Stallum : payer son loyer avec ses tristesses
CULTURE. Trifluvien d’origine, le rappeur Stallum est aujourd’hui établi à Québec, d’où il compose ses rimes le jour et sert des cocktails la nuit. Portrait d’un artiste de la région qui espère un jour pouvoir payer son loyer avec sa musique.
Par Émile Héroux / eheroux@icimedias.ca
Entre ses quarts de travail comme barman dans la basse-ville de Québec et ses passages en studio, Stallum ne chôme pas. Son objectif pour ne pas perdre la main d’écriture cet été : composer au moins deux chansons par jour, en vue d’un premier projet francophone qui sortirait idéalement en automne.
Il explique avoir eu la piqûre pour le rap vers 2015, alors que le genre musical commençait à dominer les palmarès grâce à certains artistes comme Post Malone ou le trio Migos. C’est en posant ses textes sur ses propres morceaux qu’il débute la musique.
« Je pense qu’à un certain âge, tu n’as pas nécessairement d’anxiété ou de stress de performance. Tu es un peu aveuglé et tu es convaincu que c’est super bon. Le fait que je n’étais pas stressé de rien, ça m’a vraiment aidé parce que j’envoyais ma musique à tout le monde », se rappelle-t-il.
À cette époque, il rencontre certains collaborateurs qui resteront longtemps à ses côtés et avec qui il travaille encore aujourd’hui. Au Cégep, son chemin croise celui de Captain G, qui deviendra son complice et son musicien attitré.
« Il faisait déjà des beats depuis un petit bout. On a commencé à faire de la musique ensemble, on a sorti nos trois premiers projets qui sont vraiment des collaborations à deux. On travaillait vraiment ensemble, ça s’est juste vraiment fait de façon organique. »
« Je pense que j’aurais pu le faire tout seul aussi, mais d’être ensemble, d’avoir une équipe, ça nous a permis de se pousser entre nous. On a fait des shows ici, on a booké des événements. Puis, la COVID est arrivée, ça a un peu brisé nos plans », raconte Stallum.
S’en est suivi une pause qui n’a pas nécessairement été bénéfique pour l’artiste qui ne pouvait plus faire de spectacle. Malgré ce qu’il qualifie de « perte de momentum », il s’est forcé à continuer la musique.
« Pendant la COVID, j’ai développé une anxiété chronique vraiment intense. Ça m’a mis un doute dans la tête, qui faisait que je remettais en question tout ce que je faisais. Je devenais de meilleur en meilleur, mais c’est comme si je n’y croyais pas. »
« Juste le fait d’apprendre à vivre avec cette anxiété-là, même hors de la musique, ça m’a fait mieux comprendre et ça en a facilité le contrôle. C’est un peu cliché, mais je pense qu’il n’y a rien qui arrive pour rien. Ça a façonné la musique que je fais aujourd’hui et la personne que je suis aussi. La pire chose que j’aurais pu faire, ça aurait été d’arrêter. »
Love-Lit Cigarettes
Sorti au mois d’août 2025, Love-Lit Cigarettes est son plus récent album. Ces « cigarettes allumées par amour », en français, font référence à l’appât du gain et aux contradictions qui font trop souvent partie de nos vies.
« C’est comme un amour que tu sais qui est mal, mais qui te fait sentir bien. C’est l’idée de prendre une cigarette pour symboliser un truc que tu ne devrais pas faire, mais que tu fais quand même. Le concept, c’est vraiment ça : faire des décisions pour toi-même, mais au bout de la ligne, c’est peut-être pas la bonne décision nécessairement. »
L’album est beaucoup plus mature et complet au niveau de la musique et des paroles, un détour marqué par rapport à ses premiers projets qui se voulaient « faits maison », enregistrés dans un studio de sous-sol . Pour les 13 chansons de Love-Lit Cigarettes, Stallum s’est inspiré d’artistes au son alternatif qui mélangent le rap à d’autres influences, comme Dominic Fike ou Joe Rocca au Québec, ancien membre du groupe Dead Obies.
« Si j’étais tant de bonne humeur, je ne sais pas comment je ferais de la musique », blague le rappeur. « Si je ne me sens pas bien, je vais faire six tounes tristes. Mon plus gros point fort, je pense, dans la vie, c’est d’être un peu instable émotionnellement. »
« Le fait de comprendre mon anxiété et mon stress, c’est un peu comme si j’enlevais une barrière. Je pense que ça me permet d’être moi-même à 100% et d’essayer des trucs. Si ça ne marche pas, ça ne marche pas, et si ça marche, ça marche. Le fait d’essayer, ça ajoute des cordes à ton arc et ça fait que, quand tu tires, tu as plus de chances de frapper la cible. »
Composant en anglais uniquement depuis près de 10 ans, Stallum travaille actuellement sur un projet francophone qui rassemblerait plusieurs générations de rappeurs québécois.
Comment Stallum voit-il les prochaines années ? « C’est sûr que j’aimerais ça être capable de payer mon loyer avec mes chansons. Je pense que mon rêve, ça serait de vivre de ça et de pouvoir avoir accès à plus de ressources aussi », répond-t-il.
« Sinon, ça serait de rejoindre assez de personnes pour avoir un impact qui est un peu plus évident. Avoir un impact sur les jeunes que peut-être moi je n’ai pas eu quand j’ai commencé à faire de la musique, vu que c’était un peu moins populaire. »
