Variant : plus matures, moins sérieux
Les cinq musiciens qui forment le groupe Variant souhaitaient boucler la boucle et renouer avec qui ils sont vraiment. La formation revient – peut-être pour la dernière fois – avec Détour Nécessaire, un album composé entièrement dans la langue de Gilles Vigneault et qui se détache de la lancée en anglais initiée par leur premier opus.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Dans Variant, Raphaël Jourdain est claviériste et chanteur, Mathis Carrier est percussionniste et chanteur, Viktor Fortin-Brunelle est bassiste et Théo Laganière et Lorik Martel sont guitaristes. Ces cinq amis se sont lancés dans la musique alors qu’ils terminaient le secondaire, mais voilà que le temps fait inévitablement son travail et l’avenir du groupe devient incertain.
« Le band, on sait déjà qu’il ne va pas vivre éternellement, parce qu’on s’en va tous un peu à différents endroits », confie Raphaël Jourdain. « Je ne sais pas si ce sont les dernières chansons qu’on va sortir, mais si ça l’est, le titre représente bien notre état d’esprit. C’est comme un dernier détour avant la fin. »
« Il n’y a pas de pression pour continuer ou pas », ajoute Mathis Carrier. « Mais si vraiment, c’est la dernière vraie musique qu’on sort, ça reste que ça aura été un projet qui nous a accompagnés à travers une période importante de notre vie. Pour moi, ça a une valeur inestimable. »
Leur spectacle du 23 juin au terrain de balle de Champlain, dans le cadre des festivités de la Saint-Jean, était peut-être leur dernier, ou peut-être pas. La nostalgie de cette ère qui pourrait se terminer n’a pas empêché le groupe d’être productif, et encore moins d’être créatif.
C’est une envie de renouer avec leurs amours québécoises qui a poussé Mathis Carrier et Raphaël Jourdain, chanteurs et compositeurs du groupe, à écrire une série de chansons en français. De cette vague créative est né l’album Détour Nécessaire, dont les 6 titres ont été composés par deux auteurs plus matures, moins sérieux, mais qui tenaient à conserver une identité musicale variée.
« Dans le fond, on s’épanouit. On varie les styles, mais on essaie d’être cohérents quand même, parce qu’on aime ça quand aucune chanson n’est pareille », explique Mathis Carrier.
« À mon opinion, je trouve qu’un musicien devient meilleur quand il sort de sa zone de confort, quand il découvre d’autres styles. Il faut que tu écoutes de tout dans la vie pour comprendre ce que tu fais », commente Théo Laganière, guitariste principal du groupe.
Composer en français est un retour aux bases, un « détour nécessaire » qu’aurait dû faire le groupe dès le départ, selon Mathis.
« Quand on a commencé le band, on était à la fin du secondaire. On était plus jeunes, on avait plus d’ambition donc on s’est dit : on va faire des chansons en anglais », raconte le percussionniste et chanteur du groupe.
« Mais là, je pense qu’on est rendus beaucoup plus matures, puis on a tous beaucoup évolué. On est un band local, puis peut-être que ça ne va pas durer, je pense qu’on serait mieux de se concentrer sur ce qui est alentour de nous. »
Leur premier projet Schoolyard rassemblait des chansons où leurs rêves de grandeur et de scène se heurtaient aux clôtures de la cour d’école. Dans Détour nécessaire, les cinq compatriotes ont embrassé leur côté extravagant et signent un album qui peut sembler décousu, mais qui bien au contraire ne l’est pas.

Raphaël Jourdain, Viktor Fortin-Brunelle, Théo Laganière, Mathis Carrier et Lorik Martel, membres du groupe Variant. (Photo : courtoisie)
« Plus une compilation qu’un album »
Sur leur premier album, la volonté de raconter une histoire cohérente qui évoluait au fil des chansons avait quelquefois mis des bâtons dans les roues lors du processus créatif.
« C’était ambitieux et on perdait de la valeur dans chaque chanson parce qu’on voulait absolument que ce soit lié à l’histoire », se rappelle Raphaël. « Ce qui est le fun avec Détour nécessaire, c’est que les chansons ne se suivent pas nécessairement dans un ordre précis. C’est vraiment plus une compilation qu’un album. »
Les chansons de Détour nécessaire ont chacune leur univers différent, musicalement et lyriquement. Si les Beatles, Bob Dylan et Pink Floyd avaient inspiré le son de Schoolyard, le groupe Mes Aïeux a notamment influencé l’écriture de Raphaël Jourdain pour le récent projet.
Le détour se fait ainsi par toute une gamme de styles différents : alors que La flamme est une balade folk rock amoureuse, Éric l’écureuil raconte l’histoire d’un rongeur fédérateur sur une musique d’inspiration trad et M. Turbo parle d’un bricoleur sur des accords punk des années 90.
La grande variété de genres musicaux, même en 6 chansons, leur permet de s’essayer à plusieurs instruments comme le saxophone ténor ou la trompette.
« L’album nous représente bien. Chaque chanson est différente, chaque chanson a sa personnalité, chaque chanson a été travaillée différemment », relate Théo Laganière.
Et maintenant, que réserve l’avenir au groupe Variant ? « Honnêtement, on n’a pas tant de spectacles prévus cet été. On est moins disponibles, c’est ça la vérité. On a tous nos études, nos autres projets », répondent-ils.
Ce « dernier » concert à Champlain revêt une signification particulière : c’est là qu’a commencée l’histoire du groupe, avec un de leurs premiers spectacles sur une « vraie » scène il y a trois ans. Bien que les membres du groupe prennent un chemin de vie différent, l’esprit de Variant restera en eux et leur collaboration n’est pas terminée.
« C’est sûr qu’on va finir par se réunir encore d’autres fois, mais je sens qu’il faut en profiter, parce que ça se peut que ce soit le dernier. Puis ce n’est pas tant triste que ça, pour vrai. C’est notre parcours naturel », conclut Mathis Carrier.
