Des premiers pas à toute épreuve aux Communes

Godlove Kamwa, journaliste de l’Initiative de journalisme local
Des premiers pas à toute épreuve aux Communes
Louise Charbonneau a dû apprivoiser son nouveau rôle de députée en mode télétravail. (Photo : courtoisie)

À 69 ans, la députée de Trois-Rivières, Louise Charbonneau, vit sa première grosse expérience en politique dans le contexte d’une pandémie qui a brutalement fauché la vie de sa sœur en plus d’imposer un visage méconnaissable à la Chambre des Communes. 

Elle vient de boucler sept mois d’apprentissage de la vie politique ou de la vie tout court. Pourtant, au bout du fil, Louise Charbonneau se passe volontiers des airs dramatiques et de la sensibilité exacerbée d’une élue qui amorce son premier mandat, confinée et endeuillée. « C’était un apprentissage rapide, un petit peu difficile parce qu’il y avait beaucoup d’informations en même temps», avoue-t-elle pour résumer les installations marathons à Ottawa et à Trois-Rivières.

Depuis son départ d’Ottawa le 13 mars, elle s’est mise au rythme de la pandémie.

«Télétravail signifie qu’il n’y a pas d’heure de travail», lance-t-elle. Ses collaborateurs et elle se sont donné l’obligation de servir le public, même à des heures « atypiques ». L’exemple le plus illustratif est la pression vécue au plus fort des rapatriements des Trifluviens pris à l’étranger, tous situés dans des fuseaux horaires différents, au début de la pandémie.

Entre les caucus en ligne une fois par semaine, l’activité à la Chambre des Communes et les sollicitations locales, la députée bloquiste s’est faite à la vie en mode virtuel.

«C’est épuisant, mais avec le recul, je pense que la pandémie m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Me connecter c’est facile, c’est mon quotidien», résume Mme Charbonneau en voyant les choses du bon côté.

Mme Charbonneau se réjouit de l’évolution des échanges au-delà de la pandémie. « Le Bloc Québécois a demandé des comptes. On n’est plus dans la COVID-19, là », souligne-t-elle, sans retenue.

La députée, dont la sœur est décédée des suites de COVID-19 dans les dernières semaines, est intransigeante sur ses choix dits de prudence, même si elle reconnaît l’aspect contraignant des séances virtuelles : «C’est fatigant, mais on ne perd rien à ne pas être assis aux Communes. Le travail ne s’est jamais arrêté pour nous au Bloc. »

Toujours est-il que la nouvelle venue dit mieux comprendre la politique, vue de l’intérieur. « J’ai l’image des petits canards sur le lac. On ne voit pas les pattes qui bougent en dessous » dit-elle.

L’élue de Trois-Rivières s’est davantage forgée à la réalité au travers du malheur. « Cela a vraiment mis un visage sur la pandémie. Le plus difficile, c’est de ne pas être près des gens qu’on aime, de ne pas pouvoir leur rendre un dernier hommage», confie-t-elle.

En plus d’être une confidente, Danielle Charbonneau était, à 73 ans, une aînée comme tous ces autres pour qui la députée bloquiste aimerait obtenir plus de reconnaissance. Un sujet qui en rajoute au projet du train à grande fréquence, à la question du logement social, à l’entrepreneuriat ou à l’aide communautaire pour doper son envie de faire bouger les lignes : «J’ai vraiment hâte de retourner sur la Colline parlementaire.»

Elle croit avoir gardé le contact permanent avec ses les citoyens de sa circonscription grâce à un mécanisme de répartition des appels téléphoniques au bureau. On parle d’une moyenne de 30 à 40 appels par jour. Son équipe s’engage aussi à répondre aux courriels dans un délai de 24 heures.

***

Pour les aînés, l’argent ne suffit pas

La députée des Trois-Rivières, par ailleurs adjointe porte-parole aux aînés au cabinet fantôme de son parti, plaide pour une plus grande reconnaissance des aînés, avec ou sans la pandémie.

Depuis l’annonce de l’aide fédérale, le téléphone claironne à longueur de journée dans son bureau de Trois-Rivières où 29 % de la population sont des aînés. De plus, le bureau de la députée jouxte une résidence pour personnes autonomes.

C’est comme si Louise Charbonneau côtoyait ces gens à chaque instant de sa vie. Sa compassion pour les aînés prenait déjà une forme plus affûtée au fil des préoccupations de ses commettants. Le décès de sa sœur de 73 ans lui a conféré plus de recul et, surtout, le mordant nécessaire pour approfondir la question.

« Ils savent se défendre. On parle là du pouvoir gris, mais il y en a qui sont vulnérables », distingue-t-elle dans un élan empreint de passion.

« Ailleurs, ils sont vénérés, en Amérique du Nord on les parque et ce n’est pas en leur donnant 200 ou 300$ qu’on montre de la reconnaissance ou du respect, lance Mme Charbonneau. Il faut que les pensions de vieillesse soient augmentées de façon substantielle de 110$ par mois à partir de 65 ans. Il en est de même pour le supplément de revenu garanti. »

Selon la Bloquiste de Trois-Rivières, la reconnaissance aux aînés est aussi dans les soins et notamment les transferts en santé: « Ce sont ceux-là qui en ont le plus besoin. »

Cette forme de reconnaissance pourrait aller jusqu’aux soins à domicile qui permettraient aux aînés de rester chez eux, plaide-t-elle. La députée soupçonne un niveau de vulnérabilité moins élevé chez ceux qui ont eu la chance de ne pas aller dans les CHSLD.

Les rapports des forces armées sur quelques centres la confortent dans ce sens.

« Pourquoi ne pas offrir des logements à des coûts raisonnables à ces gens-là qui ont donné leur vie pour construire notre pays ? » s’interroge l’élue qui rêve d’une vie active pour les aînés. Elle pense, entre autres, à l’accès aux loisirs, aux activités sportives et culturelles, au-delà des clichés.  «De nos jours, les aînés savent utiliser les ordinateurs. Le Bloc Québécois souhaite qu’on respecte leur intelligence.»

À 69 ans, Louise Charbonneau se présente comme l’une de ces aînées qui préfèrent travailler plutôt que de se contenter de leur pension. «Certains aînés sont étonnés qu’une députée les rappelle deux fois dans la même semaine. Je me couche tard le soir avec le sentiment d’avoir accompli quelque chose et j’ai hâte au lendemain», conclut-elle.

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C’est le même que Godlove Kamwa que celui de la BBC Afrique? https://twitter.com/godlovekamwa