Le «mug shot» au coeur d’un tableau vivant

Photo de Marie-Eve B. Alarie
Par Marie-Eve B. Alarie
Le «mug shot» au coeur d’un tableau vivant
(Photo : Photo tirée de l’œuvre vidéo)

La recherche en psychoéducation et les arts visuels se sont unis le temps d’un projet bien spécial mené par l’équipe de la professeure Natacha Brunelle de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR): un tableau vivant illustrant le processus menant à la réintégration sociale des personnes judiciarisées.

Présentée sur le site web du Musée POP et sur Youtube, l’œuvre utilise l’image de la photographie judiciaire – le fameux mug shot – pour montrer, de façon vivante, une personne qui se bat pour se défaire de son image criminelle.

C’est l’un des membres de l’équipe de recherche de Natacha Brunelle, qui étudiait aussi en art, qui a proposé d’amalgamer un projet de tableau vivant qu’il avait à réaliser pour un cours et la mission du (RÉ)so 16-35, un programme de recherche analysant et favorisant les trajectoires de désistement de la délinquance et de (ré)intégration sociocommunautaires des jeunes judiciarisés âgés entre 16 et 35 ans.

«Il y a plein de choses qui nous ont charmés dans ce projet, explique Natacha Brunelle, professeure à l’UQTR  et directrice scientifique du (RÉ)so 16-35 : le fait de montrer à la population, avec quelques explications, que  le processus est quelque chose de long, mais que c’est possible d’arriver à une réintégration sociale. Il y a de l’espoir. Ça permet aussi d’humaniser la prison.»

La photographie judiciaire est une étiquette difficile à décoller, dans tous les sens du terme, pour les personnes judiciarisées.

«Ça a des impacts tout le long de la vie : sur les possibilités d’emploi, les voyages et à plusieurs autres niveaux. C’est un défi supplémentaire pour la personne, surtout si on ne l’accueille pas bien dans le processus, précise Mme Brunelle. Le désistement de la délinquance est un processus complexe et relativement long. Il peut y avoir des récidives à travers le processus. Ça demande beaucoup de patience. Ça ne veut pas simplement dire d’arrêter de faire des délits.»

«Une bonne intégration sociale signifie que la personne va aussi abandonner l’identité de délinquant qu’elle a elle-même adoptée à un moment de sa vie. La vidéo permet de mettre ça en lumière», ajoute-t-elle.

Et il importe que les autres reconnaissent aussi le changement chez la personne et que l’entourage et la communauté reconnaissent ce changement et fassent une place à la personne pour favoriser une bonne réintégration sociale.

«C’est de faire comprendre que ce sont des humains et que le processus n’est pas facile. J’aimerais que ça suscite un intérêt dans la population. Qu’on ait moins peur. Ça touche plus de gens qu’on pense. L’exclusion sociale et la stigmatisation ne font que nuire au processus», conclut Natacha Brunelle.

La conception de Désistement revient à Jocelyn Gadbois, tandis que la réalisation est l’œuvre de Chentian Zhang. Philippe Mercier, étudiant à la maîtrise en psychoéducation, campe l’unique rôle dans la vidéo. Les professeurs Natacha Brunelle, Isabelle F.-Dufour (Université Laval), Sylvie Hamel, Chantal Plourde ainsi que Nadia L’Espérance (CIUSSS MCQ), Justine Le Blanc (ministère de la Sécurité publique du Québec) et Anta Niang (étudiante postdoctorale) formaient le comité scientifique responsable du projet.

Lorsque le Musée POP rouvrira ses portes, l’œuvre sera intégrée à l’exposition En d’dans : la prison comme solution?.

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