Les cabinets de notaires débordés

Par Boris Chassagne | Initiative de journalisme local
Les cabinets de notaires débordés
Cassy Bernier, notaire (Photo : archives - Audrey Leblanc)

Les notaires de la région ne savent plus où donner de la tête depuis quelques mois. Ils sont débordés : séparations, testaments, achat/vente de maison et de chalets. Les Québécois ont la bougeotte pour le bonheur des uns et le malheur des autres.

Quand on demande aux différents cabinets de qualifier l’année 2020, ils trouvent à peine le temps de nous répondre. La notaire Cassy Bernier, du cabinet Leblanc Martin Bernier, notaires et avocats de Trois-Rivières, parle et travaille à cent à l’heure. Le cabinet se spécialise en droit des affaires, en immobilier et en successions.

«On a eu une hausse d’achalandage de 40 % en 2020 dans les trois domaines confondus. Il y a eu plus de séparations qu’à l’habitude et plus d’achats de propriétés par des gens provenant de l’extérieur et de Trois-Rivières. Avec l’arrivée du télétravail, il y a beaucoup de mouvement. Beaucoup d’investissements aussi. L’achat de multilogements a également beaucoup augmenté. Du côté du droit des affaires, beaucoup de restructurations, de fusions d’entreprises et de financement ».

Le cabinet rapporte aussi une hausse dans le nombre de décès.

« Est-ce que c’est lié ou non à la COVID? Je ne le sais pas. Même chose en rédaction de testament et de mandats de protection. Les gens sont plus soucieux et on s’attend à avoir une grosse année encore », souligne Mme Bernier.

Elle note par ailleurs que l’année 2020 a été synonyme de modernisation dans la profession, grâce à l’introduction de la signature numérique et à distance, de documents notariés.

Le confinement aura aussi semé la pagaille dans l’agenda du cabinet Desaulniers, Gervais, Parenteau, Sylvestre de Shawinigan-Sud et de Grand-Mère. La notaire France Gervais et ses collègues ont été jusqu’à installer des abris tempo à l’extérieur pour répondre aux questions de la clientèle. « Une année de fou », résume-t-elle.

«Quand le déconfinement du mois de juin a été décrété, «on a eu un flot de transactions. Ça a été épouvantable. On essaie de contenter tout le monde. Il a fallu faire un tri dans nos transactions. Je suis chanceuse d’aimer encore ma profession après 36 ans. Quelqu’un qui n’aime pas son travail, c’est sûr qu’il a pris sa retraite cette année», ajoute Mme Gervais

La frénésie immobilière peut coûter cher

La frénésie immobilière des dernières années n’aura pas toujours été à l’avantage des acheteurs. Plusieurs notaires déplorent que les acheteurs renoncent souvent à leurs droits, craignant de perdre la maison sur laquelle ils ont déposé leur offre.

France Gervais a constaté qu’il y avait surenchère,  ce qui ne se voyait pas avant. D’emblée, ils mettaient un montant plus élevé, ne prenaient pas le temps de faire inspecter. «Nous notre marché a augmenté de près de 30 %» , explique la notaire.

« La pression est excessivement forte sur les acheteurs », ajoute le notaire Israël Gélinas. Certains acheteurs renoncent à l’inspection préachat, déposent une offre en cédant la garantie légale, et vont même poursuivre sans avoir en main un certificat de localisation conforme et à jour.

« C’est parfois lourd de conséquences. Sans garantie légale, on renonce à tout recours contre le vendeur sur la base des vices cachés ».

«D’avoir en main un nouveau certificat de localisation produit par  un arpenteur-géomètre est un must. On vérifie si la maison et les autres constructions sur le terrain sont conformes à la réglementation municipale, s’il y a une bande de protection riveraine sur le terrain, à quel endroit passe une servitude, si une construction appartenant au voisin empiète sur son terrain. Sans certificat de localisation, on peut se retrouver avec des problèmes qu’on aurait pu éviter ou corriger, avant d’acheter.»

Son conseil aux acheteurs  : en comprendre les conséquences avant de déposer son offre. Une mise en garde qu’a aussi relayé dans les médias le directeur général de l’Association professionnelle des notaires du Québec, François Bibeau.

***

Le marché immobilier toujours à la hausse

On le sait, le marché immobilier est en feu alimenté par les faibles taux d’intérêts, le télétravail et des prix plus abordables dans plusieurs régions du Québec, que ceux affichés ailleurs au Canada.

« Globalement, le marché immobilier de Trois-Rivières a terminé l’année en conférant l’avantage aux vendeurs, et ce, dans chacune des trois principales catégories de propriétés », écrit l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec.

Dans la RMR de Trois-Rivières, si la hausse des ventes a quand même été timide avec une hausse des ventes de 3 % par rapport à 2019,  les conditions de marché se sont nettement resserrées en faveur des vendeurs en 2020, malgré une activité transactionnelle relativement modeste, à l’exception de la catégorie des plex , souligne Hassan Chellah, vice-président de la Chambre immobilière de l’Estrie, de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Ce qui étonne le plus M. Chellah c’est celui des inscriptions en vigueur,  en baisse de 50 %. «Le marché est difficile parce qu’il y a beaucoup mois de maisons à vendre ».

Le prix médian des unifamiliales a augmenté de 4 % pour atteindre 174 500 $ à l’échelle de la RMR.

« S’il y a moins d’offres, il y a surenchère. Il s’agit d’une quatrième hausse annuelle consécutive et d’un sommet historique ». Il fallait en moyenne 92 jours pour vendre une propriété en 2020 dans la RMR. Pour la Mauricie, « c’est une tendance qui va se maintenir, peut-être pour quelques années encore, les prix devraient se maintenir. »

 

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