Des générations de générosité

Photo de Jonathan Cossette
Par Jonathan Cossette
Des générations de générosité
Marie-Josée, Robert et Sylvie Tardif. (Photo : Jonathan Cossette)

TROIS-RIVIÈRES. Marie-Josée, Sylvie et Robert Tardif sont impliqués depuis plus de 30 ans dans le domaine communautaire à Trois-Rivières. Ce sont d’ailleurs eux qui ont permis au Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire (COMSEP) de voir le jour.

Vous connaissez l’expression qui dit: «La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre»? Eh bien les Tardif la représentent bien, eux qui ont bénéficié de parents et de grands-parents modèles.

«Notre grand-père maternel est Émilien Robert. Il était dans une coopérative dans le quartier Sainte-Marguerite avec le curé Chamberland, entre autres. Ils ont réuni des citoyens et ont formé un comité organisateur. Ils ont ensuite construit les dix premières maisons, allant jusqu’à 420 logements», se souvient Sylvie Tardif, cofondatrice et coordonnatrice chez COMSEP.

«On a été élevé dans cette philosophie de vie là, renchérit Marie-Josée Tardif, coordonnatrice-adjointe et cofondatrice de l’organisme COMSEP. Notre grand-mère avait 12 enfants et elle cuisinait pour sa famille dans le temps des Fêtes. Elle en faisait plus pour en offrir aux gens les plus démunis du quartier. Notre père était délégué syndical chez Hydro-Québec et président du syndicat de la Mauricie. Il défendait des droits et donnait des voix aux personnes en situation de pauvreté. Dans le cas notre mère, c’était davantage la coopération et la mise en valeur des partenariats.»

L’histoire de Sylvie, Marie-Josée et Robert s’est quant à elle amorcée le 16 novembre 1986.

«Je m’étais retrouvée dans Lanaudière du côté d’un organisme qui ressemblait à ce qu’est devenu COMSEP. J’en ai parlé à Marie-Josée et à Robert d’abord, puis à du monde qu’on connaissait par la suite. On a créé un comité de 12 personnes et on a démarré COMSEP alors que j’étais encore là-bas», raconte Sylvie.

De son côté, Robert Tardif s’est retrouvé chez les Artisans de la Paix le 4 mai 2009, lui qui vient de célébrer son 10e anniversaire d’embauche. «J’avais perdu mon emploi en foresterie dû à une crise générale et j’étais revenu à COMSEP. Par contacts, les Artisans de la paix ont approché Sylvie et elle m’a référé. J’ai passé l’entrevue comme tous les autres et j’ai finalement eu le poste», se souvient-il.

L’argent ne fait pas le bonheur

En discutant avec eux, une autre expression me vient en tête: «L’argent ne fait pas le bonheur».

«On veut tous de l’argent pour vivre. Pour nous aussi l’argent est important, mais ce n’est pas la fin à obtenir. Ce qu’on priorise, c’est d’aimer notre travail et d’être valorisé par ce que l’on fait. La priorité, c’est de se réaliser. On est heureux dans ce qu’on fait et les gens sont heureux. On a l’impression de faire quelque chose pour la société. Quand on voit une personne déconstruite se relever et nous dire qu’on lui a sauvé la vie, c’est payant», témoigne Sylvie.

«J’ai travaillé dans le domaine du privé et je m’étais dit que la journée où j’allais perdre la motivation, j’allais quitter, confie pour sa part Marie-Josée. J’ai cherché du travail dans le monde communautaire, et quand ils ont réalisé ici (chez COMSEP) que je voulais me diriger vers le communautaire, le comité s’est réuni et ils ont décidé de m’accepter en baissant leur salaire. C’était généreux comme ça ne se peut pas, mais c’est ça le domaine du communautaire.»

Les Tardif ont toujours eu «le coeur à la bonne place» et ils aiment faire la différence. Pour eux, ce n’est pas qu’un travail, mais bien une passion d’aider les gens dans le besoin.

«Le plus important dans mon travail, c’est de permettre à des gens exclus de reprendre leur place dans la société et leur permettre de retrouver une certaine qualité de vie, affirme Sylvie. Vous savez, ça devient comme notre deuxième famille, tout comme mes collègues. Ma retraite approche et chaque fois que j’en parle, j’ai une boule d’émotions qui monte. Ce travail est une passion et j’ai de la misère à accepter que je vais perdre tout ça du jour au lendemain.»

«Et notre solidarité n’est pas seulement dans le domaine du communautaire. En 1993, je travaillais en foresterie et j’avais un rêve d’avoir un chalet sur le bord de l’eau. J’en ai parlé à Sylvie et elle caressait le même rêve, sans le savoir. Et bien nous avons approché Marie-Josée et on a construit notre chalet sur le bord de l’eau en 1994. On n’avait pas d’argent, et on a mis l’épaule à la roue tout un chacun», ajoute Robert.

«Pour vous dire comment nous sommes tissés serrés: nous avons acheté notre premier duplex ensemble également. Si l’un de nous trois est dans le trouble, on va accourir pour l’aider», ajoute Sylvie.

Qu’adviendrait-il si on leur offrait de quitter le monde du communautaire?

«Non, jamais! Nous avons eu des offres du CIUSSS et d’Emploi Québec, mais nous avons refusé. Pour ma part, j’enseigne un seul cours à l’université, et ce volontairement, car j’ai fait le choix de rester chez COMSEP. J’aime mon travail et j’aime toute la formation dont on a besoin pour toujours rester à l’affût», souligne Marie-Josée.

«De mon côté non plus. J’ai déjà été impliqué dans d’autres domaines et ça me sert aujourd’hui dans le sens où j’ai à gérer les Artisans, trois friperies, une tablée et un nouveau magasin. J’y trouve l’aspect d’entrepreneurship alors mes deux carrières se rejoignent», conclut Robert.

Partager cet article

Laisser un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Notifier de