Climat: le Canada doit s’adapter plus rapidement pour limiter les impacts économiques

Mia Rabson, La Presse Canadienne
Climat: le Canada doit s’adapter plus rapidement pour limiter les impacts économiques

OTTAWA — Les Canadiens verront leurs revenus baisser et auront le choix entre des impôts plus élevés ou moins de services gouvernementaux s’ils ne font pas plus d’efforts pour s’adapter au changement climatique, prévient un nouveau rapport de l’Institut climatique du Canada.

Mais selon un rapport publié mercredi, si les gouvernements et le secteur privé commencent à investir pour rendre le Canada plus résilient aux effets des conditions météorologiques extrêmes, l’impact économique du changement climatique peut être réduit de 75 %.

«La bonne nouvelle est que nous avons une certaine capacité à changer cet avenir», souligne Ryan Ness, directeur de la recherche sur l’adaptation pour l’institut.

Dans son analyse, appelée Damage Control, l’institut a examiné la croissance économique projetée et analysé l’impact de différents scénarios en fonction du nombre d’émissions de gaz à effet de serre éliminées et de ce que nous faisons pour nous préparer à des phénomènes météorologiques violents plus fréquents.

La mauvaise nouvelle, c’est que dans tous les scénarios, le climat du Canada est déjà en train de changer et que des phénomènes météorologiques plus violents — sécheresse, incendies de forêt, inondations et tempêtes dévastatrices — sont déjà à nos portes.

En 2021, les intempéries ont causé 2,1 milliards $ de dommages assurés, ce qui n’inclut pas les coûts liés aux infrastructures publiques ni les pertes privées non assurées.

L’analyse estime que le Canada envisage déjà des factures annuelles de rétablissement après sinistre de 5 milliards $ d’ici 2025 et de 17 milliards $ d’ici 2050, quelle que soit la capacité du Canada et du reste du monde à réduire les émissions.

Elle indique que pour éviter une perte de services gouvernementaux, y compris pour les soins de santé ou l’éducation, les impôts sur le revenu devraient augmenter de 0,35 % en 2025 par rapport à aujourd’hui, et augmenter de 1 % d’ici 2050.

«Les impacts économiques négatifs ne sont pas seulement une vision d’avenir. Ils se produisent déjà aujourd’hui», a soutenu M. Ness.

Au cours de la dernière semaine, le Canada atlantique a été frappé par le pire ouragan qu’il n’ait jamais vécu et les Canadiens de certaines parties de l’Ontario et de l’ouest du Québec se relèvent encore après qu’un derecho eut frappé la région avec de multiples tornades et rafales, entraînant des vents jusqu’à 190 km/h en mai.

Perturbations économiques à venir

Au-delà des coûts de reconstruction plus élevés, le Canada fait également face à des perturbations économiques massives, car les usines sont fermées pendant les tempêtes ou la chaleur extrême et les chaînes d’approvisionnement sont perturbées. Les chemins de fer et les autoroutes pourraient tomber en panne plus rapidement que prévu sous le stress de conditions météorologiques extrêmes.

La construction bénéficiera d’un coup de pouce économique, mais uniquement parce qu’elle doit intervenir pour réparer et remplacer les structures endommagées et les corridors de transport, indique le rapport.

Si nous ne faisons rien de plus pour nous adapter en prévision de conditions météorologiques plus violentes, dit-il, l’économie subira un contrecoup de 25 milliards $ en 2025, pour atteindre entre 78 et 101 milliards $ d’ici 2050.

L’impact se ferait sentir à tous les niveaux, avec une baisse des revenus, des pertes d’emplois, une baisse des investissements des entreprises et une réduction des exportations.

Mais si tous les efforts sont déployés pour limiter le réchauffement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, indique le rapport, et si le Canada fait les investissements nécessaires pour renforcer la résilience des infrastructures publiques et privées, les choses iront mieux.

Prévenir plutôt que guérir

Le rapport suggère que pour chaque dollar investi dans l’adaptation, les gouvernements et les entreprises peuvent économiser 5 à 6 $ en coûts directs de dommages et 6 à 10 $ supplémentaires en avantages économiques, comme éviter les arrêts de travail ou les ralentissements de la productivité.

Parmi les mesures d’adaptation figurent des digues pour protéger les communautés des basses terres, la pose d’asphalte résistant à la température, et la mise à niveau ou l’enfouissement de lignes électriques critiques.

M. Ness affirme qu’il est «beaucoup plus efficace sur le plan économique de dépenser l’argent dès le départ pour rendre cette infrastructure meilleure et plus résistante que pour la réparer lorsque le changement climatique la brise».

L’institut affirme que le gouvernement doit commencer à intégrer les coûts du changement climatique dans toutes ses décisions économiques.

Il doit également encourager, et dans certains cas obliger, le secteur privé à faire de même.

Et surtout, il doit augmenter ses investissements dans l’adaptation pour faire face au risque auquel nous sommes confrontés, selon l’institut.

M. Ness a déclaré que la stratégie nationale d’adaptation du gouvernement fédéral, attendue cet automne, est un bon point de départ, mais il a ajouté que cela ne fonctionnera que si la stratégie s’accompagne de nouveaux investissements et d’actions majeurs.

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