La création en confinement: une motivation pour créer

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Par Marie-Eve B. Alarie
La création en confinement: une motivation pour créer
L’œuvre «Prière / Composer avec le temps» d’Isabelle Clermont. (Photo : courtoisie - Isabelle Clermont)

Invitées par Culture Trois-Rivières à créer une œuvre originale portant sur la distanciation au début de la période de confinement, les artistes Annie Pelletier et Isabelle Clermont n’ont pas hésité avant d’accepter la proposition. Il n’en fallait pas plus pour que les appartements soient transformés en véritables ateliers.

L’occasion était belle, surtout qu’il n’est pas toujours facile de trouver la motivation de créer de nouvelles œuvres alors qu’on se trouve en confinement.

«Je travaille de façon plus précaire depuis le début du confinement, puisque l’Atelier Silex est fermé. J’avais toutefois pu y récupérer du matériel. L’idée de la distanciation avec toute l’importance du fameux deux mètres de distance m’a inspiré une sorte de chorégraphie. À l’épicerie et dans les lieux publics, on ne sait plus sur quel pied danser», confie Annie Pelletier.

Ce pas de deux que l’on danse en solo lui a inspiré l’image d’une ballerine portant un vaste tutu qui lui permet de garder une certaine distance. «Le défi a été par rapport aux matériaux. La fine broche que j’ai utilisée pour la structure force une certaine spontanéité. Il s’en dégage aussi une certaine notion de fragilité que j’aimerais exploiter en prévision de mon exposition au Centre d’exposition Raymond-Lasnier à l’hiver 2022», note-t-elle.

Le travail de la fine broche rappelle l’effet d’un croquis dessiné sur une feuille. D’ailleurs, ces broches lui servent notamment pour la réalisation des maquettes de ses plus gros projets.

Pour Isabelle Clermont, cette opportunité lui a donné l’occasion rêvée de renouer avec le dessin, une forme d’art qu’elle avait un peu délaissé au profit d’autres ces dernières années.

Pour voir l’ensemble des œuvres de l’exposition virtuelle : www.cultur3r.com/exposition-virtuelle

«Pourtant, mon essence même est dans le dessin. Je me suis donc décidée à aménager mon espace pour renouer à l’essence du dessin au graphite, à la fluidité de l’encre, tout en douceur et en bienveillance. Il y a quelque chose comme un effet miroir qui se produit quand tu dessines. Ça te renvoie à ta propre vulnérabilité, que ce soit par le trait fébrile, par les mains qui se tachent. Ça m’a permis de renoue avec une partie de ma sensibilité avec un trait très féminin, en dessinant par intuition, en utilisant des couleurs pâles et vaporeuses. J’avais envie d’unir la force et la fragilité», raconte Isabelle Clermont.

«J’étais dans un état de distanciation, sans le savoir, avec l’un de mes médiums. Ce dessin m’a envoyé plein de messages. Mais je pense que ça prenait une certaine gestation pour arriver à une œuvre aussi forte. Le défi a été un beau leitmotiv. Plutôt que de me paralyser, ça m’a challengée de façon positive», ajoute-t-elle.

L’œuvre «Prototype pour costume réglementaire de distanciation sociale» d’Annie Pelletier. (Photo Annie Pelletier)

Mais la motivation de se lancer dans la création pendant ce temps de pause est tout de même difficile à trouver, concède Annie Pelletier. «Je suis quand même solitaire, ce qui me permet de plonger dans la création, mais je suis quand même une personne sociale. Pour créer, il faut que je me nourrisse de ce que j’aime. Mon étincelle créatrice vient en partie du contact avec les autres. En ce moment, il faut s’adapter à plein de choses en même temps. On n’a pas de bombe au-dessus de la tête non plus, mais bon, la motivation est moins là. C’est aussi important d’avoir des périodes pour faire le vide», confie-t-elle.

Elle en profite pour faire quelques tâches plus administratives en attendant de pouvoir reprendre le travail en atelier, surtout qu’elle risque d’être débordée lorsque cela reprendre. «Je finissais un projet de 1% pour le Baluchon et un autre pour une école primaire. Mes échéanciers arrivent rapidement», note l’artiste.

La pandémie et les mesures sanitaires pourraient même avoir un impact sur ses projets futurs. Avant que la pandémie ne frappe au Québec, elle souhaitait concevoir des œuvres qui impliquent une interaction ou une participation.

La pandémie a également mené à l’annulation de deux importants projets d’Isabelle Clermont, soit une tournée en Europe avec son groupe de musique et une participation au Festival international de musique actuelle où elle avait été sélectionnée pour l’installation sonore du circuit extérieur. En attendant, elle tente de vivre le confinement le plus sereinement possible et se consacre, également, son doctorat.

Elle présentera également une exposition au Centre d’exposition Raymond-Lasnier en septembre 2020.

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Quand la distanciation inspire

Les deux artistes ont été invitées à créer une œuvre originale dans le cadre d’une exposition virtuelle sur la thématique de la distanciation, au même titre que les artistes trifluviens Alejandra Basanes, Cathy Bélanger, Jeremie Deschamps Bussières, Jean-Pierre Gaudreau, Valérie Guimond et Fontaine Leriche.

Cette exposition virtuelle fait partie de l’initiative #enmodevirtuel lancée par Culture Trois-Rivières. L’idée était de diffuser l’art et d’encourager le milieu des arts visuels.

«On a commencé le projet quand les artistes ne savaient pas encore s’ils auraient droit à des subventions. Personne ne savait ce qui arriverait sur le plan financier. On a rémunéré les artistes sélectionnés comme s’ils exposaient dans un centre d’exposition. On a pu débloquer un budget pour ça. On a choisi des artistes de différentes tranches d’âge qui touchent à différents médiums et techniques. Il fallait aussi s’assurer qu’ils soient en mesure de créer à la maison, puisque les ateliers sont fermés», explique Geneviève Guillemette, coordonnatrice des arts visuels à Culture Trois-Rivières.

Le thème de la distanciation s’est imposé dès les débuts du confinement. Les artistes ont eu environ deux semaines pour réaliser leur œuvre.

«Pour certains, ça les a allumés! On sent qu’il y avait un besoin de créer. Plusieurs artistes se cherchaient une raison pour créer et on leur en a fourni une. Au final, nous présentons des œuvres qui peuvent confronter et émouvoir. C’est une belle façon de démocratiser l’art», ajoute Geneviève Guillemette.

L’exposition virtuelle connaît un beau succès sur les réseaux sociaux.

Les publications de Culture Trois-Rivières en lien avec l’exposition virtuelle rejoignent en moyenne entre 10 000 et 15 000 personnes chacune.

«On peut aussi voir entre 100 et 300 interactions par publication. On constate un engouement. Il y a aussi beaucoup de fréquentations sur le site Internet de l’exposition virtuelle. Les gens attendent la mise en ligne des nouvelles œuvres», remarque Francis Lévesque, agent de communication à Culture Trois-Rivières.

L’initiative #enmodevirtuel, en général, suscite une augmentation de 380% de l’interaction sur les médias sociaux de Culture Trois-Rivières.

L’équipe commence également à préparer l’été qui ne ressemblera en rien à ce qu’on avait l’habitude de voir ces dernières années. «On essaie d’adapter notre offre dans le respect des mesures sanitaires. On va bientôt commencer notre initiative pour la période estivale, mais on en est encore à évaluer différents plans et scénarios possibles. Mais l’été sera malgré tout un peu culturel», conclut Francis Lévesque.

D’ailleurs, un appel de projets a été lancé aux artistes professionnels de Trois-Rivières ou aux membres actifs d’un atelier d’artistes trifluvien afin de soumettre un projet d’intervention artistique éphémère qui se déroulerait sur le territoire. Culture Trois-Rivières souhaite présenter une œuvre éphémère dans chacun des districts de la ville durant l’été. Les artistes intéressés doivent soumettre leur projet avant le 1er juin auprès de Geneviève Guillemette.

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