L’ONU tente d’obtenir un couloir humanitaire à Marioupol

David Keyton et Inna Varenytsia, La Presse Canadienne
L’ONU tente d’obtenir un couloir humanitaire à Marioupol

KYIV, Ukraine — Les Nations unies ont obstinément cherché, vendredi, à négocier une évacuation des civils des ruines de plus en plus infernales de Marioupol, alors que l’Ukraine accusait la Russie de montrer son mépris pour l’organisation mondiale en bombardant Kyiv pendant que le dirigeant de l’ONU était en visite dans la capitale.

Le maire de Marioupol a qualifié de désastreuse la situation à l’intérieur d’une aciérie devenue le dernier bastion de la ville portuaire du sud, où les citoyens «implorent d’être sauvés». Vadym Boichenko a estimé que ce n’était pas une question de jours, mais d’heures.

Les forces ukrainiennes, quant à elles, se sont battues pour repousser les tentatives russes d’avancer dans le sud et l’est, où le Kremlin cherche à s’emparer de la région industrielle du Donbass. Des tirs d’artillerie, des sirènes et des explosions pouvaient être entendus dans certaines villes.

Par ailleurs, les forces ukrainiennes sévissent contre les personnes accusées d’aider les troupes russes. Dans la seule région de Kharkiv, près de 400 personnes ont été détenues en vertu des lois anti-collaboration promulguées après l’invasion de Moscou le 24 février.

D’autre part, les sanctions internationales imposées au Kremlin font mal. La Banque centrale russe a déclaré que l’économie russe devrait se contracter jusqu’à 10 % cette année, et que les perspectives sont «extrêmement incertaines».

Jeudi, les forces de Moscou avaient lancé une attaque au missile contre un immeuble résidentiel et un autre bâtiment à Kyiv, rompant avec des semaines de calme relatif dans la capitale, après le retrait de la Russie de la région au début du mois.

Le radiodiffuseur financé par les États-Unis Radio Free Europe/Radio Liberty a déclaré qu’une de ses journalistes, Vira Hyrych, avait été tuée dans ce bombardement. Dix personnes ont été blessées, dont une a perdu une jambe, ont indiqué les autorités.

La frappe de missile est survenue à peine une heure après que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a tenu une conférence de presse avec le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

«Cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions mondiales, sur les tentatives des dirigeants russes d’humilier l’ONU et tout ce que l’organisation représente», a déclaré M. Zelensky.

Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a estimé que cette attaque était une façon pour le président russe Vladimir Poutine de «faire un doigt d’honneur à M. Guterres».

Dans une référence apparente à l’attentat de Kyiv, l’armée russe a déclaré avoir détruit des «bâtiments de production» à l’usine de défense d’Artem.

Kyiv retrouvait un peu de normalité

La frappe de missiles est survenue juste au moment où la vie à Kyiv semblait revenir un peu plus à la normale: des cafés et d’autres entreprises commençaient à rouvrir et un nombre croissant de personnes sortaient pour profiter de l’arrivée du printemps.

Il était difficile d’obtenir une image complète de la bataille qui se déroule dans l’est, car les frappes aériennes et les barrages d’artillerie ont rendu extrêmement dangereux pour les journalistes de se déplacer. L’Ukraine et les rebelles soutenus par Moscou qui combattent dans l’est ont également introduit des restrictions strictes sur les reportages depuis la zone de combat. Mais jusqu’à présent, les troupes russes et les forces séparatistes semblent n’avoir fait que des gains mineurs.

Dans la ville bombardée de Marioupol, environ 100 000 personnes seraient prises au piège, avec peu de nourriture, d’eau ou de médicaments. On estime que 2000 défenseurs ukrainiens et 1000 civils ont été retranchés à l’usine sidérurgique d’Azovstal.

L’usine sidérurgique de l’ère soviétique dispose d’un vaste réseau souterrain de bunkers capables de résister aux frappes aériennes. Mais la situation s’est aggravée après que les Russes ont largué des «casseurs de bunker» et d’autres bombes.

«Les habitants qui parviennent à quitter Marioupol disent que c’est l’enfer, mais quand ils quittent cette forteresse, ils disent que c’est pire», a déclaré le maire Boichenko.

Le porte-parole de l’ONU Farhan Haq a déclaré que l’organisation négociait avec les autorités de Moscou et de Kyiv pour créer un couloir humanitaire sûr.

Cette fois, «nous espérons qu’il y a une petite touche d’humanité chez l’ennemi», a déclaré le maire. L’Ukraine a imputé l’échec de nombreuses tentatives d’évacuation précédentes à la poursuite des bombardements russes.

Mais le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré à la chaîne saoudienne Al-Arabiya que le vrai problème, c’est que «les couloirs humanitaires sont ignorés par les ultra-nationaux ukrainiens». Moscou a affirmé à plusieurs reprises que les Ukrainiens de droite contrecarraient les efforts d’évacuation et utilisaient des civils comme boucliers humains.

Combats dans le Donbass

Vendredi également, deux villes de la région de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine, ont été touchées par des roquettes russes, a déclaré le gouverneur régional. On ignorait dans l’immédiat le bilan des victimes et l’ampleur des dégâts.

Des combats pouvaient être entendus de Kramatorsk à Sloviansk, deux villes distantes d’environ 18 km, dans le Donbass. Des colonnes de fumée s’élevaient de la région de Sloviansk et des villes voisines. Au moins une personne aurait été blessée dans le bombardement.

Le gouverneur de la région russe de Koursk a déclaré qu’un poste-frontière avait été attaqué au mortier par l’Ukraine et que les forces frontalières russes avaient riposté. Il a dit qu’il n’y avait pas eu de victimes du côté russe.

Dans le village de Ruska Lozava, près de Kharkiv, des centaines de personnes ont été évacuées après que les forces ukrainiennes ont repris la ville aux occupants russes, selon le gouverneur régional. Ceux qui ont fui vers Kharkiv ont parlé des conditions désastreuses sous les Russes, avec peu d’eau ou de nourriture, et pas d’électricité.

«Nous étions cachés au sous-sol. C’était l’horreur. Le sous-sol tremblait des explosions. Nous criions, nous pleurions et nous priions Dieu», a déclaré Ludmila Bocharnikova.

Une vidéo publiée par le bataillon ukrainien Azov montrait des troupes hissant le drapeau bleu et jaune au-dessus du bâtiment gouvernemental, au centre du village, bien que les combats se poursuivent à la périphérie.

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