Carl Girouard reconnu criminellement responsable des attaques au sabre

Frédéric Lacroix-Couture, La Presse Canadienne

L’auteur des attaques au sabre dans le Vieux-Québec, Carl Girouard, a été reconnu criminellement responsable des actes qu’il a commis le soir de l’Halloween 2020, et coupable des sept chefs d’accusation qui pesaient contre lui. 

Le verdict est tombé vendredi après-midi au palais de justice de Québec,après environ cinq jours de délibérations du jury. La défense a déjà annoncé son intention de porter en appel de la décision. 

Les 11 membres du jury ont unanimement décidé que Girouard était coupable des meurtres au premier degré de Suzanne Clermont et François Duchesne. 

Il a aussi été reconnu coupable de cinq tentatives de meurtre. 

Le jury n’a donc pas retenu la défense de l’accusé qui soutenait être non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux et qu’il ne pouvait pas dissocier le bien du mal.

Ce verdict représente un soulagement pour la belle-sœur de Suzanne Clermont. 

«La société va être protégée. Et puis, je suis vraiment soulagée que le verdict soit conforme à la preuve entendue, c’était en tout cas une évidence pour moi», a commenté Marie-Claude Veillette à la sortie de la salle d’audience. 

La Couronne a appelé deux experts qui ont conclu, contrairement à un expert de la défense, que Girouard ne souffrait pas de schizophrénie lors des meurtres. Il avait plutôt un trouble de la personnalité et était dans une «quête narcissique» pour exprimer son ressentiment envers la société, selon eux. 

L’une des victimes gravement blessées par le sabre de style japonais, appelé «katana», s’est aussi réjouie de la position du jury. 

«Je pense que c’était la meilleure décision à rendre, je les remercie énormément pour leur travail», a déclaré Lisa Mahmoud, qui considère Girouard comme «très dangereux» et «manipulateur». 

La jeune femme de 26 ans est toujours en réhabilitation pour retrouver sa motricité dans l’espoir de reprendre son métier de coiffeuse. 

«Je me bats encore pour mes blessures, mais j’ai la chance d’être ici. Je vais reprendre ma vie. Je serai très soulagée une fois que la peine va être sortie», a-t-elle ajouté devant les journalistes. 

Française d’origine, Mme Mahmoud était retournée auprès de sa famille en France à la suite des attaques. Elle est revenue au Québec et veut y demeurer malgré l’horreur qu’elle a connue. 

«J’adore le Québec, j’adore les Québécois. Je me sens comme chez moi ici. Ma vie a été chamboulée du jour au lendemain, j’ai dû rentrer en France, pas parce que je le souhaitais, mais parce que je ne pouvais pas rester ici avec mes blessures. Je ne pouvais plus rien faire; utiliser mes bras, ni aller aux toilettes par moi-même, ni me doucher», a-t-elle témoigné.

Une interprétation «problématique»

La Couronne a accueilli également la décision avec satisfaction. «On est très heureux pour les membres de la famille des victimes qui aujourd’hui vont pouvoir tourner la page, et on espère qu’ils vont pouvoir mettre un baume sur leurs plaies», a brièvement réagi Me François Godin. 

Du côté de la défense, l’avocat Me Pierre Gagnon a indiqué avoir eu le mandat d’aller en appel. 

«Selon nous, il y a des motifs sérieux pour porter le verdict en appel. Certains vous seront dévoilés au moment de déposer l’avis d’appel», a-t-il affirmé aux journalistes. 

Le commentaire du juge François Grenier à propos de l’interrogatoire policier qu’a subi Girouard après son arrestation fait partie des éléments amenant la défense à contester la décision, a spécifié Me Gagnon. 

En l’absence du jury, le juge a dénoncé la longueur de l’interrogatoire qui a duré plus de cinq heures, et durant lequel Girouard a gardé le silence, ce qui était dans son droit en vertu de la Charte des droits et libertés. 

Me Gagnon estime «problématique» l’interprétation qu’a faite la Couronne de ce silence, durant le procès, «pour tenter d’établir que mon client était conscient de ce qui se passait et qu’il avait finalement le contrôle de sa propre personne». 

L’avocat de la défense croit que cette interprétation aurait valu une directive du juge au jury. 

Me Gagnon estime également que les réponses d’un des experts de la poursuite ont débordé de son champ d’expertise. 

Entre-temps, le début des observations sur la peine a été fixé au 10 juin. Le juge Grenier préfère attendre une décision de la Cour suprême avant de se prononcer sur la sentence. 

Le plus haut tribunal du pays doit rendre vendredi prochain un jugement à propos du tueur de la grande mosquée de Québec et des peines minimales d’emprisonnement dans les cas de meurtres multiples. 

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Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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