, qui, selon elle, entraînerait des embouteillages et des retards importants dans les transports. La police a fermé des routes, notamment certaines portions de la rue Yonge Street et du boulevard North York, avant le rassemblement.

Ces manifestations ont eu lieu alors que la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, annonçait que le Canada imposait des sanctions supplémentaires à sept personnes en vertu du Règlement sur les mesures économiques spéciales.

Un communiqué de presse d’Affaires mondiales Canada a indiqué que les personnes sanctionnées ont des liens avec des organisations étatiques iraniennes responsables «d’intimidation, de violence et de répression transnationale visant les dissidents iraniens et les défenseurs des droits de l’homme».

Il précise que le Canada a désormais sanctionné 222 personnes et 256 entités iraniennes.

— Avec des informations provenant de l’Associated Press