Démissions réclamées: la présidente du C.A. d’Hockey Canada veut de la «stabilité»

Michel Saba, La Presse Canadienne
Démissions réclamées: la présidente du C.A. d’Hockey Canada veut de la «stabilité»

OTTAWA — La présidente par intérim du conseil d’administration de Hockey Canada a affirmé mardi lors d’une comparution en comité parlementaire qu’il est «dans le meilleur intérêt» de la fédération et des joueurs que «la direction de l’organisation reste stable».

«Notre conseil d’administration ne partage pas le point de vue qu’Hockey Canada devrait apporter davantage de changements à la direction à ce moment. Comme conseil d’administration, nous appuyons le PDG et les dirigeants», a dit Andrea Skinner aux élus qui réclament unanimement des démissions.

Mme Skinner, qui témoignait en vidéoconférence, a expliqué que les neuf postes du conseil d’administration seront tous en élection d’ici la fin de l’année et qu’il y a, selon elle, un «risque significatif» si l’organisation fait table rase de son conseil d’administration et de sa haute direction.

Mais Hockey Canada, lui a demandé la députée conservatrice Rachel Thomas, veut-il «de la statibilité ou du changement». Il est possible de «faire les deux», a répondu la présidente du C.A., lors d’un échange particulièrement tendu.

À la députée Thomas, qui l’accusait ensuite de «protéger» le PDG, Scott Smith, qui refuse de démissionner plutôt que de le «tenir responsable», elle a répondu que «le grand patron n’est pas protégé; la direction est indépendante du conseil d’administration». Elle a plus tard reconnu que le C.A. peut décider de lui montrer la porte.

De toute manière, selon Mme Skinner, M. Smith mériterait «un A» pour son travail actuel chez Hockey Canada vu «les circonstances (…) extraordinaires et difficiles». Cette note démontre «un écart clair» entre la façon dont le leadership de Hockey Canada est perçu par ses dirigeants et par les Canadiens, a résumé le député libéral Anthony Housefather, à qui la témoin a répliqué qu’elle ignore si c’est un point de vue partagé par la population.

Le comité du Patrimoine canadien recevait simultanément celui qui était le président du conseil d’administration jusqu’au début août, Michael Brind’Amour, et qui a démissionné en expliquant qu’il est «inutile d’attendre avant d’entamer une nouvelle ère».

M. Brind’Amour a maintes fois évité de répondre à des questions fort simples, notamment s’il était dissident lors d’une conversation sur l’avenir du PDG, déclarant par exemple que «ce sera au conseil d’administration actuel de déterminer son sort».

Son attitude a fait bondir le libéral Chris Bittle qui a dit être «choqué» de constater qu’«un avocat, comme témoin qui a reçu une assignation, ne croit pas qu’il doit répondre directement à une question d’élus du Parlement alors qu’il a prêté serment».

M. Brind’Amour a répliqué avoir «répondu à la question» et que «le présent forum ne ressemble pas du tout à une cour de justice», ce qui a fait dire à M. Bittle que ça «en dit long sur comment Hockey Canada et ses dirigeants voient cette procédure» et lui indiquant que le comité a «les mêmes pouvoirs qu’un tribunal».

Après que M. Brind’Amour eut évité une seconde fois de dire s’il a confiance en Scott Smith pour diriger l’organisation, le vice-président conservateur du comité, John Nater, a demandé et obtenu que la présidente le force à répondre directement. «Oui», il a confiance.

La faute aux médias

Hockey Canada s’est une fois de plus retrouvée dans l’eau chaude lundi après que le Globe and Mail eut révélé que l’organisation détenait un second fonds pour régler des questions d’abus sexuels. 

Lorsque Mme Skinner s’est fait demander pourquoi Hockey Canada n’a pas évoqué ce fonds lors de ses deux précédentes comparutions en comité parlementaire en juin et en juillet, elle a soutenu que ce n’est pas «un actif» d’Hockey Canada et qu’il a été «fondamentalement mal décrit par les médias».

Ce type d’affirmations a fait fortement réagir la ministre des Sports, Pascale St-Onge, qui, en début d’après-midi, s’est présentée devant la presse pour dire à Hockey Canada que ce qui leur arrive présentement «ce n’est pas un jeu politique et ce n’est pas la faute des médias» et que les principaux partis à la Chambre des communes pensent tous que la gestion des viols collectifs répétitifs a été «totalement inadéquate».

«À ce point-ci, je pense que c’est le temps de se tourner vers les 13 membres de Hockey Canada, c’est-à-dire les associations de hockey des provinces et des territoires pour faire le ménage que les Canadiens attendent de Hockey Canada», a-t-elle ajouté.

Lors de la période des questions, le porte-parole bloquiste en matière de sports, Sébastien Lemire, est revenu à la charge pour réclamer, en vain, une enquête indépendante sur la façon dont Hockey Canada traite les plaintes d’agressions sexuelles, ce qu’avait également exigé la Chambre des communes à l’unanimité il y a plus de trois mois.

«Que Hockey Canada ait un fonds dédié pour couvrir les cas d’agressions sexuelles de ses joueurs, c’est inacceptable, mais qu’il ait besoin d’un deuxième fonds, comme on l’a appris hier, c’est dégeulasse, a-t-il dit. Depuis le début de l’été, c’est scandale après scandale. Il y en a un chaque semaine. Là, ça suffit. Il faut faire la lumière une fois pour toutes.»

Le député néo-démocrate Peter Julian s’est pour sa part désolé de l’«absence de transparence» de la part de Hockey Canada. Dans le foyer de la Chambre des communes, il a indiqué que l’attitude de Mme Skinner en comité parlementaire démontrait qu’elle est «complètement déconnectée» de ce que les parents et la population pensent.

La saga chez Hockey Canada a débuté en juin lorsque le réseau TSN a révélé qu’une femme qui aurait été agressée sexuellement par huit joueurs de la Ligue canadienne de hockey après un gala de Hockey Canada en juin 2018 a abandonné une poursuite après avoir conclu une entente à l’amiable.

Les dirigeants de l’organisation ont défilé en comité parlementaire à la fin juin et les élus ont découvert qu’aucun joueur impliqué n’avait été identifié. La ministre St-Onge a alors annoncé que le financement de l’organisation serait gelé et ordonné une vérification comptable.

Quelques semaines plus tard, La Presse Canadienne a révélé qu’Hockey Canada détenait un fonds pour payer les réclamations pour abus sexuels, ce qui a valu à ses dirigeants un autre passage sur le grill en comité parlementaire où ils ont déclaré avoir conclu neuf autres règlements depuis 1989 dans des affaires d’inconduites sexuelles.

– Avec des informations d’Émilie Bergeron

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires