Le nom de Luce Mongrain immortalisé

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Par Jonathan Cossette
Le nom de Luce Mongrain immortalisé
Luce Mongrain a vu le fruit de ses efforts être récompensé, quelque 25 ans plus tard, alors qu’elle a été admise au Temple de la renommée du soccer canadien. Photo - Archives

Lorsque Luce Mongrain a été conviée en réunion Zoom par des confrères et des consœurs du monde du soccer, jamais elle n’aurait pu s’attendre à ce que ce soit pour y découvrir son admission au Temple de la renommée du soccer canadien. Une admission méritée, elle qui fut la toute première joueuse de l’histoire âgée de 16 ans à faire son entrée sur l’équipe nationale canadienne.

La Trifluvienne s’est dite sans mot lorsqu’on lui a appris son intronisation.

«Nous avions une rencontre virtuelle dans le cadre du 35e anniversaire de la première édition de l’équipe canadienne. Comme à mon habitude, j’ai tenté de rejoindre la réunion d’avance, mais ça ne fonctionnait pas. J’ai compris qu’on ne me laissait pas rentrer finalement, ni moi, ni Annie Caron (également intronisée)», raconte-t-elle. «Je suis une personne qui a beaucoup de jasette, mais là, j’étais sans mot et très surprise. C’est un bel honneur que j’accepte avec humilité.»

«Je ne m’y attendais pas et il y a tellement de grands joueurs qui sont passés là. À tête reposée, je me suis mise à penser à tous ces gens qui ont contribué à mon parcours. Je dis toujours à mes étudiants que pour élever un jeune, ça prend tout un village. J’ai repensé à mes coéquipières de tous niveaux et à mes coachs de tous niveaux. J’ai aussi pensé à mes parents qui m’ont suivi et qui m’ont toujours donné le feu vert. J’ai pensé à mon conjoint, Stéphane, que j’ai rencontré à l’époque de l’équipe nationale. J’ai pensé à mes filles également. Lorsqu’on est dans le feu de l’action, on ne le réalise pas vraiment.»

La plus jeune

Ce n’est qu’à l’âge de huit ans que la Trifluvienne a enfilé ses premiers crampons pour lʼATS, puis ensuite pour Francheville. Elle a intégré les programmes de niveau Élite de la Fédération de soccer en 1986. Le 11 décembre 1987, un mois exactement avant son 17e anniversaire, elle obtient sa première sélection en équipe nationale lors de la Taïwan Cup. Être nommée sur l’équipe canadienne à seulement 16 ans était à la fois un record qui allait être battu 13 ans plus tard, par une certaine Christine Sinclair.

«Je suis arrivée là-bas à 16 ans et par naïveté, je vous dirais. Tu embarques là-dedans naïvement. Je dis toujours que lorsque le train passe, il faut monter à bord alors c’est ce que j’ai fait. On était trois Québécoises et une assistante coach québécoise, et je ne parlais pas anglais. Je me souviens d’un de mes premiers voyages où je n’avais pas dit un mot, à l’exception d’un souper au restaurant. Ils n’arrêtaient pas de nous servir une soupe d’eau avec quelques grains de maïs alors je me suis tannée et j’ai dit «It’s not the soup of the day, it’s the soup of the month» (rires) (ce n’est pas la soupe du jour, c’est la soupe du mois)», se souvient-elle.

«J’ai adoré mon expérience. Je suis restée sur l’équipe nationale de 1987 à 1995. On ne s’est pas qualifié pour les Jeux olympiques de 1996 alors c’est là que j’ai quitté. Je suis fière et je n’ai jamais eu aucun regret. Je dis toujours aux jeunes qu’il ne faut pas avoir de regret dans la vie. On doit toujours évoluer. On doit aussi s’identifier à autre chose. Ceux qui s’identifient seulement à être une joueuse de soccer ou une athlète, ça doit être difficile pour eux lorsque la carrière prend fin. Je ne m’identifiais pas qu’à ça, alors j’ai quitté au moment venu, sans aucun regret.»

En effet, sa carrière internationale a pris fin à 24 ans, après 30 sélections. Elle a continué de jouer avec le club Lakeshore, de 1994 à 2000, avec qui elle a obtenu quatre titres provinciaux et deux succès en Coupe du Québec. Elle a commencé une carrière d’entraîneur en 1996.

«La dernière semaine nous a replongés dans notre carrière et j’avais gardé le contact avec des filles, mais ça m’a permis de me remettre en contact avec d’autres filles. On s’est raconté des anecdotes, certaines qui seraient impensables aujourd’hui. Imaginez, on pratiquait trois fois par jour! On s’est rappelé nos tournois également, dont la Coupe du monde. Les gens nous disent qu’on a contribué grandement pour les générations futures, mais ce n’est pas des choses auxquelles on pensait lorsqu’on jouait», conclut-elle.

À ce jour, Luce Mongrain est responsable du volet sportif du programme sports-études de lʼAcadémie des Estacades, à Trois-Rivières.

 

 

 

 

 

 

 

 

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