Des groupes de femmes autochtones réclament un financement fédéral stable

OTTAWA — Des défenseurs des droits réclament un financement fédéral stable et à long terme afin d’assurer la sécurité et la prospérité des femmes et des filles autochtones, avec une attention particulière portée aux grands projets de construction à l’échelle nationale.

Hilda Anderson-Pyrz, présidente du Cercle national des familles et des survivantes, affirme que des groupes comme le sien ignorent encore s’ils recevront un financement continu d’Ottawa, ce qui compromet les efforts déployés pour remédier à la crise des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

«Lorsque nous nous penchons sur la sécurité et la sûreté des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de genre divers autochtones, il est vraiment essentiel que les organisations qui accomplissent ce travail important — y compris dans une optique de prévention et de participation économique — reçoivent un financement à long terme, durable et équitable», a-t-elle déclaré.

«Elles souffrent d’un grave sous-financement. Il existe un réel déséquilibre des pouvoirs.»

Mme Anderson-Pyrz s’est jointe mercredi à l’Association des femmes autochtones du Canada, à Les Femmes Michif Otipemisiwak, à Giganawenimaanaanig et à la députée néo-démocrate Leah Gazan pour une conférence de presse sur la colline du Parlement afin de réclamer le maintien du financement des programmes et des services de soutien.

Elles ont déclaré que les accords de financement fédéraux ponctuels, dépourvus d’engagements à long terme, entravent leurs efforts de planification et de soutien des femmes autochtones.

Mme Anderson-Pyrz a déclaré à La Presse Canadienne que le gouvernement fédéral doit prendre des mesures concrètes pour protéger les femmes et les filles autochtones, d’autant plus qu’il accélère ses projets d’extraction de ressources et d’infrastructures susceptibles de les mettre en danger.

«Si nos voix ne sont pas entendues à la table des négociations, alors, comme le dit souvent le premier ministre, c’est nous qui serons au menu», a déclaré Mme Anderson-Pyrz.

Amnistie internationale a signalé que la consommation excessive d’alcool et de drogues chez les travailleurs saisonniers du secteur des ressources, conjuguée au prix élevé des logements et à la pénurie de services de garde d’enfants, peut mener à l’exploitation des femmes et des filles autochtones et rendre plus difficile pour elles de quitter des relations abusives.

Une enquête menée en 2019 sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a conclu que les femmes autochtones sont 12 fois plus susceptibles de disparaître ou d’être assassinées que les femmes non autochtones.

Le rapport final s’appuie sur les témoignages de plus de 2380 survivantes, membres de la famille, experts et gardiens du savoir, réunis pendant deux ans pour étudier la crise et proposer des solutions.

Les proches ont expliqué à la commission d’enquête comment les traumatismes intergénérationnels et la pauvreté aggravent les menaces auxquelles sont confrontées les femmes et les filles autochtones, tandis que les gardiens du savoir ont décrit comment les femmes, à la suite de la colonisation, ont été écartées de leurs rôles traditionnels.

La commission a formulé 231 appels à l’action pour lutter contre ce qu’elle a qualifié de génocide.

Mais au cours des sept années qui ont suivi la publication de ce rapport, peu de progrès ont été réalisés dans la mise en œuvre de ces appels. Mme Anderson-Pyrz a affirmé que le problème ne ferait qu’empirer sans l’aide du gouvernement fédéral.

«Aujourd’hui, notre droit à la vie est menacé par un manque de volonté politique, et il le restera tant que le gouvernement n’aura pas donné suite aux 231 appels à la justice (…) La prévention passe par un investissement dans des solutions autochtones: des logements sûrs, des soutiens communautaires, des services ancrés dans la culture qui permettent d’empêcher la violence avant qu’elle ne se produise», a déclaré Mme Anderson-Pyrz lors de la conférence de presse de mercredi.

«Nous avons vu des décisions de financement à court terme qui sapent les organisations mêmes qui œuvrent pour prévenir la violence et soutenir les familles et les survivants. Le coût de cette violence se mesure en vies perdues et en familles brisées.»

Ottawa se fait rassurant

Dans une déclaration aux médias, un porte-parole de la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Rebecca Alty, a assuré que le gouvernement prenait très au sérieux la crise des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

«Les discussions sur le financement se poursuivent et ne sont en aucun cas affectées par la révision globale des dépenses menée par le gouvernement», a écrit le porte-parole Alec Wilson.

Il a évoqué un accord de financement provisoire conclu entre le gouvernement fédéral et l’organisation de Mme Anderson-Pyrz, précisant que le gouvernement avait invité le groupe à présenter une proposition de financement triennale.

Mme Anderson-Pyrz a indiqué ne pas avoir reçu ce financement ni aucune confirmation à ce sujet.

«Nous savons qu’il reste encore beaucoup à faire. Les communautés souhaitent voir des progrès plus rapides et nous partageons ce sentiment d’urgence. Il s’agit ici d’un changement structurel et durable», a déclaré M. Wilson.

Un rapport récent rédigé par l’Association des femmes autochtones de l’Ontario, à l’intention du Comité des droits de l’homme des Nations unies, indique que les systèmes judiciaires et sociaux du Canada continuent de manquer à leurs obligations envers les femmes et les filles autochtones.

«Nos vies continuent d’être dévalorisées et notre sécurité bafouée par les gouvernements et par les systèmes mêmes censés protéger la population de ce pays, indique le document. L’inaction persistante du Canada constitue une forme de discrimination systémique et de violence structurelle à l’encontre des femmes autochtones.»

Ce même comité des Nations unies a déclaré dans un rapport publié le mois dernier qu’il était «préoccupé par le peu de progrès concrets réalisés à ce jour et soulignait la nécessité de ressources humaines et financières supplémentaires pour garantir une mise en œuvre efficace et durable».

Lors de la conférence de presse, Mme Gazan a accusé le premier ministre Mark Carney et son gouvernement de «fermer les yeux sur ces violences».

«Nous sommes d’intérêt national, et il est temps que le gouvernement libéral et le premier ministre Carney cessent de nous exclure des négociations», a-t-elle déclaré.