Des leçons doivent être tirées des 44 décès au CHSLD Laflèche

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Par Bernard Lepage
Des leçons doivent être tirées des 44 décès au CHSLD Laflèche
Daniel Béliveau fait partie des 44 familles qui ont perdu un proche au CHSLD Laflèche lors de la première vague de la COVID-19 au printemps 2020. (Photo : Bernard Lepage)

Décédé le 22 avril 2020, Gilles Béliveau fait partie des 44 résidents du Centre d’hébergement de soins longue durée (CHSLD) Laflèche morts des suites de la COVID-19 au printemps dernier. Son fils Daniel a bien voulu partager les émotions vécues par sa famille il y a un an alors qu’un sournois virus entrait dans nos vies et, surtout, dans la leur…

Aux prises avec des problèmes cognitifs depuis une dizaine d’années, mais encore en relative bonne santé, Gilles Béliveau vivait au CHSLD Laflèche depuis deux ans. «Il n’avait jamais été aussi bien soigné que là-bas», témoigne Daniel Béliveau, directeur général de la MRC et du CLD Bécancour et figure bien connue du milieu socio-économique en Mauricie.

Comme tous ceux qui ont des proches dans un CHSLD, l’inquiétude gagne rapidement la famille Béliveau le printemps dernier alors que l’urgence sanitaire est décrétée.  Dans la première semaine d’avril, en tant que premier répondant, il est contacté par une médecin qui lui annonce que son père a été testé positif au coronavirus, mais qu’il demeure asymptomatique.

Mais environ deux semaines plus tard, l’homme de 88 ans commence à faire de la fièvre et décède le 22 avril sans que ses trois enfants aient pu lui parler ou faire un dernier adieu.

«J’avais entendu dire qu’on aurait pu entrer en contact avec lui à l’aide d’un iPad, mais cela ne nous a jamais été offert», explique Daniel Béliveau, triste, mais qui n’en garde pas rancune. «Ce que je comprenais de la situation, c’est que le personnel était vraiment débordé et surchargé. Il était en perte de contrôle sur la situation», poursuit-il.

Témoignage du personnel

Quelques jours plus tard, la famille Béliveau reçoit des témoignages d’infirmières et de préposées aux bénéficiaires qui avaient côtoyé son père dans ses dernières heures. «La dernière fois que j’ai eu la chance de voir Gilles, je suis entrée dans la chambre et il m’a fait un grand sourire et ses yeux se sont illuminés. Il m’a dit : «Tu es beeeelle». Il l’a répété trois fois je pense, haha. Il avait l’air si bien à ce moment-là», lui écrit notamment une préposée à la désinfection.

«C’était réconfortant de recevoir ça, se rappelle avec émotion Daniel. Malgré le peu d’information qu’on pouvait avoir, j’étais convaincu qu’il était bien accompagné. Je n’en garde pas d’amertume, car je suis convaincu que les femmes et les hommes là-bas prenaient soin des personnes qui étaient en fin de vie du mieux qu’ils pouvaient. Mais il manquait de personnel, d’organisation, de structures. Ils étaient laissés à eux-mêmes. Cette période fut aussi dure pour eux que pour nous», dit-il persuadé.

Là où la famille Béliveau demeure encore choquée aujourd’hui, c’est l’épisode où un conteneur rouillé a été installé devant l’hôpital, à la vue de tous, pour y entreposer les corps des défunts.

«Pour moi, c’est un manque flagrant de respect. C’est quelque chose qui n’aurait jamais dû avoir lieu», dénonce Daniel Béliveau qui a vu dans cet évènement un exemple de la déconnexion entre la direction du CIUSSS et la réalité du terrain.

Revoir la structure

D’ailleurs, il tient à rendre hommage au Dre Nathalie Brui qui a pris le leadership des opérations lorsque la situation a semblé hors de contrôle au printemps.

«Avec les infirmières et les préposés, elle a réorganisé les unités de soins. C’est à partir de là que cela a fait une différence», note Daniel Béliveau en soulignant tout le respect dont a fait preuve la médecin dans ses échanges avec lui lorsqu’il a été question des soins à apporter à son père pour ses dernières heures.

«Ce que le leadership du Dre Brui a démontré, c’est qu’il faut que la structure change. Il faut ramener les décisions plus près des gens qui sont sur le terrain. C’est la leçon qu’on doit retenir. On ne veut plus revivre une situation comme celle qu’on a vécu», termine le Shawiniganais qui suivra avec attention le déroulement de l’enquête du coroner sur les décès de la COVID-19 en CHSLD et qui sera de passage à Shawinigan à la fin du mois d’avril pour étudier ceux survenus au CHSLD Laflèche.

 

 

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