Main-d’œuvre dans les ressources intermédiaires: «On sent que la situation est de plus en plus lourde partout»

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Par Marie-Eve B. Alarie
Main-d’œuvre dans les ressources intermédiaires: «On sent que la situation est de plus en plus lourde partout»
Luc Lafrenière, superviseur à la Maison Olivier de Shawinigan (Photo : Marie-Eve Alarie)

La pénurie de main-d’œuvre frappe aussi le réseau des ressources intermédiaires (RI) d’hébergement à travers le Québec. En Mauricie, on parle d’un manque de 150 préposés aux bénéficiaires, en plus de techniciens en éducation spécialisée, des travailleurs sociaux et d’autres types d’employés.

En moyenne, cela représente trois préposés par résidence en Mauricie, ce qui place la région au sixième échelon des plus hauts taux de la province. Et les impacts de ce manque de main-d’œuvre se fait encore plus ressentir dans les petites RI et celles qui soutiennent des clientèles plus lourdes.

«Même si on est une plus grosse ressource intermédiaire, on vit également cette pénurie de main-d’œuvre. On est toujours en recherche de personnes à embaucher. On a eu la chance d’avoir un effet d’entrain à la suite des investissements et de l’agrandissement, mais on voit tout de même qu’il y a beaucoup de roulement dans le domaine des préposés aux bénéficiaires à travers la région», souligne Luc Lafrenière, superviseur à la Maison Olivier, à Shawinigan.

«La difficulté est aussi de trouver des gens qualifiés et de qualité, ainsi que des personnes qui acceptent de travailler la nuit et la fin de semaine. Cependant, les Ressources intermédiaires ont l’avantage, contrairement au CIUSSS, de pouvoir embaucher des personnes sans formation et de les former à l’interne pour la réanimation cardiorespiratoire, ainsi que le PDSB, soit les principes pour le déplacement sécuritaires des bénéficiaires», note-t-il.

Plusieurs solutions ont été identifiées pour améliorer la situation: la formation de l’insertion en emploi des personnes exclues du marché du travail (immigrants, décrocheurs, etc.), le développement d’une plateforme répertoriant toutes les RI et les emplois disponibles, la structuration de l’embauche des travailleurs étrangers temporaires au même titre que les employés saisonniers dans le milieu de l’agriculture, ainsi que l’intégration des innovations technologiques dans les RI pour que les préposées puissent se concentrer uniquement sur les soins aux résidents.

De la compétition au sein du réseau de la santé

Le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) manque aussi de préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD du territoire. Toutefois, l’organisation a l’avantage de pouvoir offrir un meilleur salaire.

«C’est certain que s’il y avait plus d’argent injecté dans le système, on arriverait à avoir plus de préposés et ils seraient mieux payés. En ce moment, il y a en moyenne 10$ d’écart entre le salaire offert aux préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD comparativement à ceux des Ressources intermédiaires. Ça crée de la compétition à l’intérieur du système. On ne peut pas proposer un salaire semblable en ce moment, donc on essaie de compenser avec de meilleures conditions de travail», soutient M. Lafrenière.

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ) demande ainsi au gouvernement de valoriser davantage le métier de préposé aux bénéficiaires. D’ailleurs, le déploiement d’une campagne nationale de valorisation de leur rôle apparaît plus que jamais nécessaire, soutient l’ARIHQ. Il en va de même pour l’amélioration des conditions de travail de celles et ceux qui choisissent d’œuvrer en RI.

Une situation de plus en plus difficile

«On sent que la situation est de plus en plus lourde partout. C’est pour cette raison qu’on lève la main. On sait que les choses ne changeront pas du jour au lendemain. Il faut commencer à y penser et à revoir les budgets accordés à la santé et à leur répartition», note M. Lafrenière.

Actuellement, les ressources intermédiaires représentent généralement la dernière étape avant qu’une personne ne fasse son entrée au CHSLD. Ces ressources accueillent des adultes vulnérables en raison d’une perte d’autonomie liée au vieillissement, d’une déficience intellectuelle, d’un problème de santé mentale ou de toxicomanie ou d’un handicap physique.

«On fait en quelque sorte le lien entre les résidences privées et les CHSLD. Si une ressource d’une vingtaine de places devait fermer, faute de personnel, pour le CIUSSS, ce serait catastrophique de reprendre 20 résidents. C’est saturé partout. La pression est énorme. C’est aussi en milieu hospitalier que ça coûte le plus cher de garder quelqu’un», explique M. Lafrenière.

«Le gouvernement sera directement touché, éventuellement, par cette pénurie de main-d’œuvre. Je pense qu’il y a eu un problème de vision au départ. C’est important d’avoir un réinvestissement. Les ressources intermédiaires font économiser de l’argent au système. C’est un bon palier intermédiaire», conclut-il.

 

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La situation des ressources enfances n’est guère meilleure et le manque de personnel de fait de plus en plus ressentir à travers le Québec. Pourtant, le MSSS continue de faire la sourde oreille aux alarmes que nous lui lançons.