The Prom : une ode à l’importance de la communauté

CULTURE. Pris de pitié pour l’histoire d’Emma, qui se voit refuser l’accès à son bal des finissants en raison de son homosexualité, des acteurs de Broadway narcissiques et écorchés par la mauvaise critique s’engagent à l’aider. Ce qui s’amorce comme une campagne pour redorer leur image publique deviendra une ode à l’importance de l’inclusion et de la communauté.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

Telle est l’histoire surprenante, mais empreinte d’amour de The Prom, comédie musicale présentée en version française par les Productions de la 42e Rue du 10 au 12 juillet. Le spectacle occupera la salle Anaïs-Allard-Rousseau pour quatre représentations, les 10 et 11 juillet à 19h30, ainsi que les 11 et 12 juillet à 14h.

« Lors de la première d’un spectacle sur Broadway, les deux têtes d’affiche doivent faire face à la mauvaise critique qui les traite de narcissiques vieillissants », raconte Manon Carrier, coordonnatrice de la troupe trifluvienne spécialisée dans la production de comédies musicales. « Ils ont comme idée de se trouver une cause à soutenir pour se faire du capital de sympathie. Sur Internet, ils tombent sur cette histoire d’une jeune fille qui ne peut pas aller à son bal accompagnée de son amoureuse, parce que selon le comité de parents, les couples doivent être absolument hétérosexuels au bal de finissants. »

« Ça les interpelle, cette histoire homophobe, et ils décident de se porter au secours de cette jeune fille. Ils arrivent avec des numéros extravagants, avec leurs flaflas, leurs paillettes, et leur égocentrisme aussi. Finalement, ils se prennent à leur propre jeu. Ce qui était au départ une quête narcissique est devenu une belle aventure très humaine, une grande prise de conscience aussi pour eux. »

C’est d’ailleurs cette dimension inclusive et sensible qui l’a séduit lors du choix de la pièce, l’idée que « si on s’unit tous ensemble pour une cause et que tout le monde y met du sien, on peut faire changer les choses. » Pourtant, malgré un changement de mentalité à grande échelle, il reste du travail à faire localement.

« J’aime bien l’idée que, même si la société en général est de plus en plus ouverte, si la communauté autour de nous n’est pas accueillante, le fait que la société le soit ne nous apporte rien. Alors oui, c’est important de changer les choses à grande échelle, mais c’est vraiment important d’entrer dans les communautés et que tout le monde soit à l’aise chez lui », précise-t-elle.

Même s’il s’agit d’un sujet qui peut sembler difficile à aborder, Manon Carrier assure qu’il n’y a rien de lourd dans The Prom. À travers un spectacle « très dynamique, énergique, drôle et sympathique», l’homophobie est traitée avec humour.

« Pourtant, l’histoire est dramatique. C’est inspiré de plusieurs faits vécus, c’est vraiment arrivé à des jeunes filles de ne pas pouvoir aller à leur bal à cause de leur homosexualité. Donc, le sujet en tant que tel pourrait être vraiment lourd, mais ce n’est pas ça du tout. On prend vraiment plaisir à découvrir les personnages et les numéros musicaux sont toujours très habillés, très flamboyants », explique Manon Carrier, qui est également l’interprète de Dee Dee Allen dans le spectacle, l’une des artistes égoïstes de Broadway.

Le choix de s’arrêter sur The Prom a été d’abord motivé par des exigences plus techniques, à commencer par la disponibilité des droits. Il fallait également trouver une œuvre capable de s’adapter à l’équipe de 17 chanteurs et d’une dizaine de musiciens.

« Cette année, je cherchais quelque chose de grand public. J’avais envie d’un spectacle rassembleur. Un spectacle où on peut aller en famille, entre amis, qui va plaire à tout le monde, avec une musique que tout le monde va aimer tout de suite. »

Habitués aux productions à multiples facettes, les membres de la troupe trifluvienne ont quand même du relever un défi de taille avec The Prom, au niveau de la chorégraphie. Comme le spectacle repose sur des numéros très dynamiques où la dance occupe une grande place, il fallait que chaque interprète soit aussi à l’aise en danse qu’en chant, surtout avec une importante distribution.

Manon Carrier, deuxième à partir de la droite, coordonnatrice aux Productions de la 42e rue et interprète du personnage de Dee Dee Allen. (Photo tirée de Facebook)

« Je pense que c’est important d’amener nos jeunes, nos ados, nos jeunes adultes voir le spectacle, mais le spectacle s’adresse à tout le monde. On ne sait pas, on va peut-être changer une ou deux mentalités. À travers l’art, à travers les spectacles, c’est une belle façon d’aborder le sujet et de penser qu’on peut faire une petite différence », conclut Manon Carrier.