L’humain en nuances de gris

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Par Marie-Eve B. Alarie
L’humain en nuances de gris
Alexandre Poulin (Photo : Anouk Lessard)

Pour son cinquième album en carrière, Alexandre Poulin s’est laissé inspirer par l’humain dans toute sa profondeur et sa complexité. Au-delà de l’exploration des extrêmes de l’humain, c’est à toute la palette de gris de  la nature humaine qui a porté sa plume et sa musique durant la création de l’album «Nature humaine».

«Comment deux humains peuvent vivre la même épreuve et l’un s’en sort grandi et l’autre non. Toute cette résilience m’intéresse. Le tout s’est inscrit dans des parcours de vie tout simples. Je n’essaie pas de réinventer la roue et le monde. J’essaie de le comprendre un peu plus», souligne l’auteur-compositeur-interprète.

Mais avant toute chose, plonger dans les 10 pièces originales de l’album «Nature humaine», c’est se laisser raconter des histoires, comme l’histoire du concierge d’une église amoureux de la statue de Marie-Madeleine (la brillante Marie-Madeleine), du temps meurtrier (Le plus grand des assassins) ou une habile façon d’aborder la violence conjugale, imagée avec un corbeau et une colombe (Tourterelle triste).

«Tourterelle triste est la pire, d’après moi, en matière de noirceur. En biais de chez nous, un immeuble rénové accueille des femmes battues. Elles traversent la rue pour venir fumer devant chez nous. De la fenêtre entrouverte de la chambre de ma fille, l’été, j’entends les conversations. Tu finis par parler avec certaines d’entre elles. Il y en a qui disparaissent pendant un an. Certaines qui reviennent poquées. Tout ça t’habite. Je venais d’avoir une petite fille à ce moment. Ça amène une autre perspective. Ça m’habite. J’ai écrit la chanson et je me suis demandé d’où ça venait», raconte Alexandre Poulin.

Même qu’il s’est surpris du résultat final. C’est l’histoire qui l’a amené là. Dans sa tête, c’était, initialement, une chanson sur un amour étrange entre un corbeau pas beau et la tourterelle, jolie fille qui pourrait sortir avec qui elle veut, mais qui tombe en amour avec celui que tout le monde juge.

«Finalement, ce n’est pas là du tout que l’histoire voulait aller. Parfois, tu peux te battre avec des chansons. Tu essaies de les amener ailleurs. Ça marche parfois, mais souvent non, parce que la chanson est plus forte là où elle veut vivre. Il y a beaucoup d’instinct là-dedans, de suivre l’histoire qui est en train de s’écrire. La violence conjugale est un sujet qui se doit d’être traité, mais ce n’est pas évident de le faire.»

Autre sujet peu évident à traduire en chanson, Alexandre Poulin aborde avec beaucoup de poésie le déclin de la religion et des églises qui se retrouvent transformées en condos.

«Ce n’est pas facile de parler du déclin de la religion et de soulever des questions. Je viens d’une famille judéo-chrétienne très pratiquante. Je trouve que l’histoire, dans cette chanson, offre une forme de protection pour moi-même comme pour les gens qui l’écoutent. Tu peux l’écouter et trouver que c’est une belle histoire, celle d’un concierge dans une cathédrale qui va fermer. Si tu veux pousser plus loin, c’est intéressant de voir un simple d’esprit poser des questions si simples, mais qui font tant de sens.»

À travers ces histoires tricotées réside malgré tout un filet de lumière, même dans les pièces les plus sombres.

«Au final, est-ce que je comprends mieux la nature humaine? Je ne pense pas. Par contre, je suis un gars intrinsèquement positif. Je vois de l’espoir partout. Aller puiser dans les zones les plus sombres que j’ai pu trouver, ça m’a prouvé que j’ai raison de croire qu’il y a toujours de l’espoir dans tout. J’aurais pu en revenir un peu éteint. J’ai fait des rencontres troublantes pour écrire ces chansons. J’en suis ressorti plus convaincu que jamais qu’il y a de la lumière partout», lance-t-il.

Alexandre Poulin viendra présenter son spectacle «Nature humaine» à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture les 27 et 28 mai prochains. En plus d’interpréter les morceaux de son plus récent album, il revisitera les grands succès de ses quatre autres opus.

«Je parle autant que je chante. Je suis d’ailleurs en train d’écrire le spectacle. C’est un spectacle qui met en place les chansons du disque. On retrouve des histoires tricotées entre les chansons. Les connexions se font plus loin dans le spectacle», conclut-il.

Les billets sont en vente à la billetterie de la salle J.-Antonio-Thompson, au 819 380-9797 et à cultur3r.com.

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