Logements sociaux au parc Girard: levée de boucliers pour la préservation de la zone tampon

Une trentaine de citoyens ont participé à la consultation publique concernant le projet de changement de zonage d’une partie du parc Girard pour y autoriser la construction de logements sociaux. Parmi les 14 personnes qui ont pris la parole pour poser des questions et partager leurs inquiétudes, un grand constat se dégage: les résidents du secteur veulent conserver la zone tampon telle qu’elle est présentement.

C’est dans le but d’avoir des terrains municipaux disponibles rapidement pour accueillir des projets de logements sociaux que la Ville de Trois-Rivières a entamé des démarches pour changer le zonage d’une partie du parc Girard.

La Ville souhaiterait accueillir le projet de Mission Unitaînés, qui pourrait bénéficier d’une deuxième phase de développement, qui permettrait de construire un bâtiment de six étages totalisant 100 logements. Il s’agirait du seul terrain appartenant à la Ville qui correspond à l’ensemble des critères pour accueillir ce projet. Pour ce faire, il fallait dénicher un terrain d’une superficie de 2800 mètres carrés pour accueillir un immeuble de six étages comptant 100 unités. Le terrain doit être desservis par des services et par le transport en commun. Les infrastructures souterraines doivent également avoir la capacité d’accueillir le projet.

“L’inventaire des propriétés municipales a été fait. On n’a pas beaucoup de terrains développables en stock à Trois-Rivières. Le seul terrain qui rencontre l’ensemble des critères du projet de Mission Unitaînés, c’est la zone tampon Girard, indique Myriam Lavoie,  chef de service – planification et urbanisme à la Ville de Trois-Rivières. Cette partie du parc a été priorisée parce qu’elle est plus près des commerces de proximité et parce qu’elle est plus éloignée de l’autoroute. L’autre extrémité du parc Girard posait des problèmes en matière de bruit de par la présence de l’autoroute tout près.”

Un autre terrain situé sur la rue Marie-Dostaler, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, a été considéré, mais celui-ci ne répondait pas à l’ensemble des critères de Mission Unitaînés. “Il y a plein de terrains privés qui pourraient répondre à ces critères, mais dans les terrains publics appartenant à la Ville, cette zone du parc Girard est le seul qui correspondait aux critères précis de Mission Unitaînés”, souligne Mme Lavoie.

La zone du parc Girard ciblée par le projet de changement de zonage. (Photo fournie par la Ville de Trois-Rivières)

“Le modèle de Mission Unitaînés, qui a commencé 10 projets au Québec, est le même qui est répété dans chaque ville. Les coûts des matériaux et de la construction sont entièrement assumés par l’organisme. Pour sa part, la municipalité contribue par le don d’un terrain, d’où l’idée d’inventorier les terrains municipaux disponibles pour ce genre de projet. Le projet de Mission Unitaînés est l’objectif, mais le règlement de zonage n’oblige pas que ce soit ce projet spécifiquement”, précise-t-elle.

La hauteur du bâtiment souhaité inquiète Yvon Beaudry, qui en serait le voisin immédiat. “De l’arrière de chez moi, actuellement, je vois des arbres. Il y en a beaucoup qui sont matures. Vous allez me couper ça? Le mur du bâtiment va réfléchir le son du quartier industriel. C’est nous tous qui allons entendre ces sons.”

Yvon Beaudry. (Photo Marie-Eve Alarie)

“Je capote sur la hauteur. C’est sûr que de chez nous, je ne verrai plus rien d’autre que ce bâtiment. Il n’y a même pas de bâtiments de six étages dans le quartier, commente également sa fille, Guyane Beaudry, qui réside à côté. Je trouve que c’est beaucoup. Je n’ai rien contre les logements sociaux, mais je trouve que c’est gros et que ça arrive de façon très rapide. Je suggère que la Ville achète des immeubles, des églises ou d’autres lieux pour ce type de projet.”

Pour Anne-Marie Lavigne, le fait que le projet souhaité de Mission Unitaînés ne puissent pas être modifié de par son concept pourrait permettre à la Ville de penser les choses différemment. “Je comprends que c’est peut-être une opportunité, mais je suggère que les conseillers se questionnent, même au niveau éthique et fonctionnel du bâtiment. On comprend que le logement social est important. Est-ce que d’autoriser six étages à cet emplacement est pertinent? J’ai des questionnements. Peut-être que c’est l’opportunité de voir comment on voudrait faire du logement social à notre main à Trois-Rivières”, note-t-elle.

Le président de la Fédération régionale des OSBL d’habitation Mauricie – Centre-du-Québec, Richard Maziade, a également assisté à l’assemblée. Il voit d’un bon œil le projet de Mission Unitaînés que souhaiterait attirer la Ville sur le lot visé par le changement de zonage.

“Le logement social, c’est important. Chaque jour, on répond aux besoins d’aînés qui n’ont pas les moyens de payer 3000$ par mois pour loger dans une résidence privée pour aînés, note celui qui est également directeur d’une résidence pour aînés. Certains d’entre eux sont à risque de se retrouver dans la rue. Je pense qu’on a une responsabilité de bien les accompagner. Ce sont des gens qui participent aussi à la vie de quartier.”

Une zone tampon utile

Les citoyens du quartier présents à l’assemblée de consultation publique ont insisté sur l’utilité de cette zone tampon entre le quartier résidentiel et le quartier industriel.

“Je me souviens d’une résolution adoptée en 1961 qui mentionnait que la zone tampon était importante pour protéger le quartier résidentiel contre les nuisances, le bruit et la poussière. Pourquoi ça ne serait plus important en 2025 et qu’on peut aujourd’hui se permettre de la décortiquer? Cette zone avait son utilité et l’a encore, plaide Pierre Labranche.

(Photo L’Hebdo Journal)

“Il y a une compagnie de transport qui fonctionne jour et nuit dans le secteur industriel. L’été, quand le châssis est ouvert, on l’entend très bien. Les compresseurs fonctionnent et le son est terrible. Les arbres de la zone tampon absorbent le son, le bruit et la poussière qu’on avait quand ils n’étaient pas là”, témoigne Yvon Beaudry, propriétaire du terrain situé au côté nord de la partie de la zone tampon visée par le changement de zonage.

“On entend la différence à l’automne quand les feuilles commencent à tomber, renchérit Didier M’radamy. Je ne pense pas que dans l’avenir, on se dirige vers une zone industrielle qui va diminuer en termes d’intensité. Je pense que le développement industriel va générer encore plus de bruits. Je ne suis pas persuadé qu’à l’heure actuelle, il n’y aurait pas un meilleur endroit à Trois-Rivières. Loger 100 personnes et même un peu plus dans cette partie de la zone tampon, je ne pense que que ce soit une bonne décision.”

Ce dernier fait d’ailleurs remarquer que dans le sondage effectué par la Ville sur l’identité des quartiers sur le territoire, les gens du quartier Sainte-Marguerite ont identifié la présence de parcs et d’espace vert de taille significative parmi les éléments d’appréciation et que les parcs de quartier, contribuant à la qualité de vie des résidents, y sont aussi mentionnés dans les éléments identitaires.”Les gens veulent une zone tampon de qualité et ne veulent pas que des parties soient grugées. Je ne pense pas que ce soit le meilleur emplacement pour créer ça”, ajoute-t-il.

La Ville de Trois-Rivières assure que “le but est de conserver un maximum d’arbres”, mais que plusieurs devront être abattus pour construire le bâtiment.

Justin Allard, président des jardins communautaires qui se trouvent dans le parc Girard, s’inquiète des répercussions qu’aurait l’abattage d’arbres dans la zone tampon. “Parmi les arbres qui se trouvent dans cette partie de la zone tampon, il y a des arbres fruitiers dont les jardins communautaires ont besoin, car ils attirent les abeilles. Ça inquiète la majorité des jardiniers. Plusieurs m’ont appelé, déjà, pour me dire qu’ils voulaient abandonner leur parcelle parce qu’il y  aura trop de monde.”

Scepticisme autour du nombre de stationnements et des infrastructures souterraines

Le projet de Mission Unitaînés que lorgne la Ville prévoit l’aménagement de 13 cases de stationnement, un nombre bien sous-estimé d’après plusieurs résidents du quartier.

“Je marche dans le quartier tous les jours. Il n’y a rien qui se fait à pied. Les gens doivent se déplacer en voiture pour aller à l’épicerie. Vous voulez détruire une zone tampon, un espace vert, pour des gens qui auront besoin de se déplacer avec un véhicule et pour qui il n’y aura pas assez de stationnements. Je pense que ce projet n’est pas adéquat pour l’endroit”, affirme Maxime Desbiens.

Plusieurs craignent d’ailleurs que les besoins futurs de stationnement ne fassent en sorte d’empiéter toujours un peu plus sur la zone tampon.

“C’est extrêmement difficile de lier les conseils futurs pour le reste de l’éternité. On peut mettre beaucoup de cadenas, mais ces processus doivent se faire avec des processus de consultation. En 2022, le législateur provincial a désassujetti le logement social de l’approbation référendaire, mais d’après la loi en vigueur, toute forme de modification ferait l’objet d’une assemblée comme celle de ce soir”, explique Myriam Lavoie.

“À la Ville, on n’a pas les outils pour gérer la perpétuité, en ce sens qu’un prochain conseil peut renverser des décisions, poursuit Dominic Thibeault, directeur de l’Aménagement et du Développement durable à la Ville de Trois-Rivières. Le conseil municipal n’a pas d’outil pour bloquer de futurs conseils dans les décisions qu’ils pourront prendre ou non.”

Des résidents affectés par des refoulements lors de fortes pluies craignent qu’un tel projet ne mette encore davantage de pression sur les infrastructures souterraines existantes et aggraver la situation. 

“La capacité de desserte des infrastructures souterraines est une condition pour l’émission du permis de construction. L’analyse qui se fait est réalisée de façon plus macro, mais quand viendra le temps de déposer une demande de permis, les capacités de façon plus fine seront analysées. La capacité des infrastructures doit être au rendez-vous pour accueillir le projet”, indique M. Thibeault.

Des travaux prévus dès 2026 pour séparer les réseaux souterrains devraient contribuer à améliorer la situation.

21 janvier

Le dossier devrait revenir à l’ordre du jour de la prochaine séance publique du conseil municipal le 21 janvier. Les conseillers Dany Carpentier, Maryse Bellemare, Alain Lafontaine, Pierre-Luc Fortin, Luc Tremblay, Pascale Albernhe-Lahaie, François Bélisle, Pierre Montreuil, René Martin, Jonathan Bradley et Geneviève Auclair étaient présents lors de la séance de consultation publique du 14 janvier.