Assassinat de Zawahri: le résultat de plusieurs années d’efforts

Zeke Miller et Aamer Madhani, The Associated Press
Assassinat de Zawahri: le résultat de plusieurs années d’efforts

WASHINGTON — Quand le soleil s’est levé dimanche à Kaboul, en Afghanistan, deux missiles Hellfire tirés par un drone américain ont mis fin à dix ans de règne d’Ayman al-Zawahri à la tête du groupe terroriste al-Qaïda.

Cette attaque est survenue au terme de plusieurs années d’efforts.

Des responsables américains avaient construit une réplique à l’échelle de la maison dans laquelle al-Zawahri se terrait et ils l’avaient présentée au président Joe Biden, à la Maison-Blanche. Ils savaient qu’al-Zawahri aimait s’asseoir au balcon de la résidence.

Ils avaient reconstitué, détail par détail, son «mode de vie», comme l’a expliqué un responsable. Ils étaient confiants qu’il était au balcon quand les missiles ont frappé.

Des années d’efforts par des agents américains sous quatre présidents différents pour retracer al-Zawahri et ses proches ont finalement porté des fruits plus tôt cette année, a dit M. Biden, quand ils ont finalement trouvé al-Zawahri ― longtemps le bras droit d’Oussama ben Laden, puis ensuite son successeur, et un des organisateurs des attentats du 11 septembre ― dans cette maison de Kaboul.

Al-Zawahri a perdu la vie à 6 h 18 dimanche, heure de Kaboul.

Sa famille, avec l’aide du réseau taliban Haqqani, s’était installée dans cette maison après que les talibans aient repris le contrôle du pays l’an dernier, après le retrait des forces américaines dont la présence depuis vingt ans visait du moins en partie à empêcher al-Qaïda de se réinstaller en Afghanistan.

Mais de savoir qu’il était à Kaboul n’était que la première étape. Il a fallu des mois pour confirmer son identité, élaborer une frappe dans une ville bondée sans faire courir de risques inutiles aux civils et assurer que l’opération ne nuirait pas aux autres priorités américaines.

«Claires et convaincantes, a dit M. Biden au sujet des preuves qui lui ont été présentées. J’ai autorisé une frappe de précision qui allait l’éliminer du champ de bataille une fois pour toutes. Cette mesure a été soigneusement planifiée, rigoureusement, pour minimiser le risque de blesser d’autres civils.»

Il y a un an ce mois-ci, en plein cœur du retrait désordonné des forces américaines de l’Afghanistan, une frappe de drone mal planifiée a tué dix membres d’une même famille innocente, dont sept enfants.

La frappe autorisée par M. Biden avait apparemment été conçue pour détruire uniquement le balcon où le chef terroriste se cachait depuis plusieurs mois, épargnant les autres occupants de la maison.

Un responsable américain a confié, sous le couvert de l’anonymat, qu’al-Zawahri avait été vu à de multiples reprises, pour de longues périodes, sur le balcon où il a été tué.

Les analystes américains étaient convaincus de sa présence et avaient éliminé toutes «les options raisonnables», à part qu’il serait là, a-t-il ajouté.

Deux responsables de la sécurité nationale avaient été informés de la situation au début du mois d’avril, puis le conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan en a informé M. Biden. En mai et juin, un cercle restreint de responsables s’est affairé à valider les renseignements et à proposer des options au président.

La frappe a été suggérée à M. Biden le 1er juin. C’est à ce moment que le président a vu la réplique de la maison et qu’il a bombardé de questions ses conseillers, y compris le patron de la CIA William Burns, la directrice nationale du renseignement Avril Haines et la directrice du Centre national de contre-terrorisme Christy Abizaid.

M. Biden s’est aussi inquiété des risques que ferait courir la frappe à Mark Frerichs, un Américain détenu par les talibans depuis deux ans, et aux Afghans qui ont collaboré avec les forces américaines pendant leur présence en Afghanistan.

Al-Zawahri avait apparemment élaboré une structure organisationnelle qui lui permettait de diriger le réseau terroriste même en isolement relatif.

M. Biden a participé à une dernière rencontre le 25 juin. Les cinq responsables qui y étaient ont tous donné le feu vert à l’opération. M. Biden a autorisé la frappe dès que ce serait possible.

Trente-six heures d’analyse supplémentaires ont été nécessaires avant que des responsables américains ne commencent à murmurer qu’al-Zawahri avait été tué. Le réseau Haqqani a limité l’accès à la maison et déplacé la famille du leader ailleurs. Des responsables américains y ont vu la preuve que les talibans cherchaient à camoufler qu’ils avaient hébergé le chef d’al-Qaïda.

Lors d’un discours il y a un peu moins d’un an, M. Biden avait prévenu que les États-Unis continueraient à combattre le terrorisme en Afghanistan et ailleurs, en dépit du retrait des troupes au sol.

«Nous avons ce que nous appelons des capacités ‘au-delà l’horizon’», avait-il.

Dimanche matin, les missiles sont arrivés de l’autre côté de l’horizon.

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