Il confectionne des livres anciens

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Par Stéphanie Paradis
Il confectionne des livres anciens
Étienne Milette, créateur de MilleCuirs. (Photo : Stéphanie Paradis)

Étienne Milette est un des privilégiés à pouvoir vivre de son art. Le sien: la création de répliques de livres anciens, confectionnés de A à Z de chez lui. Cuir gravé, insertions de métal, pages vieillies… L’artiste offre une véritable expérience d’achat, de sa page web jusqu’à la réception de son œuvre à domicile.

L’artiste de Trois-Rivières a commencé à créer des livres anciens, car c’était quelque chose qui ne se trouvait pas sur le marché, du moins pas de la qualité qu’il propose. « Il existe en librairies des collections de livres vieillots, mais on sent que c’est imprimé et fait à la machine », indique M. Milette.

Les livres que propose MilleCuirs sont des pages reliées et recouvertes de cuir, dont la couverture est parfois pyrogravée ou encore sculptée afin de lui conférer une personnalité tout à fait unique. Les ouvrages de M. Milette contiennent soit des pages blanches, des pages vieillies ou encore, une nouveauté chez MilleCuirs, des pages complètement illustrées, un travail qui prend une année entière à l’artiste, sans compter le temps accordé à la reliure.

« Je voulais avoir une bonne épaisseur, et quand j’ai fait des tests d’impression, je me suis rendu compte que 200 pages, ce n’était pas assez. » Ce sont donc 400 pages qu’Étienne Milette a illustrées à raison d’une ou deux pages chaque jour. Dans ce nouveau concept, on retrouve une histoire fictive. M. Milette donne en exemple un journal d’équipage lors d’une expédition dans l’Arctique dans les années 1800 et qui aurait tout noté ce qu’elle a vécu.

Le résultat est intrigant, exactement ce que l’artiste souhaitait obtenir. « J’aurais pu y intégrer juste du charabia et dessiner n’importe quels symboles vides de sens, mais c’était plus facile pour moi d’avoir une trame narrative pour m’inspirer dans mes illustrations. S’il y a une tête coupée, dans la page on va découvrir pourquoi c’est arrivé », raconte M. Milette. Cependant, afin de conserver le mystère, ce dernier a appris par cœur une police de caractère difficile à décoder, pour que les mots semblent rédigés dans une langue étrangère.

Ne sachant pas si les acheteurs prendraient le temps de décrypter son livre, il a eu la confirmation que oui lorsqu’un Français lui a envoyé des photos de ses traductions et de ses annotations. Car en plus des illustrations et de l’histoire, Étienne Milette a inséré entre les pages des éléments supplémentaires, comme des notes de gens qui auraient déjà essayé de décoder le journal de bord, des négatifs de photos montées par M. Milette, des lettres, une radiographie… les surprises ne manquent pas!

Les secrets de MilleCuirs

C’est depuis 2016 qu’Étienne Milette de MilleCuirs a la chance de vivre réellement de son art, même s’il a commencé tout jeune à modifier des livres déjà existants en y ajoutant des lanières de cuir ou des boutons en métal trouvés dans les réserves de sa mère.

Depuis ses débuts, l’artiste a pu peaufiner ses techniques de création et trouver les matériaux qu’il préférait. Par exemple, faute de trouver du papier marbré, il a commencé à confectionner le sien grâce à de l’encre huileuse contenant un répulsif qui repousse les couleurs entre elles, et en déposant tout simplement la feuille dessus pour qu’elle absorbe l’encre.

L’artiste dévoile son secret pour faire vieillir les pages: il plonge ses blocs de feuilles dans un bain de thé dans lequel il peut parfois ajouter quelques gouttes de colorant, selon les teintes désirées.

Pour les yeux, il s’agit de dômes de verre derrière lesquels il appose une image. Trouver la bonne colle a cependant été un casse-tête, car certaines d’entre elles réagissaient au contact de l’encre et du papier en diluant les pigments.

Également, afin de faire opérer la magie et créer un visage, Étienne Milette peut également sculpter du papier mâché. « Je cherchais un matériau qui serait simple et durable, et lorsque mélangé avec certaines colles, le papier mâché devient comme du bois. Ça ne bouge plus et devient stable », explique l’homme. Il peut ainsi ensuite recouvrir de cuir d’agneau très mince qui suit parfaitement les formes de la sculpture.

« J’essaie de garder des techniques traditionnelles pour justement garder le côté ancien, comme la tranchefile qu’on ne voit plus vraiment dans les livres modernes. Ce sont les petits détails qui font toute la différence », soutient M. Milette.

Vivre de son art, un privilège

Étienne Milette l’avoue, plusieurs années ont été nécessaires pour faire découvrir MilleCuirs et lui donner toute sa notoriété. Avec son travail acharné et sa passion, il a réussi à conquérir plusieurs de ses clients qui en sont devenus des réguliers.

L’artiste révèle d’ailleurs qu’à Whitehorse, un fidèle acheteur s’est fait construire une armoire vitrée afin d’y exposer sa collection de livres MilleCuirs. « Même moi je n’en ai pas autant! », s’exclame Étienne Milette.

Il y a également un Américain qui s’est procuré une quinzaine de répliques de livres anciens en quelques commandes, assez pour soulever la curiosité de l’artiste. Après avoir interrogé l’Américain, il a découvert qu’il s’agissait de cadeaux pour les membres de famille qui étaient tous tombés amoureux de ses créations.

Si le Trifluvien a su percer dans la vente en ligne, tout démarre avec ses photos de ses confections. Son père étant photographe, le fondateur de MilleCuirs a visiblement hérité de l’œil du photographe, tout comme de sa passion.

« Dans la photo, j’essaie de raconter une histoire en lien avec le livre. S’il arbore un hippocampe, je peux ajouter un coquillage, une boussole, des branches. Les gens ont ainsi envie d’en voir davantage », explique-t-il. Cela fait partie, avoue-t-il, de l’expérience d’achat, tout comme l’emballage du colis qui est soigneusement confectionné, avec un sceau de cire enfinition.

Étienne Milette est toutefois conscience que de vivre de sa passion est un privilège, tout comme de pouvoir travailler de la maison avec ses enfants. « Quand on fait quelque chose qu’on aime, avec de la passion, il y a d’autres gens qui vont aimer ça. Il ne faut pas essayer de faire les choses dans le but de plaire aux autres. Vivre de son art, ce n’est pas facile, mais c’est possible », conclut-il.

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daniel
Guest
daniel

ouin ses toute un artiste ce gars la on l aime beaucoup

Sylvie
Guest
Sylvie

Quel plaisir de découvrir cet artiste si original de notre région! Merci!