L’homme qui déneige les rails

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Par Jonathan Cossette
L’homme qui déneige les rails

152 miles de chemin de fer à entretenir et à déneiger. Voilà ce qu’une centaine d’employés de la compagnie Chemins de fer Québec-Gatineau ont à s’occuper dans notre région. Richard Lemire y travaille depuis 16 ans. Pour lui, c’est devenu une véritable passion…

Les hivers québécois apportent leur lot de neige et l’entretien des rails devient très important. Non seulement pour les trains en circulation, mais pour les inspections hebdomadaires.

Après avoir reçu les consignes de sécurité d’usage, me voilà à bord de la plus petite de deux déneigeuses au côté de Richard Lemire, employé depuis 2003. Il a beaucoup neigé hier et il s’est vu attitrer le circuit Trois-Rivières/Shawinigan. Devant, deux chasse-neige s’occupent de libérer les rails. De chaque côté, deux pelles supplémentaires permettent d’élargir le périmètre de déneigement.

«Je reçois mon plan de travail à mon arrivée. On couvre jusqu’à Laval, Québec et Shawinigan. Et on part! C’est très important de bien connaître le territoire, alors avant chaque hiver, on refait une tournée pour bien mémoriser les détails autour. On doit être aux aguets, car il peut y avoir des obstacles sur la track et de chaque côté», confie-t-il d’emblée.

«Il faut faire attention aux piétons également. On en voit qui circule avec leurs écouteurs aux oreilles. On leur explique qu’ils ne devraient pas être là parce que c’est dangereux et qu’il s’agit d’un terrain privé. Les gens sont curieux et on le voit dans leur regard quand ils nous croisent. Ils nous envoient toujours la main.»

On poursuit notre chemin et devant, les rails n’existent plus. C’est impressionnant! Elles sont recouvertes de neige, mais la machinerie est bien ancrée et poursuit sa route sans problème. Si on jette un coup d’œil derrière, elles sont bel et bien visibles à nouveau.

Mis à part pour les grands réseaux, le changement de voie se fait encore de façon manuelle, à l’aide des aiguillages. Les conducteurs de train ou de camions opérateurs doivent donc descendre de leur engin pour aller changer l’orientation des rails lorsque nécessaire.

«Tout le trafic est organisé par le contrôleur de la circulation ferroviaire. C’est aussi lui qui nous donne les permis de circuler la voie. Si on est là en même temps qu’un train, il va lui donner une délibération lui indiquant de se protéger contre nous. Ça va nous permettre de se trouver une place sécuritaire pour aller se mettre à l’écart, sur une voie d’évitement, afin de le laisser passer.»

16 ans de passion

Richard Lemire travaille seul à 90% du temps. Mais ne craignez rien, il est très heureux.

«Je sais quand je pars, mais je ne sais jamais quand je reviens. Lorsqu’il neige beaucoup, on peut travailler pendant plusieurs jours consécutifs et faire de longues journées. Si on se sent fatigué, on demande une relève, car la sécurité demeure le point le plus important. Dépendamment de la grosseur de la tempête, ça peut prendre trois à quatre jours pour déneiger le territoire. Nous avons des cours et des formations à suivre à chaque année pour être à jour avec Transport Canada», explique-t-il.

«C’est beaucoup de responsabilités et il faut continuellement se mettre à jour. C’est normal, car on n’a pas le droit à l’erreur! On ne fait jamais rien si on n’est pas certain, car notre vie et celle des autres en dépendent. Il faut toujours être focus.»

Et que se passe-t-il lors de la saison estivale?

«L’été, on fait l’entretien des voies en changeant des traverses ou des rails. On fait des opérations de huilage et on serre ou remplace des boulons, par exemple. On travaille vraiment à l’entretien des rails. On a aussi de la machinerie pour couper les branches qui nuisent à la circulation.»

«Je dis toujours que j’ai le plus beau bureau au monde! C’est devenu une passion. C’est un décor incroyable, qui change constamment. J’ai vu tellement de nouvelles infrastructures et de nouveaux quartiers au fil des ans. J’ai vu des renards, des ours, des chevreuils et même des dindes sauvages. Ce sont les pires, car elles n’ont pas peur de nous! Il m’arrive même de m’arrêter et prendre le temps de contempler la beauté du paysage, surtout quand la vapeur lève au-dessus de l’eau», conclut-il.

 

 

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