Hommes agressés sexuellement: une situation qui touche un homme sur dix

Par Emmanuelle LeBlond
Hommes agressés sexuellement: une situation qui touche un homme sur dix

COMMUNAUTÉ. L’agression sexuelle constitue bel et bien une réalité chez les hommes. Elle touche un homme sur dix au Québec. Pour ces victimes, les ressources sont rares. En Mauricie et Centre-du-Québec, l’organisme Emphase veille au rétablissement de ces hommes.

Emphase a été fondé en 2014 afin de répondre à la demande criante du milieu. «Il y a très peu d’organismes qui travaillent avec les hommes qui ont été abusés sexuellement. Il y en a quelques-uns heureusement, mais ce n’est pas dans toutes les régions du Québec», déclare l’intervenant principal Jimmy Simard.

La problématique est un sujet d’actualité. C’est pour cette raison que M. Simard considère qu’il est important de sensibiliser les citoyens à cet égard.

«C’est quelque chose qui est méconnu de l’ensemble de la population et qui est méconnu même par rapport aux hommes eux-mêmes. Ils pensent qu’ils sont les seuls à avoir vécu ce genre de situation, admet-il. Quand ils arrivent ici et qu’ils voient que d’autres sont dans la même situation qu’eux, déjà ça a un effet apaisant».

La vision du patriarcat

Selon l’intervenant, les ressources sont moins présentes pour les hommes parce que traditionnellement, nous sommes dans une société patriarcale.

Conséquemment, nous avons le réflexe de percevoir l’homme comme un potentiel agresseur et la femme comme une potentielle victime alors que l’inverse est aussi possible, appuie M. Simard.

Cette mentalité renforce les tabous que nous entretenons à l’égard des victimes masculines. D’autant plus que cette conception engendre des barrières dans le processus de dévoilement chez les hommes.

«Il y a de cela quelques années, on n’entendait pas parler de ça pour les hommes. Ça peut être difficile pour un homme qui est d’une autre génération de penser qu’il va avoir de l’aide s’il divulgue qu’il a été agressé», poursuit l’intervenant.

28 ans avant de briser le silence

En moyenne, cela peut prendre environ 28 ans avant qu’un homme divulgue qu’il a été agressé sexuellement, soutient M. Simard.

Sortir du silence peut s’avérer assez long, car plusieurs enjeux sont liés à la divulgation d’un abus sexuel.

«Il peut y avoir des hommes qui ne se souviennent pas du tout d’avoir été agressé parce qu’au niveau du cerveau, il y a différents types de mécanismes de défense qui existent et certaines personnes vont complètement oublier une situation traumatique», avoue l’intervenant.

Il y a aussi tout l’aspect de l’homosexualité. Un homme qui a subi des abus sexuels peut avoir l’impression que s’il divulgue son agression, l’entourage va automatiquement penser qu’il est homosexuel, soutient M. Simard. L’intervenant précise que cette corrélation est fausse. Une agression de cette nature n’est pas automatiquement synonyme de l’orientation sexuelle de la victime.

Sans oublier la peur du jugement et la culpabilité issue du traumatisme. Plusieurs questionnements pèsent alors sur la conscience de la victime.

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Les groupes de soutien

COMMUNAUTÉ. L’organisme épaule les victimes masculines par l’intermédiaire de groupes d’entraide. Le programme Emphase I permet aux participants de se soutenir entre eux tout en s’encourageant dans leur démarche personnelle.

«Les hommes ont à s’engager pour dix semaines consécutives lorsqu’ils veulent avoir accès à nos services. Chaque rencontre dure trois heures. À travers les dix semaines, des thèmes en lien avec l’agression sexuelle et en lien aussi avec tout ce que ce type d’agression peut faire vivre aux hommes sont abordés», explique M. Simard.

Majoritairement, les hommes qui utilisent les services d’Emphase ont été victimes d’abus sexuel avant l’âge adulte, soit à l’enfance ou à l’adolescence.

L’intervenant précise toutefois que des adultes peuvent aussi être d’éventuelles victimes. En vrai, tout dépend des différents moments de vulnérabilité que l’homme traverse au courant de sa vie. L’agresseur profite des instants de faiblesse pour exercer un certain pouvoir sur sa victime.

D’autres services pour les participants

La demande était très forte afin que l’organisme développe d’autres services après Emphase I. C’est pour cette raison qu’Emphase II a été créé pour une longévité similaire de 10 semaines. Cette fois-ci,  les thèmes sont choisis directement par les participants dès la première rencontre. De cette manière, les hommes peuvent cibler d’entrée de jeu les sujets qu’ils désirent aborder.

L’organisme a aussi mis en place des cafés-rencontres pour les membres qui ont complété le premier programme. Cette activité de soirée encourage la socialisation à travers le loisir en s’éloignant du vécu traumatique.

Pour faire grandir l’organisme, Emphase fait le tour de la Mauricie et du Centre-du-Québec à la recherche d’organismes qui viennent en aide aux hommes afin de faire des partenariats. Éventuellement, M. Simard souhaite mettre sur pied plusieurs groupes d’entraide à l’extérieur de Trois-Rivières afin de couvrir une plus ample portion du territoire. Jusqu’à présent, plusieurs organismes ont manifesté leur intérêt.

Pour plus d’information sur Emphase consultez l’adresse suivante : https://www.emphase-mauricie-cq.org/. Sinon, appelez au 1-819-519-4273 ou au téléphone sans frais 1-855-519-4273

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Un mot-clic bénéfique

L’organisme Emphase a remarqué qu’il y avait eu une augmentation des appels et des demandes à la suite de la vague de dénonciation du mot-clic #metoo. «Depuis 2004, on a fait cinq groupes d’entraide. Deux des cinq ont eu lieu dans la dernière année (2017-2018)», observe-t-il.

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