Lettre ouverte au premier ministre du Canada

Yvon Boivin, victime de la pyrrhotite
Lettre ouverte au premier ministre du Canada
Yvon Boivin, victime de la pyrrhotite. (Photo : Stéphanie Paradis)

Dans le dossier de SNC-Lavalin et la crise de pyrrhotite en Mauricie

Monsieur Trudeau,

Je vous écris à titre de victime de la pyrrhotite en Mauricie. Les récents aveux de fraude des dirigeants de SNC-Lavalin ont grandement choqué et ébranlé ma famille comme ce fût également le cas pour les autres victimes du même fléau.

Ayant été un acteur clé dans ce dossier dans les 5 premières années de cette triste saga judiciaire, et notamment au moment où le premier jugement favorable aux victimes est tombé, je ne pouvais rester insensible à ces nouveaux événements qui concernent SNC-Lavalin.

J’ai encore en mémoire, comme si c’était hier, ma présence le 8 mai 2014 à l’assemblée des actionnaires de SNC-Lavalin en compagnie de mon ami, Jean Desaulniers, qui est également une victime. D’autres victimes nous accompagnaient à l’extérieur de l’édifice afin de nous offrir leur soutien. Nous avons alors pris la parole devant l’ensemble des actionnaires présents et les hauts dirigeants de SNC-Lavalin pour les supplier de ne pas aller en appel du premier jugement considérant les graves conséquences humaines et financières pour les familles victimes de la pyrrhotite. Nous avons également rencontré en personne le président de SNC-Lavalin de l’époque, M. Robert Card, pour insister à nouveau sur la nécessité de ne pas aller en appel et faire ainsi étirer indûment les délais de justice.

On connait malheureusement les suites du dossier : Des suicides, de nombreuses faillites, de la très grande souffrance et de la détresse psychologique qui se sont transformées en dépression ou maladie grave, de nombreuses séparations et j’en passe.

Les aveux de fraudes à l’international par SNC-Lavalin nous démontrent clairement aujourd’hui que les dirigeants de cette multinationale québécoise étaient prêts à tout étant strictement animés par la valeur de l’argent et le rendement aux actionnaires.

Ils étaient également prêts à aller en appel du premier jugement sur la pyrrhotite, un jugement pourtant très rigoureux, qui les tenait responsables à la hauteur de 70 %, sachant pourtant très bien les graves conséquences humaines et financières qu’apportait cette décision sur des milliers de familles québécoise demeurant dans la région de la Mauricie.  Ils n’ont aucunement pris en considération que nous étions en présence d’un litige entre une multinationale et des familles pour lesquelles l’enjeu, leur résidence, était le principal investissement de leur vie.

Cette décision des dirigeants de SNC-Lavalin d’aller en appel a créé des torts irréparables pour des papas, des mamans, des enfants, des hommes et des femmes qui demandaient simplement à retrouver la quiétude de leur vie dans leur résidence. C’est pour cette raison que je désire m’adresser solennellement à vous aujourd’hui.

Je vous demande d’accorder autant d’écoute et d’empathie aux victimes de la pyrrhotite que vous avez su le faire pour les travailleurs de SNC-Lavalin. Je vous demande d’accepter dans les meilleurs délais l’invitation de rencontrer vous-mêmes les représentants de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite pour mettre en place un fonds de justice réparatrice de 280 M$ en faveur des victimes, pour tout ce que leur a fait vivre SNC-Lavalin depuis son appel du premier jugement.

Je vous demande de financer ce fonds par le biais des amendes imposées par le gouvernement fédéral à SNC-Lavalin pour ses aveux de fraude. Comme l’ont mentionné les représentants de la CAVP, ce fonds de 280 M$ sera destiné à dédommager notamment les victimes du 2e procès, celles dans la zone grise et les victimes à venir, c’est-à-dire celles qui n’ont pas encore été en mesure de faire réaliser le test de pyrrhotite.

Il importe de vous mentionner que cette demande de fonds de justice réparatrice ne remet aucunement en cause le procès en cours d’appel pour lequel nous sommes convaincus d’avoir à nouveau gain de cause.

Dix ans de désastres, de souffrance et de détresse, c’est assez. Il est grand temps pour vous, M. Trudeau, de mettre fin définitivement à cette crise par un geste significatif sans impact financier pour votre gouvernement.

Les symboles ont toujours été importants dans l’humanité, et bien la demande d’aujourd’hui de la CAVP que je soutiens est un symbole pour permettre à une entreprise qui a fraudé de réparer de tels gestes inacceptables ainsi que les torts qu’elle a causés à des familles canadiennes.

Je vous remercie de l’attention qui sera portée à cette importante demande.

 

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