Ce n’est pas le temps de «marquer des points politiques», dit Carney

MONTRÉAL — Alors que le Canada fait face à des défis sans précédent, notamment avec son voisin du Sud, le premier ministre Mark Carney prévient qu’il est le temps de mettre les «différences de moindre importance» de côté et de cesser de vouloir «marquer des points politiques».

«Des députés ont changé de camp pour rejoindre notre équipe. Ils comprennent l’importance de ce qui est en jeu. Ils ont la conviction qu’ensemble nous pouvons mieux y arriver», a soutenu M. Carney, samedi après-midi, devant une foule gonflée à bloc.

M. Carney s’exprimait en clôture du congrès national du Parti libéral du Canada (PLC), quelques jours après avoir reçu une cinquième députée d’un autre parti, ce qui permet aux libéraux d’envisager une majorité parlementaire dans un avenir à court terme.

L’arrivée de l’ex-députée conservatrice, Marilyn Gladu, a fait réagir, car elle avait auparavant exprimé des opinions qui entraient en contradiction avec les valeurs du Parti libéral. Si plusieurs libéraux réunis en congrès étaient enthousiastes de cette nouvelle prise, d’autres semblaient douter des convictions de cette nouvelle venue.

«Ce n’est pas le temps pour la politique comme d’habitude, a affirmé M. Carney en anglais. Pour les différences de moindre importance ou pour marquer des points politiques.»

Les militants libéraux ont réservé un accueil chaleureux à leur chef tout le long du congrès. Lors de son arrivée sur les notes de la chanson «Crier tout bas» de Cœur de pirate, samedi, il a été longuement ovationné.

Son épouse, Diana Fox Carney, l’avait précédé au lutrin pour livrer un discours bilingue, dans lequel elle a vanté «sa capacité de travail infinie» et «sa conviction profonde de ce qui est juste et ce qui ne l’est pas».

Création de la richesse

En plus de son appel à l’unité, M. Carney a aussi insisté sur l’importance de créer de la richesse au pays, faisant référence notamment aux projets d’intérêts nationaux, qui bénéficient de procédures fédérales accélérées.

«Mes chers amis, la force économique est essentielle pour notre mission. Nous ne pouvons pas partager ce que nous n’avons pas. Nous ne pouvons pas être forts à l’étranger si nous sommes faibles chez nous, a-t-il déclaré. En tant que libéraux, nous sommes passionnés à l’idée de bâtir une économie forte comme un moyen d’établir une société juste.»

Il a plus tard souligné la nécessité que ces projets soient «durables» pour l’environnement et «en partenariat étroit avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis».

M. Carney a d’ailleurs profité de ce discours pour rendre hommage à ses prédécesseurs, dont Lester B. Pearson, Jean Chrétien et Justin Trudeau – qui a eu droit à un tonnerre d’applaudissements.

Que retient M. Carney de l’héritage Trudeau? «(Justin Trudeau) a élargi la portée de notre société inclusive en sortant près d’un million d’enfants de la pauvreté, en empruntant la voie de la réconciliation avec les peuples autochtones et en établissant un véritable pacte avec les générations futures».

M. Trudeau, qui a cédé les rênes du parti à M. Carney en mars 2025, n’était pas présent au congrès, mais il s’est adressé aux militants dans une vidéo diffusée jeudi soir.

À un siège d’une majorité

L’enthousiasme des libéraux s’explique certainement par l’éventualité que leur parti obtienne la majorité parlementaire dans les prochains jours.

Avec l’arrivée de Mme Gladu, les libéraux n’ont besoin que d’un seul siège supplémentaire, ce qui pourrait leur donner une marge de manœuvre considérable pour les années à venir.

Cette majorité pourrait être atteinte dès lundi soir, lors de trois élections partielles, dans la région de Toronto et à Terrebonne, au Québec. Les libéraux ont actuellement 171 députés, alors qu’il en faut 172 pour une majorité.