Un mini-putt, un carrousel et de l’IA à la Biennale nationale de sculpture contemporaine
C’est autour de la thématique “Accumuler/Classer” que se déploiera la 12e Biennale nationale de sculpture contemporaine (BNSC) de Trois-Rivières, du 27 juin au 19 septembre.
Pour l’accompagner dans la conception de cette édition, la Biennale a fait appel à l’artiste en arts visuels Marc-Antoine K. Phaneuf pour agir à titre de commissaire.
“Il travaille beaucoup à partir de listes, de collections, d’accumulation et de classement. C’est lui qui nous a soufflé l’idée de la thématique qui se reflétera dans les différentes expositions proposées. Dans le contexte actuel, on voit autant des pénuries que de l’accumulation à outrance et de la catégorisation. On est appelé à se questionner de plus en plus sur l’importance que cette accumulation peut avoir dans nos sociétés”, explique Alexandre Poulin, directeur général et artistique de la BNSC.
Quelle valeur accorde-t-on aux objets? Quel passé peut-on leur imaginer? Qu’est-ce qui fait que les déchets de l’un peuvent devenir le trésor d’un autre? Treize artistes du Québec, du Canada et de la Suisse proposent leur regard sur ces questions dans cinq lieux principaux: la Galerie d’art du Parc, le Centre d’exposition Raymond-Lasnier, l’Atelier Silex et la Galerie R3 à Trois-Rivières, ainsi que le Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger du côté de Victoriaville.
À la Galerie d’art du Parc, Amélie Brindamour s’intéresse à la notion de résidu, autant en lien avec la matière que l’état actuel de l’environnement. Elle intègre de la matière résiduelle d’anciens projets à de nouveaux éléments taillés en pièce et imprimés en 3D. Durant la Biennale, elle présentera également une classe de maître sur les écomatériaux et les matières écoresponsables.
“Ça fait une dizaine d’années qu’on parle plus des écomatériaux dans la pratique des artistes. Amélie Brindamour est une cheffe de file là-dedans. Ça apporte une richesse et une autre dimension à la Biennale. Étant donné qu’on est une biennale en région, on donne accès aussi aux artistes et à la communauté régionale à cette facilité-là de connaissance, d’autant plus qu’on a vraiment tout ce qu’il faut à la maison pour faire ces écomatériaux”, souligne Alexandre Poulin.
Les visiteurs auront aussi l’occasion d’interagir avec plusieurs œuvres. Ce sera le cas au Centre d’exposition Raymond-Lasnier où l’artiste trifluvienne Andrée Godin recrée un mini-putt avec son œuvre “Jeu d’occasions”.
“Et juste à côté, il y aura L’archéosténographe de Véronique Béland en co-création avec Julie Hétu, ainsi que l’impressionnante accumulation d’objets de l’installation de Milutin Gubash. Les gens vont être surpris, peut-être aussi déstabilisés. Je pense que la Biennale est là pour ça aussi, soutient le directeur général et artistique. Je pense qu’on innove également en engageant le public là-dedans. On a voulu notre programmation vraiment interactive dans ce souhait de rapprocher du public les arts visuels, principalement les arts de l’espace comme nous.”
La Biennale reçoit également à la Galerie d’art R3 de l’UQTR l’artiste Zimoun, dont le travail rayonne sur la scène internationale, et sa collection de boîtes. Dotées d’un capteur sonore, les boîtes viennent à créer une accumulation sonore.
Quand l’IA se mélange à la sculpture
L’intelligence artificielle (IA) s’invite aussi à la Biennale nationale de sculpture contemporaine, tandis qu’elle s’intègre à certaines œuvres, dont Les créatures de la route de Pépite et Josèphe, ainsi que L’archéosténographe.
L’archéosténographe met en scène une intelligence artificielle entraînée à inventer des mythes sur le futur de l’humanité, qu’elle relate à l’aide d’une voix de synthèse. Ces récits sont simultanément transcrits par une sténotype (une machine à écrire phonétique) en une multitude de signes inspirés de l’art pariétal, transformant la parole en trace visuelle. L’archéosténographe associe les 36 phonèmes de la langue française à des symboles paléolithiques issus des premières formes d’abstraction humaine. L’installation croise traditions orales et écritures premières, mettant en dialogue technologies contemporaines et gestes archaïques.
“Ce que l’IA générative peut apporter à l’art est un débat qui est ouvert. Il faut qu’on se pose la question. Si on prend l’exemple du duo Pépite et Josèphe, ils l’ont utilisée pour le rendu photographique du projet. Ils ont marché de Saint-Hyacinthe à Trois-Rivières pour ramasser des objets, surtout du métal, retrouvés en bordure de la route avec lesquels ils ont créé leurs créatures, explique Alexandre Poulin. Ils ont demandé à l’IA de recréer des photos et des images de leurs créatures en bordure de route ou dans différents paysages québécois selon une temporalité différente. Le traitement photographique a été fait sur plaques de verre, qui est un procédé ancien. Il y a une belle relation entre le très ancien et la modernité dans cette œuvre. Ça amène aussi un questionnement sur le futur, car ces créatures peuvent être autant d’une époque ancienne, actuelle ou future.”
En parallèle
Un tout nouveau circuit parallèle de cinq expositions d’artistes québécois s’ajoute à la programmation cette année. Ces expositions seront présentées à l’Atelier Presse Papier et à l’Espace Pauline-Julien (L’abyme 2 de Louis-Philippe Rondeau) à Trois-Rivières, à La Petite Place des arts (Matières Rebelles³ d’Étienne Plante, Florent Duchesne et Julien Granger) à Saint-Mathieu-du-Parc, au Centre Léo-Ayotte (Vert forêt et mousse velours de Véronique Doucet) à Shawinigan et au Moulin neuf à Terrebonne.
Par ailleurs, d’autres activités viendront ponctuer l’été dans le cadre de la BNSC pour offrir au public des occasions de rencontre et de réflexion. On verra notamment Le Grand Carrousel de l’artiste trifluvienne Annie Pelletier les 28 et 29 août dans le jardin de la Galerie d’Art du Parc, la résidence de recherche et création ouverte Rémanence/Afterglow avec Doré Sowlo et Débora Flor du 1er au 10 septembre, de même qu’un panel créatif Art/Génie en collaboration avec le département de génie mécanique de l’UQTR.
La programmation complète est disponible au www.bnsc.ca. Notons que la majorité des activités sont accessibles gratuitement.
Les artistes de la 12e BNSC
Galerie d’art du Parc
- Amélie Brindamour
- Carl Trahan
- Christos Pantieras
- Sarah L’Hérault
- Pépite et Josèphe
Centre d’exposition Raymond-Lasnier
- Andrée Godin
- Milutin Gubash
- Véronique Béland (co-création avec Julie Hétu)
Atelier Silex
- Kablusiak
- Chun Hua Catherine Dong
Centre d’art Jacques-et-Michel-Auger
- Samuel Roy-Bois
Galerie R3 (UQTR)
- Zimoun
