Transformer ses craintes en espoir grâce à l’art
TROIS-RIVIÈRES. Le Comité de solidarité de Trois-Rivières présente la 15e édition de l’initiative Change le monde une œuvre à la fois, exposée au Musée POP jusqu’au 10 mai. Près de 400 personnes issues de milieux scolaires et communautaires ont contribué à la création d’œuvres d’art engagées, transformant leur regard critique en espoir pour un monde meilleur.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Richard Grenier, coordonnateur des projets et des partenariats internationaux pour le Comité de solidarité de Trois-Rivières, est co-fondateur et responsable de l’initiative.

Richard Grenier. (Photo : Émile Héroux)
« Pourquoi on fait ça ? C’est pour donner la parole aux participants, pour démocratiser la culture, puis pour permettre aux gens de s’exprimer sur les enjeux actuels dans une perspective de recherche-création », explique-t-il.
« Donc, ce n’est pas juste faire une œuvre d’art pour faire une œuvre. »
18 groupes de la Mauricie et du Centre-du-Québec ont participé, majoritairement des établissements scolaires, mais également certains organismes. Ainsi, élèves du primaire, du secondaire et du Cégep, adultes en formation et nouveaux arrivants ont pu s’exprimer à leur façon sur les enjeux qui les touchent.
Pour cette 15e édition, environ 400 personnes ont participé à la création de plus de 250 œuvres, dont 65 de celles-ci ont été sélectionnées pour être exposées.
« Il y avait trois critères de sélection. D’abord, c’est l’engagement, le respect dans le projet. Donc, les jeunes qui n’étaient pas engagés, qui s’en foutaient, qui n’ont pas été respectueux, ils avaient moins de chance d’être sélectionnés. Ensuite, la pertinence, donc la force du message véhiculé, puis finalement, l’esthétique. »

L’œuvre Le changement une pomme à la fois de Charra Lyse, de l’école secondaire des Pionniers. Sur la pomme, on peut lire : « elle peut tout changer si vous avez le cœur de la partager ». (Photo : Émile Héroux)
« Par exemple, une œuvre qui serait esthétiquement moins forte, mais qui a eu un réel engagement, une belle recherche, et puis qui a le propos fort et pertinent, peut être sélectionnée », illustre Richard Grenier.
Encadrés par quatre artistes professionnels, les créateurs se sont penchés sur les causes et les conséquences des enjeux mondiaux actuels, mais ont surtout exploré des pistes de solution.
« Cette année, on a misé sur l’aspect solution. Si l’œuvre ne présentait que la problématique, il y avait une exigence d’y aller avec des pistes d’ouverture dans la fiche signalétique. On utilise la pédagogie de l’espoir, en disant “oui, c’est possible de changer les choses.” »

(Photo : Émile Héroux)
« Si on reste dans le fatalisme, c’est sûr qu’il n’y a rien à changer. Puis, il y aurait bien des raisons d’être fataliste avec le contexte actuel », ajoute Richard Grenier.
Des thèmes actuels et brûlants
L’exposition permet ainsi d’avoir un aperçu des thématiques et des enjeux qui reflètent les préoccupations des artistes, jeunes et moins jeunes.
« Cette année, il y a beaucoup de projets qui vont parler de la thématique de l’antiracisme. On a, évidemment, encore beaucoup de thématiques en lien avec les violences, tant subies par les femmes que par des populations qui vivent la guerre. Il y a des œuvres qui parlent de fascisme, qui parlent justement de la montée de l’autoritarisme. Il y a un peu Trump en arrière », énumère le responsable du projet.
« Il y a des œuvres qui ont été produites par des nouveaux arrivants, qui parlent de leur parcours migratoire et des difficultés qu’ils ont pu vivre. Ça va dans plusieurs directions parce qu’on ne veut pas restreindre la créativité des jeunes et sur quoi ils ont le goût de prendre parole. Parce que si tu veux changer les choses, il faut que ça te touche. »

Cette année, un nouveau thème était présent à l’exposition : l’intelligence artificielle. Certaines œuvres dénonçaient notamment l’importante quantité d’eau utilisée pour refroidir les serveurs des principales compagnies d’IA. (Photo : Émile Héroux)
Des rencontres qui transforment
L’exposition brille par ses histoires humaines : des élèves de l’école secondaire l’Escale de Louiseville ont collaboré avec des adultes en francisation, apportant chacun leur chemin de vie.
« Il y a un monsieur du Congo qui a été 27 ans dans un camp de réfugiés, une femme afghane qui a fui les talibans. Ils ont commencé une œuvre de leur côté, puis, au milieu du processus, ils l’ont remis à des élèves de premier secondaire. Vendredi dernier, on les a fait rencontrer, puis ils ont échangé. Le projet a permis de construire des ponts entre les cultures et les générations. »

L’œuvre Nos Chemins réunissait des participants en francisation et des élèves de l’école secondaire l’Escale, de Louiseville. (Photo : Émile Héroux)
« C’est important de valoriser le rôle de l’art dans notre société comme outil d’intervention, comme outil de transformation sociale. L’art peut changer les choses. Et souvent, il va être capable de briser l’intolérance, parce que c’est un langage universel », résume Richard Grenier.
Cette 15e édition de l’exposition Change le monde une œuvre à la fois, dont l’entrée est gratuite, est présentée au Musée POP jusqu’au 10 mai. Richard Grenier invite les citoyens et les décideurs à venir entendre les préoccupations des jeunes et, surtout, voir leurs propositions d’espoir.
