«N’arrête jamais de jouer de la harpe»

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Par Marie-Eve B. Alarie
«N’arrête jamais de jouer de la harpe»
Valérie Milot, harpiste (Photo : Le FAR - Frédérik Robiaille)

Après son projet Orbis, la harpiste d’origine trifluvienne Valérie Milot avait envie de revenir à ses racines de musique classique. Son tout nouvel album intitulé «Solo» est le résultat de ce processus d’introspection qui lui a permis d’explorer encore plus profondément son lien avec la harpe, son instrument de prédilection depuis ses 10 ans.

Sur l’album, on y retrouve que des coups de cœur de la harpiste, qui signe aussi la majorité des arrangements. Elle reprend notamment Caprice No 24 de Paganini, Overture Die Hebriden de Mendelssohn et l’Adagietto de la 5e Symphonie de Mahler.

«Le répertoire de la harpe est moins vaste que celui du piano. J’ai mes racines en musique classique et Solo est un album que je voulais faire depuis longtemps. Transcrire des œuvres est la première étape avant de passer à l’étape d’en composer, mais avant de me lancer dans la transcription, ça me prenait une certaine expérience. Je voulais aussi offrir quelque chose qui allait plaire au public», explique Valérie Milot.

La transcription des œuvres ne s’est pas avérée facile, surtout pour la pièce Overture Die Hebriden qui  était d’abord composée pour un grand orchestre. Il lui fallait transposer le geste musical, en ce sens où elle a dû faire ressortir les phrasés musicaux importants et leurs subtilités pour que l’âme de l’œuvre puisse être interprétée avec ses dix doigts.

D’ailleurs, c’est sur sa chaîne Youtube qu’elle a constaté que ses adaptations lui permettent de rejoindre plus de gens et de démystifier la harpe et son univers, un mandat qu’elle a à cœur.

En bonus, elle s’est lancée dans la création en composant plusieurs variations de la très célèbre mélodie Ah vous dirai-je maman, un beau clin d’œil bien exécuté qui ramène à cette joie pure de l’enfance.

«Il y a eu beaucoup d’exploration. Je ne me suis pas limitée et on s’approprie quelque chose de l’œuvre dans le processus, poursuit-elle. Chaque pièce est un peu tirée d’une expérience de vie.»

L’influence d’un père

Cet album est aussi très lié à son père. «Pendant la conception de l’album Orbis il y a quelques années, l’album était très lié à la gestation de ma fille et à ma transition vers mon rôle de mère. Solo est plus relié à la maladie et au décès de mon père», raconte-t-elle.

Tout s’est passé très vite dans les trois derniers mois. Valérie Milot a terminé d’enregistrer l’album au début du mois de mars et le montage a été terminé le 11 mars, tout juste avant le début du confinement.

Mais c’est pendant l’enregistrement de l’album qu’elle a appris que son père était très malade.

«J’ai pu le lui faire écouter. C’est lui qui m’a appris mes premières notes de musique. C’est devenu un album d’adieu, en quelque sorte. La première fois qu’il a écouté l’album, il s’est réveillé et m’a dit: «N’arrête jamais de jouer de la harpe». C’est une phrase si importante pour moi. Je sais que lorsque je pourrai présenter ces nouvelles pièces sur scène, je vais reconnecter avec ces émotions partagées avec mon père», confie Valérie Milot.

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«Ce n’est pas une période normale»

Valérie Milot, harpiste. (Photo Le FAR – Frédérik Robitaille)

Ce nouvel album est aussi arrivé dans un moment bien particulier, alors que tout le Québec était sur pause, les artistes les premiers.

«Je pense qu’on ne va mesurer les impacts qu’après coup. J’espère que ça ne tuera pas le rêve d’être un artiste. Ce que je crains surtout, c’est que l’on perdra peut-être des artistes ayant un statut précaire. C’est aussi dommage pour les jeunes qui étudient dans les Conservatoires en ce moment. Ça envoie le message que musicien est un métier non essentiel et c’est la première chose qu’on fait sauter. Ça transmet un triste message aux jeunes qui ont un avenir musical. Il faut leur dire que ce n’est pas une période normale en ce moment», lance Valérie Milot qui enseigne également aux Conservatoires de musique de Montréal et de Trois-Rivières.

La harpiste s’est d’ailleurs engagée à remettre 1$ par album de Solo vendu à la Fondation du Conservatoire.

«On ne sait pas, avec la crise, à quoi ressembleront les prochains mois. On va peut-être perdre des artistes. Cependant, quand il n’y aura plus cette peur, je crois que les gens vont comprendre que ça leur a manqué d’aller voir un spectacle. Personnellement, ça me manque d’être dans une salle et même de sentir la fébrilité avant que l’artiste ne monte sur scène», souligne-t-elle.

Elle a aussi hâte d’offrir le spectacle tiré de son nouvel album, un spectacle qui s’annonce très intimiste. En parallèle, Valérie Milot travaille également sur un autre projet dans la même veine qu’Orbis: un concept éclaté avec un aspect très visuel.

Elle profite aussi de cette pause forcée pour démarrer sa petite compagnie d’édition de partitions. «Ça m’aura permis de prendre le recul de la scène pour le faire», conclut-elle.

 

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